(BnF
Gallica
Tarot, jeu et magie :
[exposition], Bibliothèque
nationale, [Paris, 17 octobre]
1984-[6 janvier 1985]
Source gallica.bnf.fr / BibliothA'que nationale de France
(BnF
Gallica
I Tarot, jeu et magie : [exposition], Bibliothèque nationale, [Paris,
17 octobre] 1984-[6 janvier 1985]. 1984.
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Tarot, jeu et magie
Je dirais que le jeu des Tarots représente une République mieux que les Eschecs
ne représentent la Cour d'un Roy. Aux Tarots il y a de tous estais comme dans
une République^ H y a des deniers pour récompenser ies bons^ il y a des espées
pour ia défense de la patrie, il y a des Chevaliers, des Sergents, des Basteleurs, des
Triomphes, des Empereurs, des Papes Æ des Fous,.. (R.P, François Garasse, Les
recherches des recherches et autres œuvres de M* Estienne Pasquier* Paris, 1622;
p. 222.)
I
Couvenure ,*Tarûi de «Charles VI », La Lum. Notice n'=' 7.
Tarot, jeu et magie
Bibliothèque Nationale
2-006 - Ta ^ ^ 5 1984
lOûC oo<2.o i£5
Exposition conçue et préparée par
Marie-Claude Âtger-Ravel et Thierry Depaulis.
Catalogue rédigé par Thierry Depaulis.
Que soient en outre remerciés pour leur aide précieuse
Vito Arlenti (Lissone)
K. Frank Jensen (Roskilde)
Jacqueline Lelellier (Le Pecq)
Max Ruh (Schaffhausen)
Galerie Mazarine
17 octobre 1984 - 6 janvier 1985
Bibliothèque Nationale, Paris, 1984
«Phot, Bibt. Nat. Paris»
ISBN 2-7177-1699-8
Prix de vente : 120 F
Liste des prêteurs
Coliecfions publiques
France : BibUothèque de T Arsenal, Paris ; Musée National des Arts et Traditions
Populaires, Paris; Musée du Petit-Palais, Paris; Bibliothèque de ]*École Natio¬
nale Supérieure des Beaux-Arts, Paris; Bibliothèque Municipale, Rouen.
RÉPubljque Fédérale d Allemagne : Deutsches Spielkarten-Museum,
Leinfelden-Echterdingen ; Muséum fur Kunsthandwerk, Francfort.
Grande-Bretagne : British Muséum, Department of Prims and Drawings, Lon¬
dres ; Victoria and Albert Muséum, Department of Prints and Drawings and Pain-
tings, Londres,
ITALIE : Castello Sforzesco, Raccoltà delle Stampe Achille Bertarelli, Milan.
États-Unis : Université de Yale, Bibliothèque Beinecke (Collection Cary), New
Haven; Metropolitan Muséum of Art, New York; National Gallery of Art,
Washington D.C. ; Pierpont Morgan Library, New' York.
CoUecüom privées
France : Jean Lepoîvre, Caen; Alain Borveau, Clohars-Carnoët ; Philippe (t)er
Marie-Claude Atger, Paris; Thierry Depaulis, Paris; Claude Guiard, Paris; Jac¬
queline Letellier, Paris,
Grande-Bretagne : SyWia Mann, Rye; Rosemary et David Temperley, Bir¬
mingham ; Michael Dummett, Oxford.
Italie : Vito Arienti, Lîssone.
Suisse : Heinrich Kümpel, Zurich,
États-Unis : Albert Field, Astoria; Théodore B. Donson, New' York.
Avant-Propos
Carte, mot ambigu : ce qu gagne en noblesse du côté de la géographie, U te reperd aussi¬
tôt du côté du jeu, de ce jeu qui utilise et nomme cet objet, la carte à jouer, comme on dit,
qui n "est pas foin d"êîre chose immorale. Et donc, puisqull s'agit de péché, attirante, cap¬
tivante, futaie : n'oublions pas la dame de pique. Réprouvée tout de même, en fin de
compte, il îejaut bien. Et d'ailleurs, qu'est-ce, je vous le demande, qu'une carte à Jouer ?
Du papier, de la matière périssable, rien de plus. Là, peut-être, dans ce regard, est l'ori¬
gine d'un mépris plus générai, qui vü de ce « papier » à la société, ou plus exactement à fa
classe qui le produit : longtemps, historiens et collectionneurs n'ont voulu voir, dans la
carte à jouer, que des estampes populaires.
Pas tous, cependant. Car au-delà du mai, de la passion et des drames du jeu, la carte
est un mystère : d'où l'abondante littérature qui, depuis plus de deux siècles, tente de le
percer. ParaUèiemenî, le collectionneur s'émeut devant ces petits bouts de carton si évoca¬
teurs : célèbre entre toutes, cette collection de Roger de Gaignères, qu 'un médecin anglais
admira en 1698. Du meme Gaignères nous vient ie très beau tarot dit « de Charles VI ».
Plus tard, les Marteau, l'oncle et le neveu, assemblèrent de riches coîlections. Elles et
d'autres vinrent ainsi constituer et grossir, au Département des Estampes et de la Photo¬
graphie de ia Bibîiothèque Nationale, l'un des fonds les ph4S riches du monde : évoquons
seulement, pour tes tarots, outre ceiui de Charles VI, certains exemplaires rarissimes du
XV!P siècle, et une foute de jeux plus récents, tous remarquables d'invention, de trait ou
de couleur.
Tant de richesse reste malheureusement inconnue ou presque, comme.si de vieilles pré¬
ventions, sans relâche â l'affût, en interdisaient l'accès. Malgré ia passion de Joueurs
encore et toujours plus nombreux, malgré les recherches et les écrits des amateurs d'ésoté¬
risme, ie tarot n'a jusqu'ici inspiré que deux expositions : en 1967, ù Bielefeld, le Deuî-
sches Spieikarîen-Museum présentait les tarots à enseignes françaises, tandis que Jean-
Marie Lhôîe, en î97f, à Amiens, préférait donner ie pas à la poésie des pièces plus qu'à
leur ancienneté. Les cartes, elles, se faisaient encore plus discrètes : leur dernière appari¬
tion remonte à l'exposition que la Bibliothèque Nationale consacra au don Marteau, en
1966.
Il fallait décidément faire quelque chose. A la Bibliothèque Nationale, et pour te tarot.
Pari réussi ? Aux visiteurs d'en juger. Au moins peut-on ie dire : c'est une première que
l'exposition d'aujourd'hui, avec son ambition de touchera tous les aspects du tarot, dans
l'espace comme dans le temps, L'entreprise a été conçue et réalisée par Thierry Depauiis,
que je remercie d'avoir bien voulu collaborer avec notre institution et rédiger ie catalogue.
Spécialiste reconnu de la carte à jouer, Thierry Depauiis poursuit en « historien du diman¬
che » une recherche passionnante sur les règles anciennes et le fonctionnement des jeux de
cartes.
Son érudition rencontre ici celle des Professeurs AMichael Dummett, de l'Université
d'Oxford, et Detlef Hoffmann, de l'Université d'Oldenburg, auteurs de la préface et de
l'introduction à ce catalogue. A eux notre gratitude, ainsi qu'à tous ceux sans qui l'exposi-
îion n 'aurait pas été. Les prêteurs d'abord : le Deutsches Spielkarten-Museunt, qui, sous
rautorité de son conservateur, Margot Dieîrich, et de l'îniassabie Detief Hoffmann, nous
a prêté une douzaine de pièces et offert une assistance de tous les instants, au moment
même qu'il préparait une seconde exposition sur les tarots à enseignes françaises; le Bri-
tish Muséum, le Musée des Arts et Traditions Populaires, la Bibliothèque Municipale de
Rouen et la Bibliothèque Beinecke de P Université de Yale : à tous ceux-là, nous sommes
redevables de plusieurs pièces souvent exceptionnelles. N'oublions pas, non plus, ceux qui
se sont chargés de la réalisation même de l'entreprise : Mme Marie-Claude Atger-Ravel,
de l'Association des Collectionneurs de Caries et Tarots « L'As de trèfle », et Gisèle Lam¬
bert de la Réserve du Département des Estampes et de la Photographie.
Cette exposition a été réalisée par les services et ateliers de la Bibliothèque nationale.
André MIQUEL
Administrateur général
de la Bibliothèque Nationale
S
Préface
A tort ou à raison, le tarot fascine bien des gens, Une de
ces raisons est qu’un jeu de cartes ordinaire comprend 12
figures, Là où un Jeu de tarot en possède 38, offrant ainsi
une fabuleuse opportunité au talent des artistes et des car-
tiers, qu’il s’agisse d’un peintre de la Renaissance ita¬
lienne, enlumineur de somptueuses caries réservées aux
princes, ou d’un fabricant moderne. Les amateurs du Jeu,
quant à eux, apprécient les finesses et la grande variété de
situations qu’offrent des règles venues en droite ligne de
ritalie du Nord du XV-^ siècle.
IL est presque certain, en effet, que c’est au tarot que les
joueurs de cartes doivent un de leurs usages les mieux
acquis qu'est le principe de l’atout. Les images bien parti*
culières qui sont le propre du tarot forment — à l'excep¬
tion du Fou — une série d’atouts permanents qui a été
ajoutée aux quatre couleurs habituelles à cette fin. Si le
principe des jeux de levées a pénétré en Europe avec les
cartes elles-mêmes, venant du monde musulman, l’idée de
l’atout, en revanche, est une invention européenne. A vrai
dire, le tarot ne fut peut-être pas le premier jeu à inaugu¬
rer celte règle : un jeu allemand très populaire, le Karnof-
felf semble en avoir eu la primeur. Mais l’invention de
l’atout dans les cours princiéres de T Italie du Nord a dû se
produire simultanément, et c’est le tarot qui en a répandu
l’idée à travers l’Europe, encore plus rapidement que le
jeu lui-même ne s’est propagé.
De nos jours, les couleurs italiennes traditionnelles ne
sont plus utilisées qu’en Italie et dans quelques cantons
germaniques et romanches de la Suisse. Mais d'autres
formes du jeu sont encore en vigueur en France* au Dane¬
mark, en Forêt Noire et dans les vieilles terres de l’ex-
Empire Austro-hongrois, avec différents degrés de popu¬
larité. En France, celle-ci est immense et continue de croî¬
tre. Dans tous ces pays on emploie un type de tarots à
couleurs françaises qui n’est pas apparu avant le milieu du
xviip siècle.
Dans un jeu à enseignes françaises les atouts peuvent
représenter toutes sortes de sujets : seuls les distinguent de
gros chiffres, romains ou arabes. Par contre, les jeux à
couleurs italiennes continuent d’offrir — avec, parfois,
quelques menues variations introduites sur le tard — les
figures traditionnelles qui remontent à la création origi¬
nelle du Jeu. Ces allégories ne sont pas pour rien dans
l’intérêt que suscite le tarot. Mais ces images, qui sont
pour nous autant d’énigmes, étaient familières aux hom¬
mes de la Renaissance. C’est là la grande différence entre
eux et nous. Aussi de nombreuses théories ont-elles été
avancées pour tenter d’expliquer Ticonographie de ces
cartes* la plupart en rapport avec l’occultisme.
Il n’y a pas forcément de relation entre le symbolisme
des cartes et l’usage auquel elles sont destinées. On joue,
par exemple, en Inde, à d’authentiques jeux sans signifi¬
cation religieuse, mais avec des cartes dont les enseignes et
les figures sont inspirées de la mythologie hindoue. De
fait, l’emploi de tarots à des fins divinatoires ou occultis¬
tes n’est guère attesté avant les années 1780, en France. La
cartomancie avec les cartes ordinaires est à peine plus
ancienne, il est, certes, possible que les figures des atouts,
le choix des allégories ou leur arrangement autorisent une
lecture de type ésotérique ou symbolique. Pour ma part,
j’en doute, mais je suis prêt à en débattre. On peut se
tromper sans risque sur ce point précis, mais une mécon¬
naissante totale de l’histoire du jeu de tarot amène à
admettre l’idée largement répandue, et pourtant sans fon¬
dement, que le tarot aurait été inventé pour un usage
occultiste, ou encore qu’il aurait été un instrument de
divination jusqu’à son apparition comme jeu il y a
350 ans.
Malgré le grand intérêt qu’a toujours suscité le tarot,
son histoire était, jusqu’à présent, largement ignorée. La
faute en revient pour l’essentiel aux défenseurs de l’occul¬
tisme. Contestant même les formes traditionnelles du
tarot au XVlïF siècle, comme celle qu’on appelle « Tarot
de Marseille », affirmant qu’elles avaient été déformées
par des cartiers ignorants* ils mirent au point des versions
« corrigées » par leurs soins, sans prendre la peine
d’interroger les faits historiques les plus élémentaires et les
mieux admis. Au lieu de cela* ils ont propagé, avec le suc¬
cès qu’on sait, une histoire du tarot particulièrement fan¬
taisiste qu’ils ont forgée de toutes pièces. Selon eux,
Tusage des cartes pour le jeu s’explique par l’ignorance de
leur véritable et authentique sens et l’origine de celles-ci
I
est située dans l'Égypte antique, quand ce n’est pas dans
un Orient lointain et mystérieux.
Les érudits qui se sont penchés sur Lhistoire de la carte
à jouer, sans pour autant croire ces sornettes* se sont
longtemps contentés d'une vision plutôt grossière de
révolution du tarot, répétée à longueur d’ouvrages. La
présente exposition, qui offre la première vue d^ensemble
sous un angle historique et détaillé en un seul lieu, marque
un nouvel effort pour mettre en valeur les documents.
Les enseignes italiennes témoignent, bien sür, de l’ori¬
gine italienne du tarot. L’arrivée du jeu en France, au tout
début du xvi-= siècle, atteste l’influence très forte de l’Ita¬
lie à cette époque. Le tarot gagna la Suisse, directement, à
peu près au même moment; mais son introduction en
Allemagne* aux Pays-Bas, en Scandinavie et en Europe
Centrale se fît principalement à travers l’influence fran¬
çaise. L’apparition des Jeux à enseignes françaises et ï’ico-
nographîe très particulière qui est la leur ne doivent rien à
l’Italie* alors que presque tous les détails caractéristiques
des tarots italiens renvoient à un archétype transalpin.
Il n’y a pas si longtemps, on distinguait encore trois
catégories de tarots à enseignes italiennes* d’après le nom¬
bre des caries : le Tarot de Venise, qui en a 78, le Tarot de
Bologne à 62 cartes, et le Tarot de Florence à 97. Il est
devenu évident que le nombre de cartes ne pouvait pas
être un critère de leur origine et que cela n’avait même pas
d’importance pour l’évolution du jeu. C’est sous la forme
à 78 cartes que ie jeu s’est initialement répandu, et c’est à
partir de celle-ci qu’il s’est développé après 1500. Quant à
Venise, une des rares villes de l’italie du Nord où ie jeu
semble être passé totalement inaperçu, elle n’a rien à voir
dans l’histoire.
En fait, le tarot à 78 cartes connut en Italie plusieurs
variantes régionales. Les trois grands foyers en furent
Milan, Ferrare et Bologne, chacune avec son propre
modèle de cartes et sa propre pratique. Dans les deux pre¬
mières villes, le jeu semble avoir été connu dés les années
1440, et à Bologne dès 1450 et très certainement avant. On
ne peut dire, toutefois, dans lequel de ces trois centres est
né ie tarot. En tout cas, c’est bien pour l’aristocratie que
le jeu a dû être créé. Dans chaque ville, le jeu à quatre
couleurs adopté correspondait à celui des cartes courantes
qu’on utilisait localement. C’est vraisemblablement vers
1490 que le tarot gagna Florence, en provenance de Bolo¬
gne. Les Florentins prirent l’initiative de porter le nombre
des atouts à 40, constituant ainsi une quatrième tradition
originale.
Il reste beaucoup à découvrir. L’examen du tarot de
Jacques Viéville (cat. n° 34), par exemple, permet d’y voir
un ancêtre français des cartes « bruxelloises » à enseignes
italiennes. L’acquisition récente, par un collectionneur
anglais, d’une version semblable à ces dernières, mais
faite à Rouen (cat. n'^ 55) vient confirmer cette lignée. Il
est possible que ce modèle, qui diffère du Tarot de Mar¬
seille et qui fut en usage dans des régions où la pratique
avait disparu jusqu’à ces dernières années, ait un ancêtre
plus vénérable encore, peut-être sous la forme du tarot
employé en Piémont avant le xvill' siècle et qui pourrait
bien dériver du modèle bolonais. Sans « chaînon man¬
quant » tout ceci reste pure hypothèse : heureux sera celui
qui mettra la main dessus. Mais cette démarche intellec¬
tuelle est nécessaire, s’il veut un jour identifier sa
découverte.
La présente exposition, de loin la plus ambitieuse sur le
tarot qui ait jamais été réalisée* ravira sans nul doute tous
ceux qui sont attirés par ce jeu, que ce soit pour sa beauté,
pour son symbolisme ou pour les finesses du jeu à quoi les
cartes sont employées. Elle éveillera aussi l’intérêt de ceux
qui s’attachent aux curiosités du passé. Puisse-t-elk, en
outre, permettre de nouvelles découvertes.
Les progrès accomplis dans l’histoire de la carte à jouer
et du jeu de cartes sont souvent dus à des méthodes dignes
des détectives de romans policiers : tout repose sur des
détails insignifiants qui attirent tout d’un coup l’atten¬
tion, sur des rapprochements hasardeux mais parfois
concluants et sur des raisonnements audacieux pour expli¬
quer l’inexplicable. L’examen comparatif d’un si grand
nombre de caries sera l’occasion de faire de nouvelles
découvertes et de bâtir de nouvelles et fécondes hypothè¬
ses. Il ne restera plus alors aux organisateurs qu’à remet¬
tre sur pied une exposition plus splendide encore...
Michael DUMMETT
Oxford, mars 1984
(traduit de ranglais par Thierry Depaulis)
10
Introduction
Qu'on le veuille ou non, le tarot est d*abord et avant tout
un jeu de cartes. A la cour de Milan comme à celle de Fer-
rare, au xv« siècle, ou dans les brasseries viennoises
d^aujourd'hui, on joue au tarot avec... des cartes. H en va
de même en Italie, en Tchécoslovaquie, en France ou en
Suisse.
Celui qui joue au tarot s’inscrit dans une lignée plusieurs
fois centenaire où se mêlent de multiples traditions, car le
tarot ne connaît pas de frontières. C'est un jeu, certes, plei¬
nement européen, mais — on le sait, maintenant que Ton a
des documents qui attestent l’origine probablement orien¬
tale des cartes — avec des racines extra-européennes.
L'habitué des arrières-salles des cafés viennois n^a pas
toujours conscience de ce brassage ancien et inter national.
Seul son langage porte encore la trace de celte réalité. En
Autriche, en effet, l’atout 21 se nomme der Mond {« la
lune »)j en référence à une des vignettes de la carte, celle où
l'on voit un couple oriental surmonté d'un croissant de
lune. En vérité, le joueur autrichien emploie là un mot ita¬
lien, if mof^do (« le Monde »), qui est le véritable nom de
l'atout XXl dans le jeu originaL lî Mondo est devenu der
Mond... D^ailleurs, dans le « Grand Tarot Allemand une
tête ï> de Lefer (cat. n'^ 80) le nom deFatout XXi a tant pesé
qu'au lieu d'un médaillon avec buste d’empereur romain —
comme sur les atouts II à XX — on voit un singe qui observe
la Lune avec une longue-vue. La représentation originale,
qui est une allégorie féminine du monde, conserve donc
encore une réminiscence dans le langage actuel des joueurs
bien que le motif de la carte n'ait plus aucun rapport.
S'il est vrai que îe tarot est d'abord et avant tout un jeu, il
est vrai aussi qu'il est bien plus. Son iconographie est un
problème qui a stimulé et stimule encore l'imagination des
écrivains et des charlatans* des occultistes et des artistes.
Retournons, pour l'intérêt d'une meilleure connaissance,
en Autriche où le jeu de tarot a trouvé un terrain exception¬
nellement fertile. Le pays imaginaire de la « Tarockanie »,
où se situe le roman de Fritz von Herzmanovsky-Orlando
La mascarade des génies fMaskenspiei der Gentenh n'est
certainement pas un décalque de l’Autriche, Mais les der¬
niers Habsbourg* dont la monarchie s'est définitivement
éteinte avec la Première Guerre Mondiale, ont fourni le
modèle sur lequel Herzmanovsky a bâti son conte à partir de
1928. Quand le livre fut publié en 1958, son éditeur, Frie¬
drich Torberg, opposa la Tarockanie, pays de rêve, à la
« Cacanie » rationaliste du roman de Musil, L*hommesans
guaiîlésf.
Lors de la création de la Tarockanie, la <f Bourgogne
du Levant », il fallut décider quelle dynastie y serait ins¬
tallée. Le conflit devient explosif et Herzmanovsky écrit :
« Metternich fit preuve de génie. La solution qu'il avait
trouvée était toute simple : elle était aussi dynastique que
possible et si pleinement conforme aux aspirations popu¬
laires les plus profondes et, partant, aux idéaux des
années 1848 à venir, que nous resterons à jamais émerveil¬
lés devant une démarche aussi audacieuse de la part du
grand homme d’État. Il créa le Royaume du Tarot^ que
les grincheux, pour qui rien n’est jamais parfait, appelè¬
rent le « Royaume-miroir du chemin de gauche ». La
constitution de ce royaume se fondait sur les « strictes
règles du jeu de tarot, si extraordinairement populaire en
Autriche ». Les quatre rois gouvernaient « à la manière
des tétrarques antiques ». Le personnage le plus puissant
du royaume était l'Excuse...^. « El dirigeait les affaires
d'État de façon dictatoriale, il imposait sans difficultés
des règles chaque jour nouvelles et s’amusait à tout chan¬
ger dans la semaine. Juste après lui par le rang et le pres¬
tige, venait le 21, que sa valeur qualifiait aux yeux des
joueurs patentés pour couper les 20 autres atouts. Mais ce
que les habitués ne savaient naturellement pas, c'est que
cette figure occupait le 21' rang d'une franc-maçonnerie
hautement mystique. En troisième place se tenait le
Petit" qui, en tant que ministre des Finances, avait une
voix très importante. Ensemble iis formaient les '‘Trois
Bouts", un cabinet inébranlable, »
La Tarockanie rappelle le royaume des cartes à jouer
où Alice au Pays des Merveilles s'empêtre dans de bruta¬
les înierpeliations. Mais, alors que l'ouvrage de Lewis
Caroll, qui date de est peuplé de créatures imaginai¬
res, burlesques et souvent cruelles, Herzmanovsky mêle
constamment rêve et réalité dans un rapport dialectique.
Cai, n* 101
Les règles du tarot n^oublient pas la position spéciale des
quatre rois, ainsi que le rôle des trois « bouts ». La réalité
est toujours présente, mais elle est détournée et ce détour¬
nement est à son tour neutralisé par un rappel de la réa¬
lité. Ce n’est pas pour rien que la Tarockanie repose sur
des règles de jeu : celles-ci forment la réalité du moment.
C’est le monde très réel de la simulation.
La personnification que Herzmanovsky fait subir à
l’atout 21 éclaire particuliérement bien tout cela : cette
carte n’est-elle pas simplement destinée, au yeux des
joueurs avertis* à couper les 20 autres atouts? Pourtam,
elle occupe le 21*^ rang d’une franc-maçonnerie. Dans ce
même ordre d’idées « hautement mystiques », le tarot
trouve sa place dans un autre roman du temps des Habs¬
bourg* Le Goiem de Gustav Meyrink (1915).
Le Rabbin Hillel demande ici au marionnettiste
Zwankh :
« — Jouez-vous au tarot ?
— Au tarot? Bien sûr. Depuis Fenfance!
— Ce qui m’étonne c’est que vous me posiez des ques¬
tions sur un livre qui contient tout l’enseignement de la
Kabbale. Vous l’avez pourtant eu des milliers de fois entre
les mains. »
Et le Rabbin d’expliquer que le tarot, en effet, a autant
d'atouts qu’il y a de lettres dans Falphabet hébreu. Les
« cartes de Bohème » — c’est ainsi qu’il les nomme —
montrent des figures qui « sont des symboles bien con¬
nus : le Fou, la Mort, le Diable, le Jugement ».
C'est le tarot — et, en particulier, les 22 atouts — qui
donne la clé du roman. Le « Bateleur », ou atout n“ 1,
représente F Homme. Avant l’explication du Rabbin Hil¬
lel, le narrateur le rencontre dans une pièce sombre à fenê“
tre grillagée, l’antre du Goiem, qui est une créature de
glaise. Saisi par un froid mortel, il se tient accroupi dans
un recoin de la pièce et fixe des cartes : « Une carte, une
vulgaire carte, minable et stupide — c’est ce que je me
hurlais intérieurement... en pure perte — ... maintenant,
il a pourtant pris forme... le Bateleur — il est accroupi
dans un coin et me fixe avec mon propre visage* »
Le « Bateleur », c’est-à-dire le Goiem, ressemble à un
fantôme de Fau-delà, mais en réalité c'est une forme du
moi. C’est ce qu’explique le Rabbin au marionnettiste :
« De même que le Bateleur est la première figure dans
lé jeu, de meme l’homme est la première figure de son
propre livre d’images, il est son propre double. La lettre
hébraïque aleph, qui a la forme d’un homme pointant une
main vers le ciel et l’autre vers la terre, signifie : ce qui est
vrai en haut est vrai en bas, et ce qui est vrai en bas est
aussi vrai en haut ! — C'est pourquoi je disais tout à
F heure : **qui sait si vous vous appelez vraiment Zwankh
et non le Bateleur”? »
Dans le roman de Meyrink le tarot se transforme en un
symbole de l’existence humaine, tout à fait au sens actuel.
Le succès du livre est là pour le confirmer. Pour nous, qui
nous préoccupons du jeu de tarot, le roman de Meyrink
fait partie de cet aspect de Fbisioire du tarot que nous
rangeons sous la bannière de l’occultisme. Depuis Court
de Gébelin (cat. n'^ 128), à la fin du xvhp siècle, s’est
répandue l’idée qu’îl se serait conservé dans le tarot une
sagesse égyptienne passée inaperçue pendant des millénai¬
res ; et il y a des auteurs pour soutenir que le tarot occul¬
tiste est un livre de sagesse d'une grande antiquité, son
usage comme jeu étant une intolérable concession à la vul¬
garité. C’est là, pourtant, une négation des faits hisiorL
ques, qu’aucun spécialiste sérieux n’oserait défendre
aujourd’hui.
Dans un livre rarement mentionné dans la littérature
spécialisée. Le Tarot : Histoire, iconographie, ésoîé-
12
risme^f Gérard van Rijnberck entreprend une histoire du
tarot dans une perspective ésotérique. Il démontre qiie le
tarot est un jeu de cartes du xv^ siècle qui n^a guère connu
d^interprétatîon occultiste avant le XVHI', Arthur
E. Waite le disait encore plus nettement en 1910 : « Il
faut comprendre qu’il [le livre de Waite) n'est pas à pren¬
dre comme une contribution à Thistoire de la carte à
jouer, dont je ne sais rien et dont je me moque éperdu¬
ment ; c^est une réflexion qui s'adresse à un certain cou¬
rant de l’occultisme-.* Bernoulli, qui a étudié la
« symbolique des chiffres dans le système du tarot »,
résume ainsi : « le système des 22 ‘*lames^' du Tarot
représente une forme géométrique extrêmement diversi¬
fiée, ce qui montre bien qu^un sens plus profond n’appa¬
raît dans chaque carte qu’à celui qui cherche à pénétrer
dans leur réalité géométrique* Tout dépend ici de l’intui¬
tion. On ne peut rien démontrer »^.
Les texte.s qui traitent du tarot ésotérique n’apportent
rien à l’histoire des cartes ni à celle des règles du jeu. Le
mieux que Ton puisse dire de cette littérature, qui com¬
mence avec Court de Gébelin, c’est qu'il s’agit de considé¬
rations imaginaires sur le tarot. Encore ne faut-il pas
oublier que cette réflexion s'est matérialisée aussi sous la
forme de cartes. Le tarot ésotérique, bien loin d’être une
contribution éclairante au problème de Thisloire des car¬
tes à jouer^ est devenu lui-même une histoire, une histoire
de l'imaginaire. Et ce n’est pas par hasard si celle-ci com¬
mence avec la révolution industrielle. Le rationalisme
positiviste moderne entretient d’ailleurs un rapport étroit
et dialectique avec ce genre de manifestations. L’éclate¬
ment croissant de la sociabilité du quotidien explique la
vitalité de cet imaginaire qui tente de renouer les liens dis¬
tendus. On comprend pourquoi le tarot a joué un si grand
rôle dans le mouvement hippie — jusqu’au meurtre rituel,
en Californie. On ne s’explique pas autrement que l’ori¬
gine « égyptienne » du tarot, que personne n’ose plus
soutenir sérieusement, soit toujours mise en avant dans les
livres les plus récemment parus* Aujourd'hui, le tarot
occultiste, principalement sous ses formes visuelles, doit
être replacé dans le cadre d’une littérature et d’une image¬
rie de pure fiction.
Retournons à nouveau en Autriche, où le tarot est qua¬
siment une institution nationale. En 1972 le Burgtheatçr
de Vienne a redonné la comédie de Johann Nestroy Le
mystère de la maison grise, qui date de 1838. Bien que
dans la pièce elle-même le jeu de cartes, en l’occurrence le
tarot, ne joue aucun rôle déterminant, les décors, dus à
Lois Egg, étaient faits d'immenses cartes de tarot. Il ne
s’agissait pas ici de n’importe quelles cartes, mais de celles
qu’on emploie aujourd'hui à Vienne. Ceia conférait à la
pièce une ambiance de folklore ironique qui n’était pas
pour rien dans le succès d'une œuvre qui, d’après Maui-
ner*, était tombée dans l’oubli.
Nous chercherions en vain dans les cartes de Lois Egg le
mystérieux « Bateleur » auquel Meyrink avait donné un
sens si profond* C’est que les tarots traditionnels, au lan¬
gage clair et direct, ont été modernisés au moment même
où Court de Gébelin les créditait d’une signification ésoté¬
rique. Les enseignes italiennes furent remplacées par les
françaises, les atouts I à XXI s'ornèrent, au début, d’ani¬
maux et de scènes de chasse, puis d’illustrations de toutes
sortes. Les cartes devinrent alors des témoins de l’histoire
de la caricature (cf. cat. n® 96) ou, grâce aux vues de villes
européennes, de Thistoire du tourisme (cf. cat. n^®95 et
108). On y trouve des personnages de pièces de théâtre
célèbres et des illustrations puisées dans la littérature clas¬
sique* Certains jeux expriment avec force la culture et les
idéaux économiques de la bourgeoisie (cat. n® 103, 104,
ij
I
122), Ils restituent la physionomie de la deuxième moitié
du siècle précédent*
Au XVI [ 1 ' siècle encore, Tancienne société seigneuriale
trahissait son goût pour la chasse dans les illustrations des
premiers tarots à enseignes françaises* Mais Tinfluence de
la classe bourgeoise se fit de plus en plus sentir, aussi bien
en termes de production qu'en termes de consommation,
et, avec la devise « Industrie und G/ück » (« industrie et
prospérité »), la bourgeoisie gagnait sa place sur les car¬
tes. Dans rancien empire des Habsbourg, la prospérité
qu'apportait l'industrie s'appliquait à tous les peuples de
r Autriche-Hongrie (cat* 98 à 102)* L'Allemagne de
Bismark affirmait son processus d'industrialisation en
illustrant ses cartes de bateaux à vapeur et de trains. Sur
certains atouts, les scènes d’une vie quotidienne Idéale se
font face, d'un côté la campagne, de l'autre la ville (cf.
cat. n“ 122). Les tarots à enseignes françaises qui sont
aujourd'hui en usage hors d'Autriche sont tous issus, à
très peu d'exception près, de ces ancêtres « bourgeois »
du siècle dernier.
Pendant les deux derniers siècles, les cartes de tarot ont
surtout servi à Jouer, mais elles ont été aussi, et sont de
plus en plus, des objets d’intérêt historique* Il en va de
même pour la période antérieure. L’état des recherches
sur la question est présenté dans le détail par ce catalogue.
Grâce au livre capital de Michael Dummett (op. cit.) on
connaît maintenant assez bien rhistoire des règles du jeu,
même si le problème reste à peu près entier pour les tout
premiers temps. Malgré de nombreuses recherches, la
série des 22 atouts continue de nous intriguer* Ce dont
nous sommes certains aujourd'hui, c'est que le « Tarot de
Marseille » le plus tardif représente un modèle qui s'est
constitué dans la première moitié du XV*" siècle et qui n'a
subi que des modifications légères* Mais quel sens peut
bien avoir cette suite d'images où l'on trouve en même
temps la Lune et le Soleil, l'Empereur et l’Impératrice, et
même le Pape et la Papesse ? Que signifie dans cette série
la représemation d'une tour de Babel que plus tard on
appela la Maison-Dieu ? Pourquoi le Jugement (dernier)
se tient-il généralement à la fin et la Mort à peu près au
milieu? On trouve même, à côté d'un Ermite au sablier,
image déformée de Saturne, la Mon avec sa faux, qui est
une autre représentation de Saturne î Comment expliquer
tout cela?
Tout le monde s'accorde à distinguer deux parties dans
le tarot : le jeu à 4 couleurs et la série des 22 atouts* Les
documents le confirment de plus en plus ces dernières
années, le jeu à 4 couleurs remonte certainement à un
ancêtre venu du monde islamique qui fut très rapidement
européanisé après son arrivée. Au sommet de la hiérarchie
des couleurs on trouve le valet, le cavalier, la dame et le
roi. Ces quatre figures constituent une sorte de cour
royale* Le modèle oriental, quant à lui, paraît survivre
sous la forme des enseignes Coupes, Épées, Bâtons,
Deniers, C'est au Nord des Alpes que la transposition de
la pyramide féodale de l'Europe Centrale est la plus
claire : dans deux jeux, qui sont les plus anciens qui aient
été conservés, on peut voir une cour qui va à la chasse* Le
Jeu de Stuttgart, peint vers 1430, en offre un exemple par¬
ticulièrement net : deux couleurs sont consacrées aux
hommes de la cour et deux aux dames* En revanche, dans
le Jeu de la Chasse d'Ambras, les animaux, ceux qu'on
chasse et ceux qui chassent, sont restitués dans un style
naturaliste qui caractérise les débuts des Temps Moder¬
nes. Ce caractère d'imitation a perduré en tout cas
jusqu'au milieu du XV' siècle : le Jeu des Métiers de la
Cour d'Ambras en est la preuve la plus éclatante, Pour
des raisons à la fois historiques et stylistiques, on ne peut
imaginer que ces jeux n'aiem pas reçu une forte influence
italienne.
Par ailleurs, les chercheurs et les spécialistes son! unani¬
mes à reconnaître que les 22 atouts du tarot n'ont aucune
origine orientale, mais qu'ils procèdent, sans exception,
d'une iconographie à la fois médiévale et chrétienne,
humaniste et antiquisante. On a vu que les caries norma¬
les — malgré un possible ancêtre oriental — reprodui¬
saient la société courtoise du Moyen Age. On peut en dire
autant de la série des atouts : Gertrude Moakley (op.cit.)
a suggéré de voir dans ces cartes les images d’un défilé
triomphal, comme cela se faisait alors à Milan, à Ferrare
et partout ailleurs. Admettre cette hypothèse soulève
beaucoup de difficultés nouvelles, mais il me semble qu'il
y a là une direction à prendre pour la recherche* Que Ger¬
trude Moakley associe d'évidence les quatre couleurs à sa
description du défilé triomphal, cela est sans consé¬
quence. La solution réside certainement dans une inter¬
prétation cohérente des 22 atouts, dans cet ordre ou dans
un autre. Dès les débuts de la tradition, le « canon » est
resté relativement constant et les variantes iconographi¬
ques sont peu nombreuses. De ce fait, on ne peut préten¬
dre que la série transmise soit une déformation d'un
archétype trop imprécis* Les cartes Visconti-Sforza (cat.
2 et 3) ne forment-elles pas, déjà au XV' siècle, un
canon ?
Michael Dummet a montré de façon fort convaincante
que l'atout est une invention européenne qui enrichit ainsi
14
le jeu de levées venu d^Orient* Toutefois^ la transposition
du sytème hiérarchique européen dans la série des trionfi
n^est pas chose naturelle : I^imagerie médiévale offre de
tout autres formes de hiérarchies ascendantes. Le terme
Trumph — en allemand —, ou irump — en anglais —,
que chaque joueur de canes emploie aujourd'hui,
n^évoqiie-t-il pas le Quatrocento dans ritalie du Nord?
Les « Trionfi » pouvaient être tout à fait différents*
D*un point de vue moderne^ le Triomphe par excellence
est représenté par rîmitation des triomphes antiques, que
Inobservation de plus en plus attentive des monuments
romains nous permet de connaître. H est vrai que des cor¬
tèges de la Renaissance prirent pour modèle les triomphes
de F Antiquité : Fensemble des 9 peintures commandées
par François de Gonzague, dans lesquelles Mantegna célé¬
bra le Triomphe de César (aujourd’hui à Hampton
Court), est un des plus connus. Mais ces processions ne
peuvent avoir servi de modèle à la séquence des tarocchi,
car ici c'est le triomphe d'un unique héros, votre d'un
principe ou d'une vertu.
<.< Le terme trionfo — écrivait Werner Weîsbach en
1919^ — ne s'attachait pas seulement aux représentations
des triomphes antiques, mais à toute sorte de cortège en
mouvement. Une imagination sans bornes présidait à la
création et à l’élaboration des thèmes de chars de fête et
de processions de masques* Des figures tirées de l'Ancien
et du Nouveau Testament, ou encore des récits légendai¬
res et de Fimaginaire populaire, des fous, des hommes
sauvages, des géants, des personnages de la tradition
romanesque chevaleresque et courtoise, des dieux, des
déesses, des héros de l'Antiquité, des allégories de toutes
sortes, tout cela se mêlait dans un désordre bigarré. »
Après que Dante, dans son Purgatoire (XXIX), eut fait
paraître Béatrice sur un char de triomphe, la procession
de fête* dépeinte de façon réaliste, conserva sa place dans
la littérature. Weîsbach fait justement remarquer que se
superposent ici la symbolique du Char Divin et les défilés
de l'antiquité romaine* Après Boccace, ce fuî principale¬
ment Pétrarque qui fut marqué par F idée du cortège
triomphal. Dans son poème Les Triomphes (I Trionfi),
qu'il entreprit en 1357, les allégories se .suivent en une
série ascendante et savamment peu cohérente, quand elle
est rendue par l'image. Au début paraît F Amour sur un
char. Il est celui qui triomphe des dieux et des hommes,
celui à qui personne ne résiste. Il est vaincu par la Chas¬
teté ; comme les esclaves et les prisonniers, celle-ci
entraîne FAmour, enchaîné, dans .son cortège. La vie,
qu'incarne la victoire de Chasteté sur Amour, est à son
Le Triomphe efu Temps (Mauusc-rii Ii. 54S)
tour vaincue par la Mort, car devant la Mort tous sont
égaux. Mais celle-ci n'est pas la plus forte : les hommes
vivent par la Renommée, jusqu'à ce que la Renommée
soit vaincue à son tour. Le triomphateur en est le Temps,
sur qui seule la Divinité (l'Éternité) a prise.
Mais alors que Fon se représente aisément la série que
Pétrarque exploite dans son poème, la composition des
atouts du tarot reste obscure. Le problème de la Papesse
est peut-être le plus simple. Comme l'a montré Eugène
Muntz en 1901®, cette légende était bien vivante au
XV' siècle r un buste de la Papesse figurait au Dôme de
15
I
Sienne entre ceux de Léon IV et de Benoît III. 11 y
demeura jusqu^en 1600. Jacob Burckhardt^ a bien montré
quelles prouesses pouvait accomplir l’imagination la plus
débordante dans la conception des défilés triomphaux.
On comprendra aisément que de tels défilés, dont nous
n'avons plus idée de nos jours, aient pu servir de modèles
à nos premiers tarots. Ils donnèrent à la série des atouts et
son nom et sa structure.
Dans notre univers moderne, jouer aux cartes c'est un
peu participer à une mascarade de la Renaissance : c*est
cela, semble-t-il, qui est rassurant.
Detlef HOFFMANN
Oldenburg et Leinfelden-Echterdingen
{traduit de i'alfemaad par Thierry Depauhs)
NOTES
1. Friti von Her^ïnariovsky-Orlando, Maskenspiei der Genien, Munich,
1958 {dans Cesammeke Wetke, éd. Friedrich Torbcrg^ vol. II).
2. NDT ; en Autriche, l’E^icusc eai le pliï& fon des atouts, au-de^^us du 21 „
3. Gérard van Rijnbcrk, Lé Tarot - HistoirÉ^ içonographie^ ésoiérisnje,
Lyon, 1947.
4. Arthur E. Waite, Th€ Pktorîai Key to the Tarot^ ÈÉiftg Fragments of a
Secret Tradition under ihe Veil of Divination, Londres, 1910; 2= éd.,
Londres, 1922.
5. R, Bernoulli, « Zur Symbolik gcomctrischcr Figuren und Zahlên »,
dans Eranos-Jahrbuch, 1934, p, 369-415.
6. Franz H, Mautner, Nestroyi. Heidelberg, 1974.
7. Werner Wcisbach, Trion/i, Berlin , 1919.
S. Eugène Müntz, « La légende de la Papesse Jeanne dans ^illustration des
livres du xv au xix* siècle», dans La Bihtiofiiia, H,
déc. 1900/janv. 1901, p. 329-339,
9, Jacob Burckhardt, Die Kuitur der Renaissance in ftalien, IS60.
16
Repères
[
Repères I
Repères 2
Les différents systèmes d’enseignes
Qu’est-ce qu’un jeu de tarot?
Les spécialistes appellent enseignes les symboles des cou¬
leurs. Bien que cela n'affecte ni leur composition (il y a
toujours 4 couleurs avec des cartes de points et 3 figures
dans chacune), ni leur fonction (on peut Jouer aux mêmes
jeux), les jeux de cartes se répartissent en Europe suivant
trois grands systèmes d'enseignes r
- les enseignes françaises sont les plus connues et les plus
répandues :
Le jeu de tarot est un jeu de cartes dont la structure de
base est restée immuable quel que soit le nombre de cartes
ou les couleurs adoptées.
Le modèle initial semble bien être à 78 cartes. U
comprend :
- 56 cartes ordinaires, divisées en 4 couleurs de 14 cartes,
comprenant 10 cartes numérales, du î au îO, et 4 figures
ou têtes (roi, dame, cavalier, valet) ;
♦ C? ♦ O
- les enseignes germaniques sont encore en usage dans les
pays de langue allemande :
- les enseignes suisses sont une variante des précédentes :
“ les enseignes latines sont communes à T Italie et aux pays
hispanophones (Espagne et Amérique Latine). On les
utilise aussi en Algérie et au Maroc. Elles étaient con¬
nues autrefois au Portugal :
- il existe des tarots à enseignes italiennes (en Italie!) et
des tarots à enseignes françaises (Autriche et France).
En revanche on n'a jamais fait de tarot à enseignes
germaniques.
«
r -j
r.' ^
:i * .
*
1= • V ^ A
•
»
1
* * « «
« V T I f
* -A.- r?. ■•A
- 21 atouts (ou triomphes >0, numérotés de 1 à 21 ;
- 1 atout spécial* sans numéro, appelé en français Fou,
Excuse ou Maî.
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4-J
17
I
Ce schéma s'applique dans tous les cas, quel que soit le
système d'enseignes et quelles que soient les illustrations
choisies pour orner les atouts.
Il existe deux grand types de tarots r
- les tarots à enseignes italiennes, comme le Tarot de Mar^
seille en France, ou les tarots encore en usage pour le jeu
en Italie :
Ceux-ci se caractérisent par des atouts fortement
symboliques et stéréotypés.
- les tarots à enseignes françaises tel notre « Tarot Nou¬
veau », où des scènes diverses ont remplacé les allégories
d’origine italienne. {Voir page précédente.)
Au-delà des différences de style graphique, ces deux
modèles fonctionnent de la même manière et servent
indifféremment au même jeu.
Parfois le nombre de cartes a été réduit — par élimina¬
tion de caries de points. 11 existe ainsi des tarots à 62, 54
ou même 42 cartes. Parfois aussi on a rajouté des cartes :
le minchiate florentin en comptait 97, par addition de
19 atouts.
Repères 3
Le problème de l’ordre des atouts
Trois types de sources permettent de connaître Thistoire
primitive des atouts du tarot en Italie :
a) les jeux existant actuellement,
b) les jeux anciens : quelques jeux peints à la main du
XV' siècle (mais sans légende nî numéro sur les atouts), et
de très rares jeux imprimés (gravés sur bois) fin XV' et
XVJ= Siècle (certains sont numérotés),
c) les sources littéraires : une seule du xv% les autres du
xvp siècle.
L’examen de toutes ces sources donne,.. 12 ordres dif¬
férents ! Mais si on fait abstraction des 3 Vertus (Tempé¬
rance, Justice et Force), on peut segmenter la séquence
des atouts en 3 « blocs » :
1) Bateleur, Pape/Papesse, Impératrice/Empereur (avec
qq. var.),
2) Amoureux, Chariot, Roue de Fortune, Ermite, Pendu
(avec qq. var.),
3) Mort, Diable, Maison-Dieu, Étoile, Lune, Soleil,
Monde, Jugement (avec interversion possible des deux
derniers).
La position des 3 Vertus au milieu de ces 3 a blocs »
successifs permet de regrouper les 12 ordres différents en
trois grands types :
TYPE A : Bateleur/Impératrice/Empereur/
Papesse/Pape/Amoureux/Chariot/Tempérance/
Justice/Force/Roue de Fortune/Ermite/Pendu/
Mort/Diable/M aison-Dîeu/Étoile/Lune/
Solei 1/ Mo nde / J ugemen t.
NB : le Bateleur n'est pas numéroté et l’Impératrice porte
le n° 1 (et la Mort, donc, le n* 13). C’est le Jugement qui
est la plus haute carte. Les trois Vertus sont groupées.
Cet ordre est celui dp Tarocchino Boîognese actuel, du
Tarot Sicilien (avec des modifications), du Minchiate
(id.)* du « Tarot de Charles Vi » (cat. n° 7) et de quel¬
ques autres Jeux anciens. Aucune référence littéraire à cet
ordre, qui n’est pas attesté avant le XVI* siècle. Le type A
serait né à Bologne.
TYPE B : Bateleur/Impératrice/Empereur/
Papesse/Pape/Tempérance/Amoureux/Chariot/
Force/Roue de Fort une/Ermite/Pendu/Mort/Diable/
Maison-Dieu/Étoile/Lune/Soleil/Jugement/Justice/
Monde.
NB : Le Monde est la plus haute carte, suivi de Justice,
puis de Jugement*
16
I
Ce type n^est plus représenté de nos jours et semble
avoir disparu très tôt (xvi= siècle). C’est celui de la plus
ancienne source littéraire connue (Sermon anonyme du
xv^ s.).
L'origine en serait Fer rare.
TYPE C : C'est Tordre du Tarot de Marseille et de ses
descendant S} Tarot de Besançon, Tarocco Piemonî^se
actuel, ainsi que de quelques jeux français des xvi« et
XVII' siècles. Une seule attestation italienne avant le
xviii'^ siècle : un poème du xvi' siècle.
L’ordre de type C serait originaire de Milan et le Tarot
« de Marseille » (dont le plus ancien exemple français
connu date du xvil' siècle) doit remonter à un ancêtre
milanais (voir cat. n^^ 15 et 16).
Quelques remarques sur les noms des atouts, leurs numé¬
ros eî les légendes sur les cartes.
Les atouts des tarots enluminés du xV' siècle ne sont
jamais numérotés, ni légendés ; leurs noms nous sont
connus par les sources littéraires, La numérotation est
venue plus tard à des époques différentes selon les tradi¬
tions. Les légendes en bas des cartes paraissent bien une
invention française : elles sont caractéristiques (mais non
exclusives) du Tarot « de Marseille ». La position des
atouts changeant suivant les types d’ordre, leur numéro¬
tage est donc assez différent. Un seul ne change jamais :
la Mort (n®l3), quel que soit Tordre auquel on ait à faire.
Si le nom de certains atouts n'a subi aucune modification
fondamentale, tant en italien qu'en français, il n’en va pas
de même de certains autres :
le Jugement, s'appelle parfois la Trompe (XVII«= siècle) ou
la Trompette {tn italien : TAngelo, le Trombe ou U^Giudi-
zio)t T Ermite est nommé le Vielart (« vieillard ») dans un
cas, le Capucin dans Tautre (italien : ;/ Gobbo
(« bossu »), // Vecchio {« vieux »), il Tempo),
la Maison-Dieu s'appelle souvent aussi la Foudre (en ita¬
lien : la Sagiîta {« flèche »), la Saetta (« foudre »), la
Casa del Diavoio ou del Dannaro {« damné »), la Casa, il
Fuoco (« feu »), ITn/erno {« enfer »), la Torre). Maison-
Dieu paraît être une corruption de « Maison de Feu »
(c’esl-à-dire TEnfer, ce que confirme Titalien). Si le
Pendu n’a pas changé, ses noms italiens sont divers :
rimpiccoto (« pendu »), FApplcaîo (id.), // Traditore
(« traître »)» H Penduto.
Repères 4
Les règles universelles du tarot
Jeu de levées, le tarot Ta toujours été. Mais il s'agit
d'un jeu où c'est le nombre de points qui permet de
gagner (le bridge, lui, repose sur le nombre de levées).
Pour cela on a attribué, vraisemblablemem très tôt, des
valeurs aux cartes les plus importantes : roi, dame, cava¬
lier, valet, ainsi qu'au 1, au 21 d’atout et au Fou.
Mais le tarot a ceci d’original qu’il possède une série
d’atouts permanents, au nombre de 22. De ces atouts ou
« triomphes », ou encore « tarots » proprement dits,
émergent trois cartes-clés (les « bouts », en français
moderne) : le n^ 1 appelé bagatto en Italie, Pagat en Alle¬
magne, paguet, baga ou « petit » en France, le n® 21 (//
Mondo en Italie, DerMond, c'est-à-dire...« la Lune », en
Allemagne) et le Fou fMattOf Mat, Excuse, Skys}. Cha¬
cune de ces cartes vaut en général 5 points. Elles sont
dotées en outre de pouvoirs spéciaux : - le Fou permet
d'éviter de jouer (on donne une carte en échange, on
« s’excuse »), sauf dans les pays germaniques où il est
devenu la carte la plus forte (au-dessus du 21), - le 1
d'atout « mené au bout » (gagnant le dernier pli) permet
d'encaisser une prime (en allemand « Pagat ultimo »L
Une autre curiosité s'attache à l'ordre des cartes de
points : dans deux des couleurs (Coupes et Deniers ou
Coeur et Carreau) la série est inversée, le 10 devenant la
carte la plus faible et Tas la plus forte, juste au-dessous du
valet. Cet usage a été conservé partout sauf en France.
L’existence d'un écart, si elle n'est pas propre au tarot,
est une des règles importantes. Il s'agit de ces cartes (entre
2 et 6) que le donneur réserve, soit qu’il se les attribue
d'office en fin de donne (cas des règles anciennes), soit
que les joueurs se les disputent au cours d’une séquence
d'enchères.
On ne peut passer sous silence le mode de décompte des
points : selon le nombre de joueurs {le plus souvent 3 ou
4), on compte, en fin de partie, les cartes par groupes, en
associant les cartes fortes à une ou plusieurs cartes sans
valeur. Les autres cartes valent un point par levées.
A ces points de jeu peuvent s'ajouter des points
d'annonces : certaines règles italiennes compensent ainsi
Tabsence d'enchères par une collection impressionnante
de combinaisons*
Les enchères du tarot, en effet, telles que les connais¬
sent de nos jours les joueurs français et, avec plus de raffi¬
nements encore, les joueurs autrichiens et hongrois, sont
d'apparition récente : ce n’est qu’à la fin du XVIil' siècle
que Ton eut l'idée d'emprunter à THombre, alors fort en
vogue, le système d’enchères qui faisait son originalité.
L’appel du roi est un autre emprunt fait à ce jeu espagnol.
19
I
C^ît, n'î 1 ^ Dame d’Èpécs
Cal. n» 2 : L'Étoik
Cal. n'' I : Le Monde
Cal. n® 2 : Cinq de Bâlpns
I
Cal. n® 4 " La Mon
Cal. 5 : La Tempérance
Cal. n“ S L Roi de Dcflicfs
>
22
I
Cau Ê
I
2.1
I
24
I
Cat. n* 26
Cal. no JJ
25
Cat. 55
26
I
ClU. n" 62
I
Cat. 79
2S
I
Cal, n" S2
Cat. 1:04
f
Cat.
CaL 96
Cat. 109
29
I
Cat. n® 131
Cat. ïï^ 137
Ç JlrijiB VOÏABE. S
ij j 4»jj,MtJ]g '311^3.L _ §
Cal. n° 147
3ü
rH8HiHE "ETljS OimnRUPEPEf
_
U
Cat- n* 15]
31
I
Avant le tarot, les cartes
On a sur le tarot bien des idées reçues. La moindre n*est pas de croire en une
mystérieuse origine orientale et divinatoire. Michael Dummett et Detlef Hoff¬
mann, spécialistes reconnus, le disent avec force : le tarot est une forme de jeu de
cartes, parmi d’autres.
De fait, on a longtemps cru que le tarot était le plus vieux des jeux de cartes et
que nos jeux ordinaires en procédaient, par « simplification ». Il est difficile
d'avoir des certitudes dans un domaine où les allusions impalpables tiennent lieu
de pièces à conviction, mais force nous est de constater que les documents se réfé¬
rant aux cartes émergent à partir de 1375 environ et qu’il n'est question, précisé¬
ment, de « triomphe » (le nom ancien du tarot) qu’à partir du début du XV' siècle.
Si les premiers témoignages de l’existence des cartes à jouer en Europe sem¬
blent se cristaliser autour des années 1370, le silence des textes antérieurs peut être
interprété — avec toute la prudence qui s’impose — comme une preuve a contra¬
rio de l'absence des cartes dans nos contrées avant cette date.
Comme par un effet soudain, les documents qui attestent leur existence se
multiplient à travers l’Europe à partir de 1377, L’un de ces textes nous apporte
même des précisions inespérées quant à la composition du jeu : 52 cartes, divisées
en quatre séries, avec 10 cartes numérales et 3 têtes par série, telles sont les caracté¬
ristiques des jeux les plus courants observés par Jean « de Rheinfelden » en 1377L
Le modèle toujours en vigueur était donc déjà fixé. Quelles en étaient au juste les
couleurs, cela ne nous est malheureusement pas dit, mais d’autres sources nous
permettent de penser que les couleurs italiennes furent les premières adoptées.
Si ces dates ont été longtemps discutées, l’origine étrangère des cartes, en
revanche, ne fait de doute pour personne : non seulement les témoignages d’une
élaboration locale manquent, mais en plus, nos premiers commentateurs l’affir¬
ment, ce nouvel instrument de jeu vient d’Oriem. Du monde musulman, pour être
plus précis, Le Musée Topkapi d’istambul conserve un jeu de cartes, certes tardif,
mais qui paraît bien être le modèle des tout premiers jeux italiens.
Les cartes (cartae, cartarum ludus^ ou encore naibf} sont mentionnées dans un
grand nombre de documents, admonestations, ordonnances municipales, inter¬
dictions royales ou religieuses, annales, etc., éparpillés à travers l’Europe occi¬
dentale où la progression du jeu dut être spectaculaire dans les dernières décennies
du XIV' siècle. Qu’étaient ces premières caries, on Tignore à peu près — et le
témoignage de Jean « de Rheinfelden » est assez limité à leur sujet.
En tout cas, les tricheurs n’attendem guère : dès 1408, une lettre « de rémis¬
sion » amnistie deux voyous qui avaient dépossédé, sur le Pont-Neuf, un mar¬
chand breton en le grugeant à une espèce de bonneteau. Le texte évoque de façon
assez mystérieuse des « peinctures a façon de roses » qui ornaient les cartes. On
connaît aussi, depuis le XVIIP siècle, la mention, dans un registre de la Chambre
des Comptes de Charles VI, commencé en 1392, d*une somme de 56 sols parisis
payable à « Jacquemin Griiigonneur, peintre, pour trois jeux de cartes à or et à
diverses couleurs de plusieurs devises»*.». On a même cru, au XIX* siècle, avoir
identifié ces cartes avec celles d'un jeu de tarot enluminé de la Bibliothèque Natio¬
nale* Aussi le baptisa-t-on « Tarot de Charles VI » (voir cat. n'^ 7). De fait, on a
conservé, surtout en Allemagne, de nombreuses cartes peintes à la main : ce sont
des jeux de luxe, faits par des artistes du XV^ siècle pour une clientèle princière.
Mais ce ne sont pas des tarots.
On ne trouve trace de ces derniers avec certitudes qu'à partir du deuxième
quart du XV' siècle ; du moins avons-nous mention de cartes appelées trionfi ou
iriumphorum ludust et on sait que ces termes désignèrent les tarots pendant
longtemps^.
Le tarot, création d’artiste ?
L’arrivée des cartes à jouer en Europe allait rapideTnent stimuler la verve créatrice
des peintres et enlumineurs chargés, au début, de produire les premiers jeux.
Ceux-ci, objets de luxe, étaient principalement destinés aux princes (mais on a de
nombreux exemples d’une pratique populaire).
Ce sont, bien sûr, ces cartes de fabrication raffinée et coûteuse qui ont survécu
jusqu’à nos jours. Rien ne subsiste, en effet, de la production du XIsiècle et
seules de rares cartes du XV^, peintes à la main, ont été conservées. Souvent, ces
jeux présentent des objets uniques, hors des normes déjà en vigueur : les artistes se
sont plu à augmenter le nombre de couleurs (cinq, voire six) ainsi que le nombre
de têtes* Les enseignes (symboles des couleurs) ont donné lieu à des recherches
graphiques du plus bel effet. Les peintres allemands de la Renaissance ont excellé
dans cette production. Jean de Rheînfelden, lui-même, notre premier observateur,
confirme Texistence de ces fantaisies.
C’est dans T Italie du Nord qu’il faut aller chercher les premières manifesta¬
tions du jeu de tarot* A en juger par les premiers exemplaires conservés (voir par
exemple cat. n"" 1), la fantaisie est moins grande qu’il n’y paraît : les couleurs rete¬
nues sont celles des jeux itaüerïs de toujours, Coupes, Epées, Bâtons, Deniers,
celles-là même que Ton a de bonnes raisons de croire empruntées à l’Orient
Mamelouk. Quatre figures par couleur au Beu de trois ? Il est vraisemblable que le
nombre n’en était pas bien fixé à l’époque. Bref, pour ce qui est des cartes autres
que les atouts, nous retrouvons là le très ordinaire jeu italien tel que celui-ci s’est
maintenu auprès des joueurs de Scopa (et de bien d’autres jeux !). Restent ces car¬
tes spéciales qui forment en quelque sorte une cinquième couleur, et que les docu¬
ments italiens qualifient alors de trionfi (« triomphes »).
C’est en 1442, à Fer rare, qu’est mentionné pour la première fois le jeu de carte
dû trïonfl. Datant à peu près de la même époque, une fresque représentant des
joueurs de tarot orne la Casa Borromeo de Milan^
On possède en outre d’assez nombreuses cartes de larot, peintes à la main, que
l’on peut dater des années 1430-1450. Parmi celles-ci figurent les célèbres jeux
peints pour la famille Visconti-Sforza de Milan (cat* l à 3).
Dans l’abondante moisson des jeux enluminés plus ou moins complets, et de
cartes plus ou moins isolées que conservent les musées, on distingue deux grou¬
pes : l’un se rattache à la Cour de Milan et à la famille Visconti-Sforza, l’autre à la
Cour de Ferrare et à la famille d’Esle. On a de bonnes raisons de penser que les
carte da trionfi ont été inventées dans l’une de ces deux cours
Gertrude Moakley^ a décrit avec minutie le contexte culturel qui fut celui des
cours princières de l’Italie du Nord : le goût des fêtes somptueuses et des proces¬
sions carnavalesques, les références littéraires, à Pétrarque et à son recueil de poè¬
mes / Trionfi notamment, la manie des clins d’œil familiaux, c’est de cet environ-
nement et aussi de Pexploitation de thèmes bien vivants de la culture populaire
qu’a pu naître la série des « triomphes ». Représentation d’une procession de Car¬
naval ou exposé informel d’une c< philosophie » humaniste encore pétrie de rémi¬
niscences populaires et médiévales, la série des atouts du tarot est certainement
tout cela, mais passé par le moule d^un milieu artistique précis.
On y trouve en effet, pêle-mêle, les représentations du pouvoir (le Pape et
rEmpereur) et leurs pendants féminins — peut-être ironiques —, la Papesse et
l’Impératrice. Trois vertus cardinales sont présentes, la Force, la Tempérance et la
Justice : ïa Prudence paraît avoir été éliminée. Le Bateleur semble bien être une
représentation de Tartisan (voir VArtixan, n"^ 3 des « Tarots de Mantegna », cat*
n° 9). Les allégories chrétiennes s’y sont pas oubliées : la Mort, le Diable, la
Maison-Dieu (qui a quelque chance d’être en fait la « Maison du Feu », c’est-à-
dire du ... Diable !), le Jugement (dernier). Les grands symboles de la culture
populaire sont là : le Temps (l’Ermite), la Roue de Fortune, l’Amour, le Chariot
(char de triomphe) sont des thèmes largement exploités dans Ficonographie du
Moyen-Age et de la Renaissance. Les planètes — l’Etoile, la Lune, le Soleil, le
Monde — forment un rappel des connaissances astronomiques du temps.
La Cour de Milan
On ne s'étonnera pas d*apprendre que les cartes peintes
pour les familles Visconti et Sforza, qui régnaient alors à
Milan, ont été Tobjet d'études nombreuses et attentives.
Il est vrai que l'ensemble est impressionnant : trois jeux
d'une exceptionnelle qualité ont été conservés, dont l'un
est presque complet (74 cartes sur 78), L'identité des
représentations avec celtes des tarots imprimés plus
récents n’a pas manqué de frapper les spécialistes. De
nombreuses cartes isolées, dispersées dans plusieurs col¬
lections publiques et privées à travers le monde complè¬
tent cet ensemble.
Celui-ci se caractérise par la présence, presque cons¬
tante, des armes, symboles, emblèmes et devises des
familles Visconti et Sforza qui émaillent la plupart des
cartes. Un style commun, aisément repérable, a permis de
les regrouper et de les étudier*
La question de l'auteur de ces merveilles s'est vite
posée. Longtemps attribuée au peintre Antonio Cico-
gnara (deuxième moitié du XV' siècle), cette paternité lui
a été contestée dès le début de notre siècle : elle reposait, il
est vrai, sur un faux document et sur l'analyse du Comte
Leopoldû Cicognara®, lointain parent du peintre. Il faut
bien avouer, en outre, qu’on ne sait rien des œuvres de
l'artiste* Peu après la Première Guerre Mondiale, les his¬
toriens d'art italiens ont avancé l'hypothèse de Bonifacio
Bembo, auteur présumé de la majorité des cartes de « pre¬
mière main ». Celle attribution, qui a eu quelque fortune
parmi les spécialistes, a été récemment discutée par Giu-
liana Algeri"' : non seulement les dates ne concordent pas
bien, mais on ne connaît ici non plus aucune œuvre sûre
(« documentée ») de Bembo. Le nom de Francesco
Zavattari, auteur, avec ses frères, d'une fresque signée à
la Chapelle de Monza, paraît plus convaincantL
L'ancienneté de ces cartes exceptionnelles — qui doi¬
vent leur conservation, rappelons-le, à leur caractère
luxueux, a longtemps fait croire que le tarot était rancêtre
des cartes ordinaires ainsi obtenues par « simplifica¬
tion », Le Trac{atus de Jean de Rheinfelden, ainsi que
d'autres sources documentaires, semblent prouver qu'il
n’en est rien.
I
Quaire cartes d^un tarot de fa famille
Visconii
École milanaise (Francesco Zavattari?)
Milan. Italie, deuxième quart du xv'^ s.
67 cartes (sur S9?), enseignes italiennes
peimune sur fond! étampé d'or ou d’argeiît
(points)
parchemin et papier avec rabats.
189 X 90 mm
do^ t unis
NB : les canes exposées sont ; Dame dTpées. îO
d'Epées, Cavalier de Coupes, le Monde
Les cartes ici présentées constituent peut-
être le modèle original, rarçhétype du
tarot. Elles Font partie d*un ensemble de 67
cartes, actuellement conservé à la Biblio¬
thèque Bcinecke de l’Université de Yale.
Peintes à la main par un artiste de la
Renaissance, elles figurent parmi les
joyaux de l’enluminure gothique et, avec
de nombreuse-s autres cartes du même style,
faites comme elles pour les familles Vis¬
conti et Sforza qui régnaient à Milan au
XV* siècle, elles n’ont pas manqué d'attirer
rattention des historiens de l’art.
Comme en témoigne la profusion de bla¬
sons, de devises (« a bon ciroyt et
d’emblèmes dont sont parsemées les cartes,
celles-ci ont été peintes pour Filippo Maria
Visconti (t 1447). Sur l’atout « l’Amou¬
reux » on distingue aussi les armes de
Savoie ce qui permet de penser que ce jeu a
été fait à l'occasion du mariage, en 1428,
de Filippo Maria Visconti avec Marie de
Savoie.
Ce tarot pose néanmoins un certain
nombre d’énigmes : on y trouve, en effet,
des cavaliers et des valets féminins en plus
de leurs homologues masculins (exemples :
les Deniers ont un cavalier masculin et un
cavalier féminin, les Coupes ont deux
valets, l’un masculin, l'autre féminin), ce
qui laisse à penser qu'il y avait 6 têtes dans
chaque couleur. En outre, les trois Vertus
Théologales, Foi, Espérance et Charité,
habituellement absentes des tarots à 78 car¬
tes, se trouvent parmi les 11 atouts conser¬
vés. Certes, le minchiate florentin, avec ses
41 atouts, intègre ces trois Vertus, mais il
s'agit plus d'une addition rationalisée que
d’une résurgence.
Nous sommes donc ici en présence d'un
jeu important qui comprenait peut-être
89 cartes (64 cartes normales et 25 atouts
au moins). Les historiens de l'art, emmenés
par R obert O Longhi, ont finalement attri¬
bué ces cartes, ainsi que celles faites pour la
même famille (j^u « Visconti-Sforza», voir
cat. nos 2 et 3 ; jeu «Brambilla», etc.), à
Bonifacio Bembo* Dans un ouvrage récent,
Gîuliana Algeri montre que cette attribu¬
tion est douteuse : Bembo parait avoir tra¬
vaillé plutôt dans la seconde moitié du xv'
siècle. En outre, elle distingue curieuse¬
ment la facture des cartes de points de celle
des têtes et des atouts, datant ks premières
d’avant 1440 et préférant voir dans les
secondes des oeuvres plus tardives, en rela¬
tion avec k mariage de Galeazzo Maria
Visconti et Bonne de Savoie, en 1468, Ces
cartes pourraient être, plutôt, une oeuvre
de jeunesse de Francesco Zavattari, tant
elles sont proches des autres cartes
« viscontiennes ».
New Haven (Court.), Vale Universily Llbrary.
Cary Coltection, ITA 109.
Bihh : D’Alkimagne, I, 18:0 et 183-184 ; W.L,
Schreiber, 99 î Klein, 51-52 ; Kaplan* 87-95 ;
Dummett, 68 (n^l) et 77-79 ; Kdier, ITA |09 :
Algeri, 59-94.
37
I
2-3
Ta roi Visconli-Sforxa
Francesco Zavatlari (?)
Milan* lialie* vers 3450-I45Î
74 ca^rics (sur 7&), enseignes italiennes
peinture sur fond d’^or ou blanc (points)
carton épais à plusieurs couches
175 X 87 mm
dos : unis rouges sombres
N.B : 6 canes seulemenl (la Force» le Jugement»
le Roi de Bâtons, la Dame de Deniers* le 4 de
Bâtons et le 8 de Deniers) — dé la Fier pont Mor¬
gan Library — sont exposées ici. ainsi que les
reproductions (n^5) de celles de rAccadetnia
Carrara de Bergamc.
Les 6 cartes que nous montrons îcî sont
exposées pour la première fois en Europe
depuis qu^elles ont quitté notre cominem*
en 1911, pour rejoindre les coUections de la
Pîerpûnt Morgan Libary qui les prête
aujourd'hui. Elles font partie d'un ensem¬
ble remarquable à bien des égards. En
effet* outre les 35 cartes conservées à New
Yorkj 39 cartes du même jeu sont restées en
Italie^ 26 à l’Accademia Carrara de Ber-
game (ektas présentés, cal. n*3} et les 13
autres encore en possession de la famille
Colleoni qui en détenait Tensemble jusqu'à
la fin du siècle dernier.
C"est donc à la fois un des plus anciens
jeux de tarot connus et le plus complet des
jeux anciens : seuls manquent en effet le
Diable et la Maison-Dieu, ainsi que le
3 d’Épées et le Cavalier de Deniers. Remar¬
quable, ce jeu l*est aussi parce qu*il est en
tous points conforme aux cartes toujours
en usage* en Italie par exemple* ou chez
nous* sous la dénomination de « Tarot de
Marseille » (aujourd'hui réserve à la carto¬
mancie).
Comme en témoignent les nombreux
symboles caractéristiques qui se trouvent
SUT les caries de points et sur certains atouts
(notamment la devise «/î bon droyhy, ces
cartes ont été conçues pour Francesco
Sforïa* devenu par son mariage avec
Bianca Maria Visconti duc de Milan en
1450. Ces chefs-d'œuvre de la peinture de
la Renaissance italienne ont stimulé depuis
longtemps les recherches des historiens de
l’art qui ont tenté d^en identifier l'auteur
(ou les auteurs).
Les cartes furent d'abord atribuées —
faussement — à Antonio Cicognara ; puis
Roberto Longhi montra, en 1929, que la
plupart d'entre elles pouvaient être de la
main de Bonîfacio Bembo* peintre crémo-
nais de la deuxième moitié du siècle.
Six atouts néanmoins (la Tempérance, la
Force, l'Etoile, la Lune* le Soleil et le
Monde) sont peut-être d'un autre peintre.
Du même artiste on connaît d'autres car¬
tes, d'un style proche, elles aussi peintes
pour la famille Visconti, tel le jeu précé¬
dent (cat. n'^ 1) et le tarot « Brambilla »,
dont les 48 canes sont conservées à la Gale¬
rie Brera de Milan. De nombreuses cartes
isolées de la même veine sont dispersées
dans différentes collections.
Toutefois* dans un ouvrage publié
récemment, Gîuliana Algéri (op. cit.) con¬
teste Fattribution à Bembo, admise à peu
prés universellement, et préfère voir dans
ces cartes le travail de Francesco Zavattari,
fresquiste à la Cour de Milan, actif dans la
première moitié du xv^ siècle. La chrono¬
logie à peu prés établie de ces différents
jeux confirmeraient plutôt cette séduisante
hypothèse.
Une réédition en fac-similé de ces cartes
a été faite en 1975 par les éditions ûrafica
Gutenberg* en Italie. Ces mêmes reproduc¬
tions ont inspiré l'œuvre d'italo Calvino*
Tarots. Le Jeu de cartes Visconii de Ber-
game eî New York (Milan et Paris :
Frâneo-Maria Ricci, 1974).
New York, Pierpont Morgan Library, M. 630.8,
M. 630.14* M. 63049* M. 630.21* M. 630.29,
M. 630.32
Bergame* Accademia Carrara di Bdli Arti
(ektach raines).
BràL : W.L. Schreiber, 101-102 ; KIdn. 51-52 ;
Moakiey ; Hoffmann, 17-18 et ii'®17b ; Kaplan*
65-86 ■ Dgrïiineit, 69 {n“3) ; Algerl* 59-94.
Les ateliers secondaires
Robert Klein (op. cit.) a eu raison de distinguer des tarots
« viscontiens » les autres productions enluminées.
Celles-ci se rattachent, en effet, à d'autres traditions, par¬
fois identifiées elles aussi par la présence d’armoiries (les
Colleoni : cat*n'’ 4, ou les Este : cat. n"^ 5), parfois
dépourvues de tout moyen d’identification* Parmi ces
dernières, il en est qui montrent des emprunts à un univers
très éloigné de celui du tarot : c'est non seulement le cas
de cartes conservées au Museo Civico de Catane, qui
offrent une très curieuse Tempérance, couchée nue sur le
dos d'un cerf (cT Hoffmann* n* iS>, mais aussi et surtout
des cartes Goldschmidt (cat, n® 6) aux représentations si
déroutantes que les spécialistes s'interrogent sur leur
signification. Il faut certainement rapprocher d'elles les
cartes de la Guildhall Library de Londres*
38
Le « tarot de Charles VI » (cat, n'’ 7) est, quant à lui,
dépourvu de toute allusion familiale* Ses thèmes sont tout
à fait conventionnels* Il constitue, avec les cartes Roths¬
child (cat. n® 8) — et le Cavalier de Bâtons du musée de
Bassano qui fait partie du même jeu —* un ensemble
stylistiquement cohérent auquel se rattachent aussi les car¬
tes de Catane. Le hiératisme imposé par la gravure sur
bois, bien réelle dans les cartes de la Collection Roths¬
child, annonce la fin de la période faste des tarots enlumi¬
nés : le substrat xylographîé vient donner un semblant
d'uniformité que les techniques de coloriage au pochoir
vont parachever dès la fin du siècle. Du jeu unique et
princier, exclusif et chevaleresque, on passe à la produc¬
tion « de masse ».
I
4
Quatre Cartes Collieoni
Miîan (7)^ Iialk, fin du xv' s.
4 cartes (sur 78?). enseignes italiennes
peinture avee fond d*or étampé
papier en plusieurs couches
167 n 85 mm
dos [ unis
Ces 4 cartes, acquises à Milan avant 1915
et conservées par le Victoria & Albert
Muséum de Londres, représentent en quel¬
que sorte une transition entre le groupe des
cartes clairemeni identifiées comme ayant
été faites pour la famille Visconti-Sforza et
celles provenant d’horizons divers.
Si le Valet de Deniers paraît une mau¬
vaise copie de celui que nous attribuons a
Zavattari dans le jeu Visconti-Sforza (cal.
nc^s 2 et 3)t l’As de Coupes évoque plutôt
celui de l’ancienne collection Goldschmidt
(cai. n“ 6). Le « précipice î> qui orne le bas
de la carte a permis à certains observateurs
de le relier aux 6 caries Viscontt-Sforza qui
ne sont pas de la main de l’artiste principal.
On s'attardera tout autant sur les symboles
héraldiques : la devise « aec spe nec
meiu » inscrite sur le pied de I^As de Cou¬
pes est, traditionnellement» celle d’Isabelle
Este, marquise de Mantoue (1474-1539),
tandis que Tangelot de droite présente un
écusson orné des armes des Colleoni (d’évi¬
dents « coglioni Or Isabelle peut dif¬
ficilement a^'oir connu Barîolomeo Col¬
leoni qui est mort quand elle avait deux
ans,..
Les deux autres cartes, la Mon et
l’Etoile, ne ressemblent à aucune autre
connue, Peut-être peut-on faire observer
que la Mort est placée sur un so! de car¬
reaux noirs et blancs comme on en trouve
sur certaines des canes Goldschmidt (cat.
n° 6). Un phylactère, émergeant de sa bou¬
che, annonce « son fine ».
Londres, Victoria and Albert Muséum, Depart¬
ment of Prints and Drawings and Painrings,
1468-1926, 1469-1926, 1470-1926 cl 1471-1926.
Bibl. : Kaplan. 104 ; Dummett, 72 (n’ 12).
5
Trois canes peintes pour la famille d’Ksfe
Ferrare (?>, Italie» xv= s.
16 cartes (sur 7S?), enseignes italiennes
peinture avec fond d’or étampé
papier en plusieurs couches avec rabats à
l'italienne
140 X 78 mm
dos : unis
NB : 3 cartes sont exposées ici : le Roi de
Deniers, la Dame de Coupes et la Tempérance.
Ces trois cartes appartiennent à un
ensemble de 16 aujourd’hui conservé dans
la collection Cary de la Bibliothèque Bei-
necke de PUniversité de Yale. D’un style
radicalement différent des cartes « Vis-
conti » et neüement plus petites, elles
offrent sur ks Dames de Bâtons et d’Epées
ainsi que sur les Cavalier et Valet de Bâtons
les armes d’Este. Le Roi et le Cavalier
d’Epées montrent les armes des Anjou de
Naples,
Bien que certains traits puissent les rap¬
procher du style des tards « de Charles
VI » (cat. n* 7), on se gardera bien de voir
la plus que de vagues ressemblances de
détail.
De même que tes documents écrits con-
firn^em» à Milan, l’existence des trionfi au
XV* siècle, de même les sources ne man¬
quent pas, pour Ferrare, à commencer par
la première attestation connue du jeu en
1442.
Ni légendes ni numéros n’apparaissent
dans ces canes, mais un texte de la fin du
XV* siècle, qu’on a quelque raison de situer
à Ferrare» nous renseigneL Ce document,
aujourd’hui conservé à Cincinnati» nous
donne en effet la liste des « triomphes »
avec leurs noms et leur numéro d’ordre :
Primus didfttr Ei ùagaieifa (et est omnium
inferior). 2^ /mperntrix. 3, fmperator. 4,
Là Pàpessa (..J. S, El Papa d» La
femperentia. 7, L^amore. Bt Lo caro îriam-
phaîe (vei mundus parvus). 9, La forteza.
ÎO^ La rot ta (id es i regnot regnavi, sam sine
regftoj. îf El gobbo. î2, Lo impie hato.
î3, La morte. 14, El diavoio. 15, La
sagitîü. 16, La Stella. 17, La luna. IB, El
sole. 19, Lo angelo. 20, La Jusfida. 21. El
mofîdo fcioe Dio Fadre). O, El matto sla
nulla (fiisi vetifil).
Ncvif Haven (Conn.)> Yale Universiiy Library,
Cary Collection, ITA 103.
BibI : W.L. Schreiber, 103 ; Klein, 52 ; Kaplan,
117 ; Ktilcr, ITA 103 î Dummeti. 69 (n* 6).
6
Cartes « Goldschmidt »
Italie? Provence?, milieu du -XV' s.
9 c9.rLËS» enseignes, italiennes (?)
peinture avec fond d’or éianipé
parchemin
140 x: 65 mm
dûs : carmin foncé
Ces cartes proviennent de la collection de
Victor Goldschmidt qui les publia — sans
indication sur leur provenance — dans son
livre Farben in Kunst (Heidelberg, 1919 -
vol. lÜ, pi. 66 a-e, pl. 67 f-i). Depuis lors.
elles sont une épine dans le pied des spécia¬
listes de la carte à jouer. La solution la plus
facile consistait à les déclarer fausses. Mal¬
heureusement, une expertise de l’Institut
Doerner» faite en 1955» compliqua
l'affaire. L’analyse spectrale démontra la
présence « aux côtés de beaucoup d'or et
d’un peu d’argent, de faibles quantités de
cuivre, de plomb, de zinc, d’aluminium, de
manganèse» de magnésium et de silicium ».
Le rapport concluait « qu’il n’y a aucune
raison d’admettre qu'elles ne sont pas
authentiques ».
Le support, quant à lui, est clairement
un palimpseste, c’est-à-dire que le parche¬
min a été réutilisé comme on peut le voir
sur la bordure gauche de la carte représen¬
tant un évêque. Le fond d’or est étampé et
les dos sont recouverts d’un rouge carmin
sombre. Les cartes à jouer sur parchemin
sont rarissimes ; même les plus anciennes
— comme le jeu de Stuttgart — sont pein¬
tes sur du papier.
Mais ce n’est pas là la seule bizarrerie :
une carte, le 5 de Bâtons, se conforme à
l’iconographie traditionnelle» encore que sa
composition la rattache plutôt au système
d'enseignes espagnoles. On peut aussi iden¬
tifier le calice, avec un jet et un serpent,
comme l’as de Coupes, car on retrouve une
semblable représentation au Victoria à
Albert Muséum (cat. n“ 4) ou encore à la
Guildhall Library. Nous suivrons aussi
Michael Dummett quand il voit dans la
carte avec épée et tète de mort un as
d’Epées» qui présente quelques afrmités
avec une figure semblable de la Guildhall.
Dummett suggère aussi que le monstre
marin couronné pourrait être une sorte de
carte-titre à valeur héraldique : c’est un élé¬
ment à prendre en considération. Mais ne
pourrait-on pas l’identifier avec le « Dia¬
ble »? Quand au soleil au-dessus des trois
collines stylisées, il doit pouvoir se ratta¬
cher au tarot (niais peut-être s’agit-j] aussi
d’armoiriesL
L’autre carte» celle qui nous montre un
homme avec un petit chien» une bourse à la
ceinture et un faucon sur le poing droit»
peut-elle être interprétée comme le Bate¬
leur? Ici encore un blason apparaît sur la
poitrine du personnage, Il s’agit certaine¬
ment — comme l’a proposé Michael Dum-
meü — d’un fauconnier. Mais pourquoi
aussi un chien? El la roue dentée qui se
trouve au-dessus de son épaule droite est-
elle une enseigne?
Il reste trois autres cartes avec des per¬
sonnages. .Aucune des trois ne peut être
clairement rattachée à un atout précis du
tarot. Ce qui est troublant, avec ces reines
debout ou à genoux» c’est leur position
39
■
I
tournée vers rejctérieur, comme si elles
devaient être alignées en une suite signiHca-
tive. L'une d'entre elle est peut-être Tlmpé-
ratrice ; Tévêque subsistant serait alors le
pape..,
il est sûr que la richesse et la variété des
jeux avec cartes était bien plus grandes au
XV' siècle quelle ii>st aujourd’huîn Ces
cartes s inscrivent vraisemblablement dans
un contexte que nous ignorons. Mais le 5
de Bâtons reste un problème irritant car il
ne peut que faire référence à la série
conventionnelle.
La localisation des cartes ajoute aux dif¬
ficultés : Klein (op- cit.) avait suggéré un
artiste lombard, bien que la forme des
enseignes et le style austère bien caractéris*
tique puissent faire penser plutôt à la Pro¬
vence. Mais — et cela vaut aussi pour ce
jeu de cartes cynégétique qui s*est vendu
chez Sotheby en décembre 83 — notre con¬
ception du style nous pousse toujours vers
la meilleure qualité. Or^ en matière de car¬
tes à jouer, nous avons souvent affaire à
des niveaux artistiques de troisième» voire
de quatrième ordre.., C"est ce qui rend une
véritable appréciation stylistique difficile,
Deilef Hoffmann
Leinfelden-ETchîerdingen, Deuisches
Spiclkarten-MusËum, Ë 226 a-i.
âibL : W.L. Schreiber, tC>Û ; Klein, S2 : Hoff-
rnann, 1 ? n* 19 : Kaplan» 110-111 ; Dummeu»
73 (n" 19) et 74-75.
7
Tarot de Charles VI
Italie du Nord, fin du s*
17 cartes (sur 78?), enseignes italiennes
dessin à i^cnerc, peint, doré et argenté puis
étampé
papier en plusieurs couches avec rabats à
ritalienne
ISO-ISS X 90^95 mm
dos : blancs unis
marques :
FAf^TE (jarretière du Valet d’Epées)
chiffres à t'encre sur certains atouts
les cartes sont :
le Fou, t'Empereur (!Î0. le Pape, l'Amoureux
(yj. la Tempérance (Vf), la Force (Vif), la Jus¬
tice fV/fî}, le Chariot (fX), l'Ermite (XJ), le
Pendu (XUL pour Xlt), la Mort {Xi/f), la
Maison-Dieu, la Lune fXVff), le Soleil fXVJfî),
le Monde (XVÏffl), Je Jugement (XX), le Valet
d'Epées (Fanie).
NB ; Les chiffres indiqués sont ceux lisibles, par¬
tiellement ou non, en haut des cartes — sauf
pour le Pendu, où le chiffre est inscrit en bas, « à
l'envers ». Ces chiffres romains sont tracés i
fencre et paraissent légèrement postérieurs à la
réalisation des cartes (première moitié du
xv[< siècle au plus tard).
40
Le Tarot « de Charles VI » est» sans
conteste, la pièce la plus célèbre et la plus
justement admirée du fonds de cartes à
jouer du Cabinet des Estampes de la
Bibliothèque Nationale. C*est à la généro¬
sité de Roger de Gaîgnères (1642-1715) que
l'on doit de l'avoir conservé ici. Il y est
entré en 1711 avec le reste de la collection
du grand érudit : les cartes à jouer y
tenaient une place non négligeable»
puisqu*cn 1698 un médecin anglais vint les
admirer â Paris. Il remarqua parmi elles
des cartes très grandes, « extrêmement bien
peintes et enluminées avec des bordures
d"or et un carton épais et rigide ; mais ce
n’était pas un jeu complet » (Martin Lister,
A Journey to Paris in fhe Year 1698^ Lon¬
dres, 1699 — cité dans W,L, Schreiber,
lOl).
C*e5t Constant Leber qui» en I S42, pro¬
posa de voir dans ces 17 cartes celles men¬
tionnées en 1392 dans un livre de comptes
de Charles VI au titre d*un règlement dû à
un certain Jacquemin Gringonneur, qui
s’en trouva aussitôt crédité de rinvention.
Cette belle légende n’a pas tenu long¬
temps : déjà Romain Merlin {Origine des
cartes â jouer, Paris» 1869) s’en méfiait.
D'Allemagne, quant à lui, y voyait de
« fort beaux tarots vénitiens du commence¬
ment du quinziéme siècle >k Mats, si la
datation et la localisation sont contesta¬
bles, le soin et le luxe déployés pour exécu¬
ter ces chefs-d’œuvre n’avail pas échappé
au spécialiste qu’il était.
On est, à vrai dire, embarrassé pour
situer ces caries. Leur affinité stylistique
avec celles de La Collection Rothschild du
Louvre (cL n^ suivant) ne fait pas de doute
— même si celîes-cî sont d’unç main plus
raffinée —, pas plus qu’avec celles conser¬
vées au Museo Civico de Catane qui mon¬
trent un Monde et un Ermite frappants de
ressemblance. Une certaine tradition, rap¬
portée par Dummett (op. cit,), en ferait des
productions ferraraises. Mais si l’on peut,
avec Klein (op. cit.), les situer dans la
deuxième moitié du xv^ siècle, il est diffi¬
cile, dans l'état actuel de nos connaissan¬
ces» de leur assigner une origine précise.
Les résultats de l’examen effectué par le
Laboratoire de Recherche des Musées de
France dont on trouvera les conclusions ci-
après» sont formels : les pigments employés
ne permettent pas d’aller au-delà d’une
datation très générale. La présence de
rabats, que souligne le rapport d’analyse,
témoigne en faveur d’une fabrication tar¬
dive, même si, manifestement» le dessin et
la peinture ont été posés une fois chaque
carte montée, comme c'est aussi le cas dans
les cartes de la Collection Rothschild,
Michael Dummett s’est penché sur les
chiffres romains inscrits à Tencre sur le
haut des cartes (sauf dans le cas du Pendu)
et parfois partîellemern rognés : on peut
ainsi reconstituer un ordre des atouts qui
paraît proche de celui de la tradition bolo¬
naise. A dire vrai, la représentation de
nombreux atouts permet ce rapprochement
(cf. cat. n* 23, 24 et 26) : l’Empereur tient
un sceptre à fleur-de-Iis et un globe à peu
près semblables, sa couronne est pareille¬
ment constituée d'un bonnet, le Chariot
représente un même personnage masculin
debout sur une sorte de socle, la Force
s’appuie sur une colonne, mais ici brisée» la
Mort est â cheval ei tournée vers la gauche,
la Maison-Dieu a le même aspect de porte
fortifiée» et» surtout, la Lune avec ses
astronomes» le Soleil et sa fileuse, et le
Monde, caractérisé par son personnage
debout Sur une sphère, tenant un globe et
un sceptre» accusent des affinités évidentes
avec les allégories équivalentes des tarots
de Bologne. Aussi pourrait-on» avec beau¬
coup de prudence, évoquer ici une origine
bolonaise. A moins que les tarots de Bolo¬
gne ne se soient inspirés de celui-ci...
Parts, Ë.N., Estampes, Kh 24 rié,
BibJr : D’AltÈrtiagnç, 1» 1S1-182 (et nombreuses
ilt.) ; W.L. Schreiber» lOl ; Klein ; Hoffmann»
18 et n°17 c ; Kaplan, 111-116 ; Dummett» 69
(n" 4) et 395.
Résullats de l'examen effectué par le Labora¬
toire de Recherche des Musées de France.
Le^ dix-sept tarots présentent les mêmes carac¬
téristiques^ Ils constituent un ensemble homo¬
gène réalisé en plusieurs étapes, selon le même
processus.
Le support est fait de deux feuilles de papier
superposées et encollées. Des bandes de papier
adhérant au pcuriour renforcent les bords.
Ceux-ci ont été malheureusement redécoupés à
une époque indéterminée. Par référence à la
technique traditionnelle, ces bandes seraient les
restes de repli delà feuille mférîeure sur la feuille
supérieure.
Le dessin préparatoire est ensuite tracé avec
une encre noire de type sépia.
Dans les parties destinées à Être dorées ou
argentées, une épaisse couche d’assicite à base de
plâtre et de colle de peaux, légèrement colorée à
Toere rouge, est déposée sur le support.
Après fixation des feuilles d’Or cl d’argent,
des décors de rinceaux sont estampés dans
répaisseur de l’assielte»
Les couleurs sont ensuite étendues avec une
tempera à Toeuf. La présence de presque tous les
pigments disponibles au XV' siècle, celle en parti¬
culier de matériaux onéreux comme î’or» le lapis-
laîuli ou le vermillon, suggère que le commandi¬
taire était un riche personnage.
I
Certains pigments sont réservé? à la représen¬
tation de sujets déterminés. AinsL le vert de la
végétation est toujours un mélange d'^indigo et
d’orpiment et le vert des vêtements, de Tataca-
mite mêlé de jaune au plomb et à l’étain.
Outre les pigments déjà cités, l’analyse a iden¬
tifié le blanc de plomb, fazurîte et une laque
organique rouge.
Grâce à la grande qualité des matériaux utili¬
sés, les couleurs Ont conservé toute leur
frakheur.
Les détails (Heurs, décors), les drapés de vête¬
ments et les cernes ocres ou uoîrs sont ajoutés en
fin d’exécution, li en va de même pour les motifs
dorés, posés à mixtion sur les couleurs.
J.P. Rioux
8
8 cartes de La collection Rothschild
Italie du Nord, fin du xv» s,
8 cartes (sur ?), enseignes italiennes
xylographie (?) peinte à la main avec â-plais
dorés et êtampés
papier en plusieurs couches avec rabais à
l'italienne
189 X 90 mm
dos ; restaurés, avec du papier blanc
ektachromes
La Collection Rothschild du Louvre pos¬
sède 8 cartes peintes dom la caractéristique
majeure est de présemer un substrat qui
paraît xylographie. Les reproductions ici
présentées sont celles du roi de Deniers (a),
du valet de Deniers (b), du roi de Bâtons
(c), de la dame de Bâtons (d), du cavalier
de Bâtons (e), du valet de Bâtons (f) ^t de la
dame d’Épées (g). Un seul atout figure,
TEmpereur (h).
Les cartes ont, en réalité, été bâties une à
une, le papier du dûs venant se rabattre lar¬
gement sur La face (1 cm et plus ! — rabats
dits « à ritaliennes »). C*est sur un tel sup¬
port que les dessins ont été imprimés puis
coloriés, avec une peinture dorée et étam-
pée, recouvrant partiellement les rabats.
Nous sommes ici à la charnière de deux
modes de production i l’exécution
luxueuse et l’impression individuelle ratta¬
chent ces cartes au groupe des jeux prin¬
ciers^ alors que Tusage de la xylographie,
qui fait ici une apparition discrète, renvoie
aux premiers essais d’une production <i de
masse ».
On n’a pas manqué de rapprocher ces
cartes de celles du Tarot de Charles Vi »
(voir n” précédent), notamment TEmpe-
reur : il s’agit, dans les deux cas, d’un per¬
sonnage barbu, en robe, assis, tenant un
disque doré et accompagné de deux servi¬
teurs. La curieuse couronne qui les coiffe
est ici très semblable et dépasse pareille-
meni la bordure. Le sceptre est de même
type : une tige ornée d’une fteur-de-lis.
Cette même fleur-de-lis se retrouve sur le
disque de notre Empereur. On comparera
aussi les sièges de l’Empereur, de la Justice
et de la Tempérance du Tarot de Char¬
les VI avec ceux des têtes reproduites ici.
La bordure, enfin, sorte de bande ornée de
rinceaux, est assez semblable dans les deux
jeux, mais ici traitée en à-plat.
Un cavalier de Bâtons du même jeu se
trouve au Museo Civico de Bassano en Ita¬
lie {illustration dans Kaplan, 12i)).
Paris, Musée du Louvre, Collection E, de Roths¬
child, 3773 à 37S0 LR.
BtbL : W,L, Schreiber, 102 3 Klein, 52; Hoff^
mann, 18 et n* 17 a; Louvre 74, n" 58 à 65 ;
Kaplan. 121-122; Dummett, 69 (n'' 5).
De l’œuvre d’art à la production en série
Il est vraisemblable que les caries de tarot ne servirent pas seulement à la délecta¬
tion esthétique de quelques princes : c'est pour jouer qu'elles furent créées. Le jeu
de tarot n'est, après tout, en Italie, qu'un jeu de cartes parmi d'autres* Mais pour
assurer sa diffusion et, tout simplement, un emploi sans risque, ÎI fallait des cartes
fabriquées en séries* C'est ici que la gravure — sur bois d'abord, puis, rapidement
ensuite sur cuivre — intervient. Le XVI' et le XVII' siècles voient se développer le
jeu de tarot qui essaime à travers î'Italie et se répand même en France et en Suisse.
C'est aussi l'époque où se fixe le terme italien tarocchi qui donnera le français
tarot, l'allemand îarock, etc* C'est à Ferrare encore qu'on en note la première
occurrence connue (1516),
Malgré le très petit nombre de cartes imprimées qui nous sont parvenues
(7 ensembles pour le XVP siècle, 9 pour le XVIP*..), le formidable travail de
Michael Dummett (op. ch,) a permis récemment de cerner les centres de diffusion
du jeu : outre Milan et Ferrare, le jeu s'est installé à Bologne, à Florence et à Luc-
ques, et même à Rome* On sait qu'il s'est transporté, à la fin du XVIP siècle,
jusqu'en Sicile. La France, vraisemblablement à partir de Lyon, et la Suisse ont
aussi été (et sont encore !) des foyers actifs.
Nous ne saurions négliger pour autant les diverses fantaisies que les graveurs
brodèrent autour du thème des tarots. Au XVP siècle encore, la tradition des car¬
tes de luxe ne s'est pas perdue. Mais c'est désormais à la gravure que les artistes,
grands ou petits, confient leur inspiration* Parce que ces œuvres d'imagination ne
sont pas sans intérêt pour l'iconographie allégorique, nous avons choisi de les pré¬
senter en premier.
Les tarots humanistes
L’iconographie des cartes* et plus particulièrement du
tarot avec ses 22 atouts, ne pouvait laisser indifférents les
artistes du XV siècle. Prolongeant en quelque sorte les
créations des enlumineurs du siècle précédent, c'^est à la
gravure qu’ils confièrent leurs inventions. Mais, alors que
les productions populaires s’expriment par la gravure sur
bois — une technique utilisée jusqu’au XIX'^ siècle, don¬
nant aux vieux tarots « italiens » cet aspect « médiéval »
qui fascinera tant les occultistes —, le genre noble
s’oriente vers le burin. Bien que les « Tarots de Mante-
gna » ne soient ni des tarots ni des œuvres de Mantegna,
leur place dans l’évolution de notre imagerie ne peut être
négligée r non seulement ils sont un superbe exemple de la
gravure ferraraise de la deuxieme moitié du XV^ siècle,
mais leurs thèmes sont si proches des allégories du tarot
qu’on ne peut « lire » celles-ci sans référence à ces images
empreintes de philosophie humanistique.
De Ferrare aussi, les cartes Sola-Busca (catn n* 11) —
qui sont d’authentiques tarots — offrent le premier essai
d’une série d’atouts débarrassés des connotations chré¬
tiennes et populaires : héros de l’antiquité et divinités
classiques dénotent la part de l’humanisme littéraire et
pictural, Un autre jeu (cat. 12) pare d’habits antiques
les allégories conventionnelles, tandis que Catelin Geo-
froy, à Lyon, auteur du plus ancien tarot français connu à
ce jour, marie les atouts de la tradition à des enseignes de
fantaisie qu’il puise à une source allemande. Enfin, tard
dans le XVH^ siècle, le graveur Giuseppe MitelU exploite
l’idée du tarot — bolonais — dans une vision déjà très
baroque.
9
« Ti^rots Mantegna »
Maître de Ferrare (entourage de Francesco
CoSsa)
Ferrare, Italie, vers 1465
50 « cartes » (complet), sous forme de livre
burin avec rehauts d’^or
papier
1S2 X 102 mm {« cartes s>-)
Paris, B,N., Estampes, Kh 26 rés.
10
Fameio
Maîire de Ferrare
Ferrare, Italie, vers 1465
carte isolée (série « E ?>)
burin colorié à la main (partie inférieure)
papier
240 X 160 mm
Leinfelden-Echlerdingen, Deutsche? Spiel-
karten-Museuin, A IBS.
Bibi t Wilisbire, LJ et 1.2; O'Donoghue, I.l ;
D'Allemagne, 1, 172-179; W.L. Schreiber,
103-104; Hindh liE-L 22J-240; Jean Sezncc, La
survivance des dieux antiques au fdoyen-Age et à
ia Renaissance, Londres, 1940; A. Chastei et
R. Klein, L^Europe de ta Renaissance : Rage de
rHuntanisme^ Brusclles, 1963; Hoffmann, 19,
67 cl n® 21; Eariy flalian Engravings from (he
Nûiiùnai Gallery of Art. Catalogue par
J.A. Levenson, K. Oberhuber et J.L. Sheelan,
Washington (National Gallery of Art). 1973;
p. Bl à 157 ; Alberrina 74, 2 ; KapÈan , 37-47 ;
Dummeit* és ; Keller, (TA IÛ5.
I
Les « Tarots de Mantegna »
Les « Tarots de Mantegna » forment Tune des plus pré¬
cieuses et des plus énigmatiques suites d'estampes des
débuts de la gravure italienne* Ils ont suscité maintes
interprétations, et continuent à stimuler T imagination et
la réflexion. Pourtant ils ne constituent pas un jeu de
tarot, et ne sont pas une création de Mantegna. De nom¬
breuses recherches leur ont été consacrées : relations avec
le jeu de tarot, origines littéraires, iconographiques et his¬
toriques, signification des images, situation parmi les Jeux
et les suites d'images symboliques très appréciés à
répoque.
L'ensemble des « Tarots de Mantegna >> se compose de
cinquante estampes numérotées en chiffres romains et
arabes, légendées en dialecte proche de ceux de Venise et
Ferrare. Il se divise en cinq séries de dix gravures chacune,
désignées par les lettres E, D, C, B, A, se succédant en
sens inverse de la numérotation. On y observe des rap¬
ports évidents avec le jeu de tarot, le développement d'un
thème précis dans chaque série et deux parcours possi¬
bles : Tun suivant les figures (î à 50), Tautre suivant les
séries {A à E).
E {1 à 10)* La Hiérarcfiie de ia société et (a cottditioa humaine.
l. Misero <le mendiant) — 2. Fameio (le serviteur) — 3. Artixati
(rartisan) — 4. Merchadante (le marchand) — 5. Zîntüomo (le
gentilhomme) — 6. Chavalier (le chevalier) — 7. Doxe (le doge) ^
8* Re (k roi) ■= 9, Imperator (Pempereur) — lÛ. Papa (le pape).
D (I ï à 20). Les Muses ei Apollon.
IL Caliope — 12. Urania — 13. Terpskore — 14* Erato — 15-
Polimnia — 16. Talia — 17. Melpomene — I S. Euterpe — 19- Clio
— 20. ApûJlo.
C (21 à 30). Les Arts libéraux et les Sciences.
21. Grammatica — 22. Loica — 23. Retorica — 24. Geometria —
25 Aritmeiricha — 26. Mu^iicha — 27. Poesia — 28. Filosophia —
29, Astrologia — 30. Teologia.
B (31 à 40)* Les principes cosmiques et les Sept Vertus.
31. [liaco (k génie de la lumière) — 32. Chronico (k génie du
temps) — 33* Cosmico (Le génie du monde) — 34* Temperancia —
35, Prudencia — 36. Fortezza — 37. Justicia — 38, Charita — 39.
Speranza — 40. Fede-
A (41 à 50). Les Sept Pianètes et les Sphères.
41. Luna — 42. Mercuria — 43. Vénus — 44. Sol — 45. Marte —
46. Jupiter — 47. Saturno — 48. Ottava Sfera (huitième sphère) —
49* Primo Mobile (premier mobile) — 50. Prima Causa (cause
première)*
Parmi ces figures, vingt-deux évoquent d'une manière
précise les caries de tarot par rappellation, la ressem¬
blance iconographique ou la signification* L'Empereur, ie
Pape* les trois Vertus cardinales (la Justice, la Force et la
Tempérance), la Lune, le Soleil correspondent aux atouts
du même nom, le Roi, le Cavalier, le Valet aux tètes équi¬
valentes* Misero, Vénus, Mars, Saturne rappellent la
représentation du Fou* de FEloile, du Chariot, de
l'Ermite. Prima Causa et Jupiter rejoignent par une signi¬
fication commune le Monde du jeu de tarot. Enfin, la
quatrième vertu cardinale, la Prudence, et les trois vertus
théologales, la Foi, F Espérance et la Charité, apparaissent
dans le Minchioïe de Florence- Ajoutons à toutes ces ana¬
logies, une iconographie très proche de certaines figures
avec celles du jeu de tarot exécuté pour la famille Visconlî
vers 1450 : le Roi, l'Empereur et le Pape.
Le titre d’usage s'explique alors plus aisément d’autant
que le format rectangulaire des estampes, leur bordure
identique et régulière, la représentation de figures isolées
se détachant sur un fond uni, correspondent à la figura¬
tion d'un jeu de cartes. Cependant, parmi la quinzaine
d'exemplaires conservés, dont neuf sont complets, aucun
ne nous est parvenu collé sur papier fort- D’autre part,
quatre d'entre eux sont reliés et se présentent sous forme
de livre- Le but poursuivi par le créateur de cet ensemble
n'était certainement pas la manipulation fréquente des
images.
Ce seul « jeu » chiffré du xv^ siècle, se déroule dans un
ordre hiérarchisé idéal, de Fetre le plus inférieur jusqu'à
Dieu. Son origine, son sens et sa destination restent à
découvrir. L’analyse des différentes séries permet certai¬
nes déductions qui entraînent une réflexion individuelle et
engendrent la méditation. Toute la « magie » de Funivers
culturel italien du xv^ siècle se reflète dans les nombreuses
combinaisons d'images qui se devinent.
La hiérarchie de la société et la condiîtor} humaine (série
E. I à 10).
Celte série est la plus facile à interpréter* Elle représente
toutes les situations auxquelles l'Homme peut accéder ou
qu'il peut connaître, de la plus humble, celle de mendiant,
à la plus honorée, celle du représentant de Dieu sur terre,
le Pape-
Les Muses et Apollon (série D- 11 à 20)
Les neuf filles de Jupiter et de Mnémosyne (la
Mémoire) présidaient à tous les arts de l'intelligence. A
l'origine, les Muses n’avaient pas d'attribution indivi¬
duelle bien définie- Au XV*^ siècle, toute culture s'y réfé¬
rait. Elles se succèdent ici* en commençant par Calliope,
la plus puissante d'entre elles* Deux symboles les accom¬
pagnent presque toutes : un instrument de musique et une
sphère. Cette iconographie évoque la conception pythago¬
ricienne de la musique cosmique qui associe les Muses aux
chœurs des anges, et les écrits de Plutarque, qui logent les
Muses dans les sphères planétaires. Elle était diffusée
auprès des artistes par deux manuscrits, dont on conserve
des impressions du XV‘ .siècle : le Blason des couleurs,
d'un auteur anonyme, et le Mariage de Mercure et de fa
philologie, de Fauteur nord-africain Mariianus Capella
(v^ siècle)* Chaque figure s'inspire fidèlement de ces
textes*
46
Les Arts libéraux ei les Sciences (C. 21 à 30)
A la Renaissance, Tinstruction apparaît comme une
sorte dMnitiation personnelle à une vie supérieure* Elle
était structurée suivant les Ans libéraux représentés ici,
d’après les textes des deux manuscrits cités précédem¬
ment. Les Arts Libéraux comprenaient le Trivium (Gram¬
maire, Dialectique, Rhétorique) et le Quadriviu/n (Géo¬
métrie, Arithmétique, Musique et Astronomie). A Fépo-
que humaniste, on y ajoute T histoire, la philologie et la
poésie; celle-ci devînt le langage de la civilisation.
Dans les « Tarots de Mantegna » la série des Arts Libé¬
raux commence par la Grammaire, fondatrice de ces dis¬
ciplines. Elle s’enrichit de la Poésie, de la Philosophie et
de la Théologie* L’astrologie remplace Tastronomie. Elle
constituait an Moyen Age le fondement de la culture pro¬
fane et le principe de toutes les sciences* L'Humanisme va
lui donner une importance accrue, toute existence dépen¬
dant du cosmos* L'astrologie jouait un grand rôle à la
Renaissance notamment à Ferrare à la Cour des Este où
Leonello d'Este ( t 1471) portait chaque jour de la
semaine, comme les anciens mages d’Arabie, des vête¬
ments dont les couleurs correspondaient aux planètes.
La Théologie clôt la série. Elle englobe toutes les scien¬
ces par sa qualité divine, Elle a deux profils qui indiquent
sa nature éternelle : Lun jeune pour observer le ciel,
Pautre vieux pour observer la terre. La sphère céleste sur
laquelle elle règne est son attribut traditionnel.
Cette série reflète tout à fait l'esprit de la Renaissance,
C'est ainsi que Raphaël, un peu plus tard, dans la Cham¬
bre de la Signature (1508-1511) représentera la Théologie,
la Philosophie, la Poésie et le Droit, comme les points car¬
dinaux de la culture. Il leur associera les quatre éléments
matériels (terre, eau, air, feu) — qui sont représentés dans
les Tarots également — pour marquer l’analogie de
l'esprit avec l'univers*
Les Principes cosmiques et les sept vertus (B. 31 à 40)
Si l’iconographie des vertus est traditionnelle, celle des
Génies du Soleil, du Temps et du Monde est nouvelle*
Chronico lient le symbole du temps, figuré par un dra¬
gon ou serpent ailé qui se mord la queue, appelé aussi
ouroboros. Ce symbole se retrouve à l’extrémité du man¬
che de la faux de Saturne (A. 47)* Il est décrit dans le dic¬
tionnaire des hiéroglyphes, le HorapoHon datant de l'épo¬
que alexandrine. Cette science était très appréciée à la
Renaissance, et il est probable que bien d’autres symboles
hiéroglyphiques soient dissimulés dans les « Tarots »*
Les vertus cardinales qui succèdent aux Génies, ont une
antique origine. Les vertus théologales, la Charité, TEspé-
rance et la Foi, concepts chrétiens, sont tirées d'un pas¬
sage de la Première Épître aux Corinthiens (1 Co 13 13).
Les Sept Pianèîes et les Sphères (A. 41 à 50)
L’iconographie des planètes provient d’un traité latin
De Deorum imaginibus Hheilus^ attribué au moine anglais
Albericus, qui vécut sans doute au Xll^ siècle. Cet ouvrage
contient la description de vingt-trois dieux païens. Il était
destiné aux artistes comme livre de modèles. Ces dieux
étaient sûrement imaginaires et ne s'inspiraient d'aucun
modèle antique réel. Ainsi c'est îe Mars fabriqué par
Albericus d'après Servius et Stace que Pétrarque
(1304-1374) décrira.
La Lune et le Soleil ne correspondent pas aux descrip¬
tions d'Albericus et se réfèrent à un modèle antique.
La dernière estampe. Prima Causa, est une synthèse de
la série et résume les connaissances encore médiévales de
l’univers ptolémaïque, seul connu aux XIV' et XV^ siècles.
Les Sphères sont dessinées autour de la terre qui en consti¬
tue le centre. On y trouve le monde élémentaire constitué
des quatre éléments (terre, eau, air, feu), le monde céleste
formé de onze ciels : les sept planètes mobiles (la Lune,
47
Mercure, Vénus, le Soleil, Mars, Jupiter, Saturne), la
sphère des étoiles fixes appelée encore ciel du firmament,
le neuvième cîel ou cristallin, le dixième ciel ou premier
mobile, cause de tout mouvement, et les trois cercles de la
Trinité.
On a aussi interprété ces sphères comme les neuf cieux
superposés de la Divine Comédie de Dante (1265-1321}
qui environnent la terre. Les âmes des justes y trouvent
des récompenses proportionnelles à leur mérite et exercent
des influences sur les êtres.
Le survol des différentes séries conduit à une interpré-
tation possible de Tensemble. Un parcours est proposé,
parcours ascensionnel basé sur révolution spirituelle de
THomme, en relation avec le cosmos. Le « Jeu » présente
le cosmos comme un tout animé et cohérent et Thomme
comme le microcosme de T univers. Sa compréhension
nécessite une connaissance approfondie de la culture
médiévale et humaniste. L^Homme influencé, déterminé
par les étoiles suivant Saint Thomas d'Aquin, conserve
cependant son libre arbitre, comme Taffirme Dante* et
peut, à travers des accomplissements successifs* se trans¬
former* Le sens néo-platonicien du jeu s'impose : harmo¬
nie du monde, dépendance de chaque partie entre elles et
avec runivers* recherche pour l'Homme de la spiritualité
absolue. Indépendamment de celte idée directrice* ce jeu
initiatique reflète Tidéai de la Renaissance : union de
l’antiquité païenne et de la religion chrétienne, découverte
des sciences, importance de Lastrologie,
L’Humanisme utilisait abondamment les symboles et
les emblèmes pour diffuser la nouvelle culture. Il souhai¬
tait une compréhension immédiate de la connaissance et
pensait atteindre ce but par un langage visuel. L'art y
trouvait sa justification en devenant le support des con¬
naissances* De nombreux jeux humanistes, éducatifs et
édifiants, existaient à l’époque : « Les Dieux et leurs attri¬
buts » du prince adolescent Filippo Maria Viscomi, duc
de Milan, « Notre-Seigneur et les Apôtres »* « Les Sept
Vertus », « Les Triomphes de Pétrarque », « Les Planè¬
tes On peut identifier les Tarots de Mantegna » avec
le jeu du « Gouvernement du Monde ». Celui-ci aurait été
inventé par le Pape Pie II, et les cardinaux Nicolas de
Cuse et Jean Bcssarion lorsqu’ils se réunirent à Mantoue
vers 1459.
Reste après ces diverses hypothèses, à en suggérer une
autre concernant l'auteur et la datation du jeu. Le style
des « Tarots de Mantegna » relève de l'École de Ferrare*
Il est très proche de celui des fresques de Francesco Cossa
du Palais Schifanoia. Celles-ci dateraient de 1469-70. Le
dessinateur et graveur du « jeu » pourrait être un minia¬
turiste ou un peintre de cartes de la Cour de Ferrare qui
aurait illustré la théorie d'un humaniste.
La diffusion du jeu, preuve de son succès, permet une
datation approximative. Une copie complète de la suite,
appelée « série S » — la lettre S remplaçant la lettre E —
présente quelques variantes. Elle est proche du style de la
manière fine florentine et a dû être gravée vers 1485.
Mais, bien plus tôt, un manuscrit Costitüzioni e Priviiegi
deîlo Studio Bologneset daté de 1467, comprend deux
miniatures copiées d'après les « Tarots de Mantegna ».
Un autre manuscrit Fior di Virtu (Codex Vad. 484), con¬
servé à la Bibliothèque de Saint-Gall, a quatre « tarots »
insérés dans son texte. 11 a été terminé le 28 novembre
1468. Des copies réduites illustrent également deux
manuscrits de la Bibliothèque Vaticane contenant un
poème de Ludovico Lazarelli De iniagimbus gefîîiüLtfn
Deontm (« Images des Dieux païens »). L'un d'eux est
dédicacé au duc Borso d'Este de Ferrare, duc en 1471, et
décédé la même année (Codex urbînas lat. 716 et 717).
Ainsi, ce jeu aux multiples facettes, jeu message, jeu
édifiant, jeu ésotérique, rejoint par son ambiguïté, pro¬
pice à maintes interprétations et orientations, l'univers
magique du Tarot.
Gisèle Lambert
H
Tarots « Sola^Busca »
Ecole ferraraise
Ferrare. Italie. Ï49J (?) ûü 1523 (?)
4 cartes (sur 7S), enseignes italiennes
burin
papier
142x75 mtn
Les tarots « Sola-Busca » sont ainsi
nommés parce qu'un jeu complet et colorié
se trouve en possession de la famille des
comtes Sola à Milan (Palazzo Sola). La
collection Dutuit ne détient que ces quatre
cartes, non coloriées et non montées.
Il s'agit en fait du premier tarot à ensei¬
gnes Italiennes dont les atouts ne respectent
pas riconographie traditionnelle : ce sont
ici des héros de l'Antiquité classique ou
biblique. Lenpio est Patout lii, Bocho le
n® XIin et Nefibroto (Nemrod) le n* XX.
Les têtes, quant à elles, représentent les
divinités classiques, telle la dame de Cou¬
pes {Pûii.seiia). Il est en outre intéressant de
noter qu’avec l'ensemble conservé à Milan
nous avons le seul exemplaire complet d'un
tarot italien ancien.
Les formes lourdes et les contours tour¬
mentés du dessin, les postures excessives et
maniérées des personnages, tout cela a été
atrribué par Hlnd (op. cit.) à l’école de Fer¬
rare et, en particulier, à rinfluence de
Cosme Tura, Le style général est d'ailleurs
à rapprocher de la série m E » des Tarots de
Mantegna (cat. n'’ 9). Quant aux cartes
numérales, avec leur ornementation char¬
gée et leurs putti grouillants, elles ne sont
pas sans évoquer les cartes a enseignes ita¬
liennes des écoles du Nord du xvp siècle
(Maître de la Haute Allemagne). Ce même
genre de décoration se retrouve aussi sur les
cartes de points du tarot italien (cat. n® 12)
et même sur le tarot parisien anonyme du
xvip siècle (cat. n* 33).
Seul l’exemplaire colorié de la collection
Sola permet de lire un certain nombre de
nientions manuscrites, qui font parfois
référence à Venise. L’atout n“ XlIIl (notre
Bocho) porte sur son bouclier l’inscription
« Anno ab xirbe conâita MLXX », qui
indique ainsi la date à partir de la fonda-
48
tion de Venise. Hind^ qui a fourni l’analyse
la plus détaillée de ces cartes (op. cit.)* a
choisi de partir de 42] ap. J.-C., datant
ainsi le jeu de 1491. W.L. Schreiber (ûp.
ck.), pour sa pari, préfère {a date de 453 et
propose plutôt 1523^ Certaines caries por¬
tent en outre les lettres « M.S. » qui parais¬
sent être une signature. Celle-ci n’a pu être
identifiée à ce jour. D’autres cartes « Sola-
Busca » sont conservées à l’Albertina de
Vienne (23), à la Kunsthalle de Hambourg
(4) et au British Muséum de Londres (4
aussi), Hind qualirie les 4 cartes de la col¬
lection Dutuk de « good early impres¬
sions » (p. 242).
Paris, Musée du Petit Palais, Collection Dutuii,
Inv. Crav. Dutuil, 10262 à 10265.
Bibt. : Willshire, 1.3; W.L. Schreiber, 105;
Hind, ], 241-247 ; IV, 370-393 ; Hoffmann, 20 él
n*^ 22 b; Albertina 74, n* 3; Kaplan, 126-127;
Dummet!, 76.
12
« Anciens Tarots Italiens »
Italie du Nord, xvi^s.
30 cartes (sur 7S), enseignes italiennes
gravure sur bois eoEoriée à la main
papier en plusieurs couches avec rabats à
riialtenne
134 X 70 mm
dos : Diane avec un angelot (Cupîdon), dragon,
chariot dans les airs (gravure sur bois coloriée
à la main)
Les 30 cartes de ce tarot italien sont dans
le style humaniste et antiquisant qui carac¬
térise aussi les Tarots Soia-Busca. Mais ici
nous avons à faire au^ atouts traditionnels,
il est vrai, réintcrpréiés sous la forme
d'allégories classiques, avec légendes en
latin, On s’accorde à reconnaître PEmpe-
reur sous Imperaior Assiriorum. L'atout 5,
PoïHifex Ponîi/icim est clairement le
Pape, Vicïon'ae Prerntutn, n* 7, est le Cha¬
riot, Omnium DofmfJûiriXy n* 10, la Roue
de Fortune, Rerum EdaXi n® 13, TErmiie
(le Temps) et le n® 16, fncldufu Sydus, est
rÉtoile, Les avis divergent sur le n° 14,
Perdfîotum Raptor, où Detlef Hoffmann
(Albertina 74) croit reconnaître la Mort,
alors que Michael Dummett (op. cit.) pré¬
fère y voir le Diable, plus fréquent à cette
place. Selon lut, d’ailleurs, Fordre des
atouts est ici du type B et témoigne de la
tradition ferraraise.
En dehors des 6 atouts, numérotes
(n°® 5, 7, 10, 31, 14 et 16) et de l’Empereur,
on reconnaît, sous la légende « Veiim /wn-
dam dari niifu » {« je veux qu'on me donne
une fronde »), le Fou, armé jusqu'aux
n
49
I
dents et urinant. Des « 8 » ornent curieuse¬
ment le nuage qui lui tient lieu de toÜe de
fond.
Les autres cartes sont :
Bâtons :
Roi {Ninus R ex AssirioruntJ
Cavalier (Castor A migleusj
9, 7, 5, 4, 2 et as (Aso de basîom}
Coupes : 9, 8 et 7
Épées :
Roi (Akxander Magnus Rex Mace-
donicus)
Dame (Thamiris Regina Mastagêtarum)
Cavalier /Q. Marçus Curüus Romanus}
Valet (AchiUes Romanus)
9, 6 et as (Aso de spade)
Deniers :
Roi (Mida Rex Lidorum^
Valet (Ex hîs quantum dbet qui îibet
summiw)
9 et as (Aso de danri}
Les caries de points évoquent ici encore
rornementation animée des Tarots Sola-
Busca (cat. n° 11) et du tarot parisien
anonyme (cat. n® 33).
Rouen, BibltothèQue Municipale. Lcbcr 1351
XIV.
BibL : D'Allemagne, 1. 86 et 1, IS5-186: HofL
mann, 20. 67 ei n® 23 b; Alberlina 74^ n® 4;
Kaplan, 133; Dummett. 86, J92 tu" 25) et 406,
50
13
Tarot de Catelin Geofroy
Caiclin Geofrûy
Lyon, France, 1557
38 cartes (sur 7®). enseignes de fantaisie
gravure sur bois coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches
123 x^68 mnt
dos : losanges noirs dans ovales iransversaux
blancs
marques :
CA TEUN / GEOFRO Y / Î5S? (As de Perro¬
quets el As de Lions)
Initiales C, G. sur les points et te Valet de Lions
Cartes exposés : atouts I. III, VII et XVI,
Dame et 4 de Perroquets^ Vatet et As de Lions, 9
de Paons.
Avec le taroi de Catelin Geofroy nous
avons affaire à un véritable croisemern
d’influences : en effet, si ses atouts sont
classiques, ses cartes numérales sont de
pure fantaisie. A vrai dire, la fantaisie des
enseignes (Lions, Perroquets et Paons)
n'est pas sortie de riniagînation de Cateün
Geofroy, mais de celle de Virgil Solis, qui
édita vers 1540 à Nuremberg un jeu de
52 cartes avec ces mêmes enseignes (la
4' couleur y est « Singes »)* Le fabricant
lyonnais s^est contenté de copier les cartes
de son homologue allemand* C"est ce qui a
fait dire que ce jeu pourrait avoir été fait
pour le marché allemand où ce type
d’enseignes de fantaisie n'était pas rare.
Mais cet emprunt clairement germanique
est placé dans un cadre tout à fait italiani¬
sant : chaque carte est ornée d’une bordure
hachurée, imitant le rabat à l'italienne, et
tes numéros s’inscrivent dans des cartou¬
ches, comme cela se voit dans les produc¬
tions italiennes. Nous avons souligné aussi
l’orthodoxie des 12 atouts qui, quoique
non légendes, semblent respecter scrupu¬
leusement l’ordre du Tarot de Marseille*
Toutefois leur traitement graphique reste
tout à fait original.
On sait peu de choses de Catelin Geofroy
sinon qu'il exerçait à Lyon et que la renom¬
mée de ses fabrications était grande {à
Nancy, par exemple : voir D’Allemagne)
entre 1582 et 1603, Mais peut-être
s’agissait-il d’un fils**. Cet unique et pre¬
mier survivant d'une production française
que les sources du x\'i‘ siècle nous décrivent
comme abondante n'a pas fini de nous
intriguer.
Francfort, Muséum fur Kunsthandwerk, L.K,I,
Sibi. : D'Allemagne, II, 2l2: Hoffmann, 17 ci
66, ri*15b et 16 a; Albertina 74, ii''39;
Kaplan, 132; Dummeii, 203-204 et 226; PC,
XII, n" 4. 123-124.
13
51
14
^ Gioco dî carte dt taracchini » de Mitedi
Giuseppe Maria Mitelli
Rome, Italie^ deuxième tnoîlié du xvij< siècle
62 canes {complet). enseignes italiennes
gravure sur cuivre
papier
119 56 mm
marques t
CiOSEPPE MARiA /MîTELLî (N K / DIS.
E. [NT. (sur As de Deniers)
Cesl le tarot bolonais^ à 62 cartes, qui a
servi ici de modèle au graveur Giuseppe
Maria Mitelli (1634-1718). Publié sous
forme de livre (GiuùCù di carte, con mtova
forma di tarocchiai, inîagUo in Roma di
Giuseppe Maria Miîeiii, Rome, s.d.), les
planches étaient destinée à être découpées,
montées sur carton, voire coloriées. Les
cartes de la Bibliothèque Nationale ont été
simplement découpées, maïs PexempJaire
de la Collection Cary de Yale (Keller, ITA
15) est monté sur carton, avec dos historié
et rabat « à l'italienne » et la collection de
rUSPCC, à Cincinnàti, possède même une
version coloriée (cf. Hargrave);
Créé pour la famille Bentivoglio — c’est,
du moins, ce que prétend le titre du livre
ainsi que les armoiries visibles sur Pas de
Coupes —, ce jeu est représentatif du baro¬
que italien où toute référence à la culture
médiévale a disparu. Tout ce que nos tarots
humanistes véhiculaient encore d’allusions
au gothique finissant a, ici, laissé la place à
une vision érudite et théâtrale qui évacue
complètement le lourd symbolisme des
atouts traditionnels. Le Bateleur est devenu
un danseur de rue. Le Pendu, évocation du
châtiment des traîtres, n’était plus « par¬
lant » : Mitelli en a gardé l’image d’une
exécution, mais plus dramatique, celle d’un
jeune homme qu’on abat avec une masse.
L’Étoile s’est transformée en une sorte de
chemineau réaliste. Il n’est pas jusqu’à la
pose quasi-chorégraphique de Thomme
frappé par la foudre (la Maison-Dieu).
Ce type de relecture théâtrale, qui se
manifeste aussi dans les cartes de points,
visait une clientèle aristocratique où le jeu
de cartes se mêlait vraisemblablement à une
sorte de passe-temps littéraire, divertisse¬
ment de société, à l’image de cet autre jeu,
// giuoco dei Passo-Tempo, que Mitelli
grava en 1690.
On notera que les quatre « papi » du
tarot bolonais traditionnel — les deux
« Papes », ainsi que l’Impératrice et
l’Empereur — sont encore présents : leur
remplacement par des sujets moins mar¬
qués religieusement n’interviendra, en
effet, qu’à la fin du xvip siècle.
Réédition en fac-similé : Grafica Guten¬
berg, 1983 {en couleurs).
Paris, B.N., Estampes, Kh 381 rès. 74.
BibL: O’Donoghue, 1.28 1 Wilisture, L7;
D’Allemagne, J J 90; Hargrave, 231-232;
Kaplan, 53-54; Keller, ITA 15 et 16, ITA sheci
285; Dummett, S7 ei 315.
52
En Italie
L'Italie est, au XVE siècle, un foyer bouillonnant où la
« maison » Tarot se ramifie en de multiples « filiales ».
Après Milan, après Ferrare, les deux patries du tarot, le
jeu se fixe à Bologne et, de là, à Florence, à Lucques* à
Rome,
L'usage s'est désormais répandu de numéroter les
atouts* Aussi Michael Dummett (op, dt.) a-t-il pu recen¬
ser trois arrangements distincts, où les mêmes allégories se
retrouvent, mais à des places différentes, notamment les
trois dernières, le Monde, la Justice, le Jugement : Tordre
milanais semble à Torigine de nos tarots français à ensei¬
gnes italiennes (le « Tarot de Marseille »), Tordre de Fer-
rare, attesté par un manuscrit déjà dté (cf. cat, 5) et
deux ou trois autres documents iTa pas survécu au-delà
du XVP siècle, Tordre bolonais, enfin, est resté immuable
dans sa ville d'origine où le jeu est toujours assidûment
pratiqué, mais a connu de multiples variantes dont celle
de Florence, appelée mmehiafe^ n'est pas la moindre.
Lucques et Rome semblent avoir développé une tradition
propre dont témoignent quelques cartes*
Nous nous sommes efforcés ici de présenter au moins
un exemple de chacune de ces traditions.
Milan
rs
Feuille Car)'
Milan {?). Italie^ fin du xv^ ou début du xve-^ s.
20 cartes (sur î8 ?)> enseignes italiennes
xylographie
papier
97x55 mm (cartes), 300x215 mm (feuille)
reproduction photographique
La planche dont nous exposons ici une
reproduction a été publiée pour la première
fois en 1980 par Michael Duinmen. Son
intérêt majeur provient de la ressemblance
de certaines cartes avec celles du Tarot de
Marseille. C’est ainsi qu’on a pu identifier,
de gauche à droite et de haut en bas :
- le Pendu (?), la Roue de Fortune, le Cha¬
riot, l’Amoureux, ?
- la Force, le Pape, rEmpereur, l’Impéra¬
trice, la Papesse (?)
- le Soleil, la Lune, l’Étoile, le Bateleur, le
Fou (?)
- la Maison-Dieu, le Diable, ta Tempé¬
rance, 7 de Bâtons, 8 ou 9 de Bâtons
Non seulement les deux cartes de points
visibles correspondent de façon évidente à
celles du Tarot « de Marseille » (cf* cat, 35
et 38 à 43, entre autres), mais de nombreux
atouts offrent une ressemblance certaine :
on retrouve, en effet, les allégories caracté¬
ristiques de TÉtoile (une femme à la rivière)
et de la Lune (l’étang avec Técrevisse), ainsi
que les petits personnages du Soleil. Ce
qu’on voit de la Roue de Fortune et du
Chariot (bas des cartes) est en tous points
semblable à leurs pendants dans le Tarot de
Marseille. Sans être identiques, TEmpereur
et r[mpératrke ne sont pas éloignés du
modèle « marseillais ». La Force est mon¬
trée aussi terrassant un lion.
On ne sait d’ou vient cette feuille, mais
Dummett (op. cit.) démontre de façon con¬
vaincante que Tordre des atouts du Tarot
de Marseille étant lié à Milan, cette plan¬
che, dont le style est proche, a toutes les
chances d^'y avoir été imprimée. Les cartes,
hélas très abîmées, trouvées au Castello
Sforzesco de Milan (voir n® suivant), per¬
mettent de confirmer cette hypothèse,
New Haven (Conn.), Yale Universily Library,
Cary Collection., JTA stje€i 3S.
BitL : Dummelt, 76 (n° 24}, 407-408 et pL M;
Kdler, JTA sheet 3S.
16
6 cartes d'^un tarot milanais
Milan, Italie, XV]* ou xvîh s.
6 cartes (sur 78?), enseignes italiennes
gravure sur bois avec traces de polychromie
papier en plusieurs couches
141 X 69 mm
dos : (6-E, 7-E, 6-D) : Mars e[ Vénus, survolés
par Cupidon
nomenclature IPCS ; IT-LO
Ces six cartes — 6, 7 et 9 d’Épées, S de
Bâtons, 6 de Deniers et atout XXI (le
Monde) — ont été trouvées, avec d’autres,
au début de ce siècle dans un puits du Cas-
tello Sforzesco, à Milan, lors de travaux de
restauration, Ce qui fait leur intérêt c’est
T exacte ressemblance qu'elles offrent avec
le modèle dit « Tarot de Marseille » (voir
cat. 38 à 43) : tant les cartes de points
que Tunique atout conservé présentent, en
effet, une conformité totale avec leurs
équivalents français plus tardifs.
On remarquera cependant le caractère
plus fin et mieux gravé de T allégorie du
Monde. Cette carte d^atout porte le
n® XXI, inscrit dans le haut de la bordure,
mais, contrairement au Tarot de Marseille,
aucune légende n’apparaît.
Les trois dos conservés présentent, à la
manière italienne (cf. par exemple, cat,
n'^ 12), une composition élaborée d’une
grande finesse d’exécution et d’un style
plus « travaillé » que l’allégorie du Monde.
Cette scène, qui montre indubitablement
Mars et Vénus, survolés par Cupidon, est
une représentation classique dont on
trouve de nombreux exemples dans la pein¬
ture mythologique des xvi* et xvii* siècles.
Il n’est pas jusqu’au cheval que Ton distin¬
gue dans le fond et que Ton retrouve sur un
tableau de Véronèse.
La provenance de ces cartes ne faisant
pas de doute, pas plus que leur ancienneté,
elles viennent confirmer Torigine milanaise
de notre classique Tarot « de Marseille »,
dont elles sont Tunique témoignage italien
antérieur au xviii' siècle.
Milan, CastelEo Sforzesco, Civica Raccoltà delld
Stampe Achille Bcnarelli.
Bibt. : PC, IX, El® 2, p, 45-48; Dnmmetl, 393
(n® 29).
Ferrare
17
Trois feuilles de (aroi imprimé
Venise Ou Ferrare (?), Italie, fin du XV« s,
enseignes italiennes
xylographie coloriée au pochoir
papier
Les trois feuilles du Metropolitan Muséum
forment certainement Tensembk le plus
conséquent et, peut-être, te plus ancien
d’un tarot imprimé et colorié. Deux de ces
planches se recouvrent (26,101,4 et
3L54.159) et les services photographiques
du Musée ont réalisé un habile photomon¬
tage (cf. illustration).
On reconnaît, de gauche à droite et de
haut en bas, les cartes suivantes :
planche I (31.54.159) i
- Valet de Coupes, Cavalier d’Épées* Cava¬
lier de Coupes, Cavalier de Deniers,
Cavalier de Bâtons
- Chariot, Maîson-Dieu (XV), Roue de
Fortune (X), Mort (XIII), Diable (Xüll)
- ? (IIII), Impératrice, Pape (?), Papesse
(lll), Fou (?) ou Valet (?)
planche U (26 J 01,4) :
- Roi de Coupes (?), Roi de Deniers, Roi de
Bâtons, Valet d’Epées
- Cavalier d’Épées, Cavalier de Coupes,
Cavalier de Deniers, Cavalier de Bâtons
- Maison-Dieu (XV), Roue de Fortune (X),
Mon (XIll), Diable (XIIH)
- Pape (?), Papesse (111), Fou (?) ou
Valet (?)
planche ÎII (26.101.5) :
- Force, Bateleur, Dame de Coupes (?)
- Dame de Deniers, Dame de Bâtons,
Dame d’Épées, Ermite (XI), Pendu (XII)
-Soleil (XVlïl), Jugement (XVlIIl), Jus¬
tice (XX), Monde, Lune (XV!?)
- —, —, Amoureux (Vttl), Tempérance
(VI), Étoile (??)
Une autre des caractéristiques de ces
planches est la numérotation des atouts :
on reconstitue ainsi une séquence à peu
près cohérente qui permet d’attribuer leur
ordre à celui que Michael Dummett quali¬
fie de « ferrarais ». C’est celui du manus¬
crit anonyme cité dans notre notice du
5, ainsi que du livre de Garzoni, La
Piazza uni\/ersaîe (cat. n“ 22). Stylîstique-
ment, certains spécialistes y voient cepen¬
dant une fabrication vénitienne. Pourtant
on ne peut qu’être frappé par les affinités
que ces cartes possèdent avec celles de Luc-
ques (cat, n^® 29-31) : mêmes voûtes au-
dessus des roiSt qui sont assis, eux aussi.
54
sur des trônes carrés et même Mort à chc-
val Le Diable porte un [rident semblable.
Maïs il est clair que l^ordrc des atouts n’est
pas le même.
Nc^v York, MetropoJiian Vluseuni of Art^ Harris
Brisbane Dtck Fund. 1926 (26.101.4 e(
26.101.5): Ücquest of James C. McGuire, 1931
(31.54.159).
Bii>L : Kaplan, 125; Duinmeu, x, 75 (ri®2i),
395 et 4Û4-4Û6.
18
Deux cartes de tarol
Venise ou Forrarç (?), lialiCp fin du xv^ s.
2 cartes (sur 73?), enseignes icaÈiennes
xylographie cotoriée au pochoir
papier
97 X 55 mm
On reconnaîtra dans ces deux cartes iso¬
lées le Jugement {n* XVII11) et la Dame de
Bâtons du jeu précédent.
New York, collection Théodore B. Donson.
BibL : Arts Déco 31, 44.
19
Feuille de têtes d'un jeu italien
Venise OU Ferrarc (?), Italie, fin du xv^ s,
5 cartes, enseignes iEalicnnes
xylographie coloriée au pochoir
papier
94x47 mm (cartes), 24Ûx94 (planche)
Stylistiquemcnt proches des numéros
précédents, ces cartes ne font pas obligatoi¬
rement partie d’un jeu de tarot. On recon¬
naît ici, de gauche à droite, le Cavalier de
Coupes, curieusement monté sur un
oiseau, le Roi d’Épccs, le Roi de Bâtons, le
Roi de Deniers et la Dame de Coupes.
Acquises en 1980 par Monsieur Donson,
ces cartes ont été présentées en 1981 à
Fexposilion du Musée des Arts Décoratifs
« Un rêve de collectionneur ». Le catalo¬
gue de celle ci (op, cit.) les rapproche à
juste titre d’une feuille du Musée Fournier,
de Viioria (Fournier 82, 111 et 113, n® 3),
où Ton retrouve les mêmes voûtes brisées
au-dessus des figures, Dummett discute des
cartes semblables à celles exposées ici, avec
le même cavalier de Coupes, et les relie à
deux feuilles de points de la Collection
Cary (Keller, ITA sheet IS et sheeï 2S). Il
paraît possible de dater ces cartes de la fin
du xv^ siècle. Leur style permet de leur
attribuer, comme aux précédentes, une ori¬
gine vénitienne ou ferraraise.
New York, collection Théodore B. Donson.
BibU ■ Dummett, 4Û4-405 ; Arts Déco 31, 42-43.
20
Demi (Francesco)
— Capitolo dei giocu délia primiera / col com-
mentu di Messér Pietrûpaulo da San Chirica
IFrancesco Bernil. — IVcniseJ ; [Bemardino de
BindonisL M D XXX IIll [1534]. - [40 ff non
chiffrés!: 8®.
Première édition çn 1526 La dédicace est datée
de Rome, 27 août 1526 et signée L. Gelasing de
Fiesolî.
Traditionneikment attribué à Francesco
Berni (v. 1497-1535), poète italien spécia¬
liste de la parodie brillante, ce plaisant petit
livre se présente comme une fantaisie sur
un jeu de cartes très répandu au xvp siècle,
la Primiera (en France, la Prime)^ ancêtre
du E^oker, Au hasard de ses commentaires
persifleurs, Benii se moque du tarot :
Un aîiro (...) hs trovaro che Tarocchi
sono nn bef gioco^ Æ pargfi essere in regno
suo quafido ha in mena un numéro di
dugenio carie che a pena io puo fenere, et
per non essere apposîato le mescola cosi it
megiio che puo sotto ia tavoh.*. (C, 11,
v'^).
55
I
(« un autre... a trouvé que le tarot est un
beau jeu ; il ue croit chez iui quand il a en
mains presque 200 cartes qu’il a peine à
tenir, et pour ne pas être vu, il les mélange
le mieux qu’il peut sous la table... î>).
Quelques lignes plus loin, Bernî signale
le smmehiate, première {?) occurrence du
nom du jeu Horentin (voir plus loin).
Paris, B.N., Imprimés, Rés. :327Û.
Bibt : Kaplan, 2S-29 ; Dumniett, 99, 3S7.
21
Lollio (Flavio Alberto)
— Ifivetü'vs di Flavio Aiherti Lûilio Ferraresê
contra ;7 giuoco dei tarocco. — In Viuetia :
appressû Gabriel Gioliio di Fcrrarii, M D L
[15S0Î. — (t4 p, non chiffrées); S",
Paru en 1550 à Venise, le petit ouvrage
de Flavio Alberto Lollio a ceci d’intéres*
sant qu^'il est le premier récit d'une partie
de tarot — malheureuse, d'où
1 « invective »...
A vrai dire, rînterprétatiûn du poème de
notre auteur ferraraîs pose plus de problè¬
mes qu'elle n'en résout. Michael Dummett
(ûp. cit.), qui s^y est risqué, avoue parfois
ses doutes. Rappelons-le, il ne s'agit pas
d’une règle imprimée, mais d'un récit...
poétique.
Il ressort de la plainte amère et grandilo¬
quente de Lollio que la donne offre la pos¬
sibilité de miser sur la « qualité » des cartes
attribuées et, éventuellement, de renoncer à
jouer. Cette curieuse pratique, typique¬
ment italienne, est connue dans d'autres
jeux de cartes. Il y a trois joueurs et chacun
a en main 20 cartes au début, qu’il range
par couleurs. Pestant contre la difficulté à
tenir un nombre si important de cartes,
furieux d’avoir à suivre si attentivement la
partie et de devoir compter les atouts,
l’auteur exprime des tourments bien con¬
nus des joueurs modernes, mais il nous
laisse sur notre faim quant au reste. C’est à
peine s’il cite quelques atouts et c’est alors
pour se gausser de leur « bizarrerie » et
s’étonner de l’étrangeté du terme farof :
E quel nome fantastico e bizarro
Di Tarocco, senz’ ethimologla,,.
De ce point de vue, on n'a guère pro¬
gressé : l’origine du mot résiste à toutes les
analyses.
Paris, B.N., Imprimés, Yd 671 S.
BibL : Kaplan. 29-30; Dummett, 423-426 et
432-4Î4.
22
Garzuni (Tomaso)
— f fl piatta mtiversaie di iutfe le professiom del
mondo, nuovametite riktümpùUi JE in îuce
/ da Thomaso Oarzoni da Bagaacavallo... — In
Venctia : appresso G.B. Sûiuaüco, — 957 p,
M D LXXXVII [1587); 4*^.
La première édition de Lü piazza univer-
sak de Tomaso Garzoni (1549-1589) parut
à Venise en Î5S5. Cette espèce de catalogue
des activités humaines eut un grand suc¬
cès : souvent réédité en Italie^ l’ouvrage fut
traduit aussi en espagnol et même en
allemand.
Le chapitre « De giocatori in universale,
et in particolare » (<c des Joueurs en générai
et en particulier ») nous donne une liste des
atouts du tarot selon un ordre qui est celui
de Ferrare (voir : Repères 3) :
Tarocchi di nuova mventione,
seconde il Voherrano : ove si vedono,
danarî, coppe, spude^ bnsîom, diedt nove,
oifo^ setîe, sei, cinçue^ guaffro^ tre, due,
î'Asso, H Re, ia Reiria, Ü Cavafio, U Fanîe,
U Mondo, la Ghtstiiia, FAngeio, U Sole, h
Luna, ia Stella, ii Fuoco, ii Diavolo, la
Morte, Fîmpicc&to, il Vecchio, la R uota, ia
Fortezza, i A more, il Carro, la Temperan-
zia, U Papù, la Papessa, Pimperaiore,
Fimperatrtee, il Bagaieila, U Matto...
<p. 564)
«... les tarots qui, selon Volterrano sont
d’invention récente, où l’on peut voir des
deniers, des coupes, des épées et des
bâtons, le 10, le 9, le 8, le 7, le 6, le 5, le 4,
le 3, le 2 et l’as, le roi, la dame, le cavalier
et le valet, le Monde, la Justice, l'Ange (le
Jugement), le Soleil, la Lune, l’Étoile, le
V Feu » (la Maison-Dieu), le Diable, la
Mort, le Pendu, le Vieillard (l’Hermite), le
Roue [de FortuneJ, la Force* l’Amour, k
Chariot, la Tempérance, le Pape, la
Papesse, l'Empereur, l'Impératrice, le
Bateleur, le Fou... »
Paris, B.N,, Imprimés, Z 2757.
Bibl. : Kaplan, 30; Dummeit, 3S9, 400, 406.
Bologne
23
Feuillie de tarots bolonais
Bologne (?), Italie, début du xviej.
6 canes (sur 78?)
xylographie
papier
25Û?< 163 mm (planche), 110x55 mm (cartes)
Cette feuille — qui n’est que la suite
d’une planche de la Collection Rothschild
(voir n® suivant) — est longtemps passée
inape^^^ue. La comparaison de ces 6 atouts
— le SoldL k Monde, le Pendu^ la Roue de
Fortune, le Jugement et l'Hermite (le
Temps) — avec ceux du tarot bolonais
moderne (exemplaire de 1953, cat, n® 89)
laisse éclater l'évidence : le jeu moderne est
à double-tête et c’est là la seule différence
majeure. Aussi peut-on sans risque attri¬
buer à cette planche d'atouts une origine
bolonaise. Le haut de la feuille montre une
cûllure qui prouve que le papier a été
rabouté avant impression.
Paris, Bibliothèque de rËcole Nationale Supé¬
rieure des Beaux-Arts, collection Masson (sans
n® d'inventaire).
BibL : Louvre 74, a® 66; Kaplan, 128; Dum-
meti, 76 (n* 23), 315-316 et 403.
24
Feuille de tarots bolonais
Bologne (?), Italie, début du xvp s.
6 cartes (sur 787)
xylographie
papier
220R 165 mm (planche), 110x55 mm (cartes)
reproduction photographique
La planche originale de ces atouts se
trouve dans la Collection Rothschild du
Musée du Louvre. Non seulement les sujets
et le style sont ceux du précédent, mais
les dimensions des cartes* l'aspect du
papier et jusqu’à la collure supérieure
avant impression attestent qu’il s'agit de la
même feuille.
Comme dans la planche des Beaux-Arts*
on retrouve les mêmes figures que dans le
tarocchino bolonais moderne, à quelques
détails près. Ici* ce sont la Maison-Dieu,
l’Étoile, la Lune, le Diable* le Chariot et la
Mort. Le seul atout vraiment différent est
le Diable, ici figuré sous les traits d'un
monstre à pattes d'oiseau, tête cornue et
ventre orné d’un visage, 13 est doté d’ailes
et d’une sorte de fourrure et tient dans sa
gueule un ou deux personnages humains.
56
C^est un dessin semblable yue Ton trouve
chex Agnolo Hebreo (cf. n* suivant) et, au-
delà, dans ces curieux tarots faits à Rouen
et à Bruxelles au xviti^ siècle (cf. cat. n*^®55
et 57), ainsi Que dans le jeu de Vièville {cat.
34). A une date indéterminée, au XVh
ou au xviT* siècle* la représentation du Dia¬
ble dans le tarot bolonais a été modifiée au
profit d’une image un peu moins
effrayante, déjà fixée dans le jeu n'’ 26 et
encore en vigueur de nos jours {voir cat.
Ê8 et 89).
Paris, Musée du Louvre, Collection E, de Roth¬
schild, 3804 LR,
Bibi : W.L. Schreibcr, 104; Hoffmann* i7 et
n^ 14 b ; Louvre 74. n“ 66; Kaplan. 128-129;
Dummett. 76 (n” 23), 315-316 et 403.
25
DiabU d^Aj-nolo Hebreo
M, Agnolo Hebreo
Bologne (?), Italie* xvt* s.
carte isolée
xylographie coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches
134 X 65 aim
dos : homme barbu, les mains sur les fesses, avec
phylactère : CH A PERSE SE GRA TA EL
Ci^LLO (« qui a perdu se gratte le cul »)
marque* en bas du dos ;
M. AGNOLO HEBREO
L’unique carte du Diable que possède le
Britîsh Muséum est de toute évidence à rat¬
tacher à la tradition bolonaise tant cette
représentation est proche de celle des plan¬
ches précédentes (cat. n* 24). Toutefois le
style est un peu plus grossier et les ailes du
diable semblcni avoir disparu. On rappro-
23
; ■
'"■■f
chera cette allégorie de celle des tarots de
Rouen/Bruxelles {cat. n"* 55 et 57) ou de
celle du jeu de Vièville (cat. n* 34).
On ne connaît pas M. Agnolo Hebreo,
fabricant de cette carte au dos scatologi-
que. Garzoni* dans sa Piazza universale...^
édition de 1593 (voir cat. n® 22), signale un
certain Abramo Colorni Hebreo, manipu¬
lateur de cartes à Ferrare. La forme du
nom laisse croire qu’il s^agît d*un. juif.
On notera que la marge du dos — ici,
démonté —, semée de points noirs, se
rabattait sur le devant de la carte (rabat << à
ritalienne »).
Londres, British Muséum, Dcparimeni of Fri ms
and Drawings* Willshirc. I. S, n" 1870-10-3-204]
(a ei b).
Bibi. : Haffmaitn, 16-17 et n“ 14 a; Dumnictt*
316. 393 (n* 27) et 403.
24
57
1 HaSHSQ
v:
25
26
Tàrul bolunsiis du xvir^ siècle
carîîer « Alla Torre »
Bologne, Italie, xvu'^ s.
56 cartes (sur 62), enseigne!) italiennes
gravure sur bois coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches
105 X 43 mm
dos : vignette gravée avec deux angelots
marque : CARTE FîNE DALLA TORRE iN
BOLOÙNA (10 dd Deniers)
nomenclature fPCS : lT-2
L"inépuisable D’Allemagne avait déjà
repéré ce jeu mais n^en avait vu que 35 car¬
tes qu^il datait du xvi= siècle. C^est le plus
ancien tarot bolonais connu à ce jour . Il y a
pourtant, peu de différences entre celui-ci
et ses successeurs modernes (cat. n® 88 et
S9), Certes notre exemplaire est en pied,
alors que depuis la fin du xviin siècle ces
cartes sont à double-figure. En outre les
valets de Coupes et de Deniers, ici claire¬
ment féminins, om pris avec le temps une
allure plus virile.
Mais la principale différence entre ce jeu
et les versions plus tardives réside dans les
papi (« papes »), c’est-à-dire la Papesse,
l’impératrice, T Empereur et le Pape, con¬
fondus dans un même rang par les joueurs
bolonais : ici, les figures traditionnelles
sont présentes, alors que les exemplaires
modernes montrent 4 i< maures », tou¬
jours appelées pspi. Bologne, faut-il le rap¬
peler, était liée par statut politique au
Saint-Siège : il est vraisemblable que les
autorités pontificales ont obtenu, vers la
fin du XVII* siècle, le remplacement de ces
cartes sacrilèges. En effet, quand, en 1725,
le chanoine Montieri publia sa Geograji^a
mtrecciüta Cfwoco ife Tarocchi^ un
tarot géographique et héraldique, qui pro¬
voqua la fureur du légat pontifical, les
atouts considérés étaient déjà des
« mori » ; il est vrai que ce jeu avait reçu
Vimprîmàîur...
En revanche, les Tarocchim de Mitelli,
que l’on peut dater des années 1660 (cat.
n® 14), présentent encore les authentiques
« papes w et non les « maures » réglemen¬
taires : le changement a dû se produire vers
1700. C’est d’ailleurs le seul repère qui
nous fait dater le jeu exposé du xvir* siècle.
On notera, à rebours, l’identité de ces figu¬
res avec les planches d’atouts n® 23 et 24,
assurant ainsi une continuité étonnante du
modèle bolonais depuis le xvp siècle
Jusqu'à nos jours. Les caries ont été
rognées.
Paris, B.N., Estampes, (Ch 34 rés. l. I-
Bibt. : D’Allemagne, I, 186; Dummett, 315-316,
318-319, 403 et pL lS-19.
Florence
27
Trois feuilks b collection Rosenwald
Florence (7), Iialie, début du xvi» s,
xylographie
papier
Les trois feuilles de la Collection Rosen-
wald onl te mérite de nous offrir une
séquence complète d'atouts, exception
faute du Fou, qui manque. Ceux-ci se pré¬
sentent en outre dans un ordre à peu près
consécutif. En effet, les 10 premiers atouts
se suivent ainsi ; le Bateleur (1), la Papesse
(II), rimpératrice (IH), TEmpereur (UH),
le Pape (V), l'Amoureux {V[), la Tempé¬
rance (VU), la Justice (Vllt), la Force
(VIII, certainement pour VIIH.,.) et le
Chariot (X), Le n® XII de PErmite (ici, en
fait, le Temps avec ses béquilles) peut être
aussi une erreur de numérotation. Ce serait
donc le XI, mais le graveur a pu rejeter son
n® XI — qui serait alors la Roue de For-^
tune, très endommagée — à l’extrémité du
moule.
Les autres atouts ne sont pas numérotés,
[| s'agit du Pendu, de la Mort, du Diable,
de la Maison-Dieu, de PEtoile, de la Lune,
du Soleil, du Monde et du Jugemeni, tous
aisément reconnaissables. A cette série
s'ajoutent la quasi totalité des figures et
diverses cartes de points. On notera
(^aspect de centaures des cavaliers.
Michael Dummett (op. dt.) n'a pas eu de
mal à rapprocher le style de ces feuilles de
celui du minchime florentin : les cavaliers-
centaures sont partagés par ces derniers, du
moins pour les Épées et les Bâtons, les
valets féminins sont aussi un trait caracté¬
ristique, l'Ermite (n® « XH ») et le Pendu
sont comparables. Mais surtout l’ordre
ainsi visible est celui que le minchiate révèh
quand on ôte les atouts additionnels. Aussi
est-on à même de penser qu'il s’agit ici
59
d’unç sorte de « pTOto k 78
cartes. Dans ce cas ces planches pourraient
être originaires de Florencen
Washington National Gallery of An,
Roserwald Ca]lecliori+ B 19821, 19R22 et 19823'.
BibL : Kaplan, 130-131 ; DumEneiï. 75 (n^ 22),
395 cl 403.
28
Feuille de Minchiate
Florence (?), ttalie, s.
I S cartes (Sur 97), enseignes italienties
gravure sur bois
papier
toi x6l mm (cartes), 425x293 mm (planche)
nomenclature IPCS : IPT-1
Cette planche du Deutsches Spielkarten-
Museum paraît bien être l’exemplaire le
plus ancien d’un minçhiate. On y recon¬
naît, en effet, deux atouts caractéristiques,
le Bateleur (l) et Flmpératrice (11)* Ces car¬
tes coTTéspondeiit parfaitement au t< por¬
trait » qui s^est fixé alors et a duré jusqu'au
début de notre siècle. Datée vraisemblable¬
ment du XVIK siècle, cette feuille témoigne
de l'absolue fidelité des cartiers plus tardifs
à ce modèle ancien.
Certainement fait à Florence, ce docu¬
ment était resté inédit à ce jour,
Leinfelden-Echierdifïgen, Deutse hes
Spâelkarten-Muséum, B 1023.
Lucques
29
Tarol i< Orfeo »
carîiçr à l'eni^cigne « Orfeo «
Lucques (?), Italie, xvn» s,
66 cartes (sur 78?), enseignes italiennes
gravure sur bois coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches avec rabats à
l’italienne
98 X 57 mm
dos : figure d’Orphéç, jouant de la viole, lion et
légende ORFEO
Recensées dans plusieurs grandes collec¬
tions publiques (British Muséum, Yale
Unîversity, Musée Fournier) ou privées
(voir n^ suivant), ces cartes présentent un
certain nombre de problèmes. Elles sont
toutes marquées au dos ORFEO avec une
représentation d’Orphée jouant de la viole
et charmant un lion. L'ensemble serait
presque complet, mais il y manque certains
atouts. L'allure générale des cartes les a
longtemps fait prendre pour un minchiate.
30
Or, aucun des exemplaires conservés ne
présente les atouts additionnels caractéris¬
tiques du jeu florentin. S’agirait-il d'un
tarot à 78 cartes ? Certaines figures ne cor¬
respondent pas tout à fait à celles du min-
chiaîe, mais la majorité d'entre elles lui
sont fidèles tant par le style que par la
numérotation. Les derniers atouts sont
colorés en rouge, comme les « rossi » du
fnincithte.
Il y a peu, on a découvert des cartes iden¬
tiques où le Valet d'Épées porte un écusson
aux armes de Lucques (Lucca). Les dos
sont ornés précisément d’un personnage
féminin avec la mention « di Lucca » (voir
cat. n"' 31). Aussi admet-on maintenant
que ce type de tarol est originaire de Lac¬
ques et que le cartier qui signait OrfeQ tra¬
vaillait dans la cité toscane.
Londres, lirilish Muséum, Department of Prints
and Drawings, Schreiber L59.
Bibi O’Donoghue, L59 et 1.60 ; Dummett, 37S
et 394 (n^ 31); Keller, ITA 63 et 64; Fournier
82, 112-113 (n^ 10).
60
30
26 cartes « Orfeti »
carner à l'ensetgne « Orfeo »
Lucqueî (?), Italie, xvii* s.
26 cartes (sur 7S?), enseignes italiennes
gravure sur bois coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches avec rabats à
rilahennc
(00x55 mm
dos : figure d'Orphée, jouant de la viole, lion et
légende ORFEO^
Birmingham, colicciion Temperiey,
31
Caries « di Lucca >> et « alla Fama »
carliers « di Lucca » ei « alla Fama >>
Lucques, Jlahe, xvik s.
6 cartes « di Lucca » (a) et 3 cartes <■< alla
Fama » (bï, enseignes italiennes
gravure sur bois coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches avec rabats à
htalienne
100 X 57 mm
dos :
personnage féminin, légende D'L VCCA
guerrier avec pique^ légende ALLA FAMA
Birmingham* collection Temperiey (cartes « di
Lucca (a).
Rye, collection Syivia Mann (cartes « alla
Fama ij) (b).
Ces cartes ont en commun avec les précé¬
dentes d*obéir au même modèle : on peut
penser d^ailleurs qu’un même bols a servi à
ces différentes productions. La découverte
récente de dos marqués a di Lucca » et des
armes de la ville de Lucques aux pieds du
Valet d’Épées (cat, 31a) a permis de
lever un coin du voile : enfin ce faux
rnirtcftiaîe »* que l’on croyait florentin,
paraissait provenir de ia ville de Lucques*
qui n’est d’ailleurs pas très cloEgnée de Flo¬
rence, Un troisième type de dos, avec
légende « atia Fama », a été recensé (cat.
n* 31 b), sans qu’on sache vraiment si c’est
là la marque d'un nouveau cartier ou une
variante d'un même fabricant.
Les cartes Orfeo de la collection Temper-
ley (cat* n® 30) nous dorment à voir le Fou
et quelques atouts non numérotés qui se
trouvent généralement en fin de série.
Bibi. : O’Donoghuc, L59 ci 1.60 ; Dummctl, 378
et 394 (n'" 31}; Keller* ITA 63 et 64; Fournier
82* 112-113 (f)'’ 10),
29
31
61
Rome
n
Tarot « alla CQlonna. »
Cartier ce alla Colonna »
Rome (?), llaüe, début du xvEt' s.
12 cartes (sur 78?), enseignes halieniies
gravure sur bois
papier
marque :
ALLA COLONA / INPIAZZA //NÎCOSIA
il d'Épées)
C'est au British Muséum que se trouvent
ces deux fragments de feuilles de moulage,
Rome en est le Heu de production le plus
probable car on y trouve une « Pia 2 :za
Nicosia ». De ce même cartler, le British
Muséum conserve deux autres feuilles d’un
jeu normal portant la date de 1613.
On a peu de traces de la production
romaine, mais ces deux feuilles sont certai¬
nement un témoignage, rare* d’un type de
tarot qui pourrait bien être propre à la Ville
Éternelle. Les quatre atouts entiers mon¬
trent une iconographie assez classique, sauf
l'atout 5 (un Sultan?). Seuls les n® 20et 21
sont visibles sur les deux autres cartes.
Michael Dummett, qui assigne l’ordre des
atouts au type A (traditions bolonaise et
florentine), croit y voir le Monde (20) et le
Jugement (21)...
Plus déroutantes sont les cartes de
Pautre fragment : leur aspect est plus direc¬
tement,,, portugais et annonce clairement '
le tarot sicilien. On y reconnaît le valet ,
(féminin) d’Épées {F.S pour « fûnte di
spùde »}f le valet (féminin) de Bâtons
(F. B : « fanie di bastoni le cavalier de
Bâtons {CM}t le 2 d'Épées et un frag¬
ment du 3 d'Épées, La dernière carte doit
Être le cavalier de Deniers. On ne manquera ,
pas de rapprocher le mode d'indexation de
ces cartes — au moyen de chiffres arabes '
ou de lettres — de celui pratiqué sur le tarot
parisien anonyme, cat, n® 33,
Londres, British Muséum, Department of Prints
and Drawjïigs, Schreiber, sheet i.2,
1896-5-1-1090(1 + 2).
Bibi. : Kaplan, 134; Dummett, 393-394(n^ 30).
S * 2 .
AILACOLOMA* t
I
r
îfj
.
En France
Arrivé en France au début du xvi= siècle, vraisemblable¬
ment à la faveur des guerres d*Italie, le jeu de tarot y a
connu une large diffusion qu’attestent nombre d’auteurs,
pour la plupart mineurs, La plus ancienne mention con¬
nue reste le Gargantua de Rabelais (1534) qui cite le tarau
dans la longue liste des jeux de son héros. Après lui, les
récits et les allusions se multiplient, nous offrant un
témoignage précieux sur la pratique du jeu dans notre
pays.
La seule production qui subsiste du xvi' siècle est le
tarot de Catelin Geofroy (cat. n* 13) que ses enseignes de
fantaisie nous ont fait placer parmi les jeux d’inspiration
humaniste.
Avec le xvtp siècle, les attestations littéraires se raré¬
fient et, si un auteur peut affirmer, en 1622, que le tarot
est plus populaire en France que les échecs, les grands
écrivains français classiques ont tous ignoré le jeu r ni
Mme de Sévigné, pourtant attentive à ce qui se passait
autour d’elle, ni Molière, ni Scarron n'en soufflent mot.
Signe des temps : le tarot cessa certainement d'eire joué à
Paris à la fin du xvti' siècle.
Pourtant les hasards de la conservation veulent que des
quatre graDd .5 jeux complets ou presque qui nous soient
restés de ce siècle, trois sont*,, parisiens ! Mais, nos sour¬
ces documentaires Faffirment, il se fabriquait des tarots à
Rouen, à Lyon, à Dijon, à Nancy, en Dauphiné et certai¬
nement ailleurs.
Parmi les témoignages que nous avons de la pratique du
jeu en France figurent deux règles imprimées que nous
exposons ici (cat. 36 et 37). Si Fune est déjà bien
connue, l’autre était à ce jour inédite’°.
62
33
Tarât anonyme
Paris, premièriç moitié du xvci» s.
cartes (complet)^ en&eigrtes iialicnncs
gravure sur bois coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches
128 X 70 tnm
dos : hexagones avec « croix de Malle »
marques :
FA/CT A PARIS PAR... {2 de Deniers, 2 et 3
de Coupes)
A PARIS [inversé^ PAR... (4 de Deniers)
Ce rare jeu complet s’inscrit dans la
lignée des tarots « de fantaisie » dom le
XV|< siècle a été si friand : jeu italien de la
Collection Leber (cal. 13), tarot de
Catelin Geofroy (cai. n® 14) ou même —
pour les points — les cartes Sola-Busca
(cat. n“ 12). L'ordre des atouts est celui —
adopté également par Catelin Geofroy —
du « Tarot de Marseille avec toutefois
des légendes éclairant le sens des cartes*
Alrempance est ici une Forme archaisante
de « Tempérance », caractéristique du
moyen Français*
Les têtes bénéficient pour leur part à la
fois de légendes en français et de cartou¬
ches portant leurs iniiiaLes... en italien : .S
pour Épées (il, Spade), F pour valet (il,
Fanié)^ par exemple. Le traitement des
atouts et des figures, les bordures en
damiers imitant le rabat des cartes italien¬
nes, remploi de cartouches indiquant — en
italien — la valeur des points et des figures,
tout cela confirme le caractère très italiani¬
sant de cette productiO'n parisienne*
En revanche, les as sont ornés d’animaux
fantastiques inconnus de jeux italiens, mais
assez fréquents dans les cartes.,* ibériques,
Ibérique aussi la forme des enseignes,
notamment des Épées, que Ton retrouve
presque identiques sur des jeux classiques
du xv« siècle, tel celui du Maître de la
Haute Allemagne (Oberdeutscher Stecher)
dont rinspiration est nettement espagnole.
La dame et le cavalier d'Épées offrent une
telle ressemblance avec les cartes équivalen¬
tes du jeu allemand (ill. dans Albertina 74.
n* 30) qu'on leur soupçonne une origine
commune, vraisemblablement espagnole.
Les étendards et les animaux fabuleux des
as sont aussi très proches des « bannières »
(dix) du jeu du Maître de la Haute Allema¬
gne. On noiera que tes Coupes sont toutes
différentes : ici, la relation se fera plutôt
avec le jeu italien de la Collection Leber
(cai. n® 13)*
Ce chassé-croisé d'influences, où
s’affrontent traits italiens évidents et
emprunts espagnols, n’est pas sans faire
problème. Le nom de notre cartier a, hélas,
été effacé du moule. Les Deniers montrent
des blasons que Michel Popoff a identifiés*
On lira ci-après le résultat de son étude.
Paris, B*N,, Estampes. Kh 34 rés. lome I.
Bibi. : D'Allemagne, I, ISfi. 194; BN 63.
n* J5S ; Hoffmann, 17. 66 et n'^ 15a; Albertina
74, n'’ 5 ; Kaplan, 134-135; Dummett, 207-208;
PC, XIL p. 124^125.
63
DESCRIPTION HÉRALDIQUE DES DENIERS
D 2 : l : Gonzague, ducs dç Manioue
: 2 ; StrOiii
D 3 : 1 : Écosse
; 2 : Portugal
: 3 : Évreux"Navarre (les quartiers sont
inversés)
D 4 ; 1 : Dauphin de Viennois (armoiries por¬
tées pour la première fois par le futur
Charles suite au traité de Romans
du 30 mars 1349)
; 2 ; Milan-Visconti (armoiries apparais¬
sant sous Louis XII)
: 3 : Bretagne
] 4 : Artois ? (les besanrs du lambel doi-
veru être une mauvaise inlerprélalion
des châteaux de CasiillÉ)
D 5 : (tous les écus sont contournés)
: I ■ Paris
: 2 : Vendôme-La Marche
; 3 : Lyon
i 4 : Normandie
: 5 ; Toulouse
D 6 : Pairs ecclésiastiques du royaume :
] I : Reims
: 2 : Langres
^ 3 1 Laon (la croix est omise)
: 4 I Chiions
: 5 : N-oyon
: 6 : Beauvais
D 7 : Cette série tente de représenter les pairs
laïques du royaume (les écus sont
contournés)
: I : Aquitaine
34
Taroi Viéville
Jacques Viéville (connu de 1643 à 1664)
Paris, milieu du Kvih s.
7S cartes (complet), enseignes Italiennes
gravure sur bois coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches
125x 70 mm
dos : motifs hexagonaux avec « croîs de Malte »
marque :
ÎAQVES VIEVIL. A PARIS (2 de Deniers)
Ce tarot est un des très rares jeux eoiti-
plets du XVII' siècle. Il est l’œuvre d-un car-
tîer parisien dont le notn^ abrégé en VIE-
VÏL.t apparaît sur la banderole du 2 de
Deniers, selon un usage déjà attesté à
Milan en 1499. H,R, d^Allemagne signale
son existence — sous la forme Viéviîfe... —
en décembre 1643, mars 1648, avril et août
1664 (ou il est cité en même temps que Jean
Noblet). Un acte notarié du 10 février 1648
se trouve aux A.N. (X, 97).
Aucune légende ne figure sur les atouts,
pas plus que sur les tètes. Les points ne sont
; 2 ; Bourgogne
î 3 î Champagne
: 4 : Bourbon
: 5 : Flandre
: 6 : Alençon
: 7 ; France (ancien)
D S ; (les armoiries de cette carte sont
contournées)
: l : France (ou Anjou?)
: 2 : Évreux (branche de Lérin?)
: 3 : Orléans
: 4 t Bourbon
; 5 : France
: 6 : Foi X- Béarn
: 7 : noR-identifié (des armoiries de ce
genre se rencontrent en Italie)
: 8 : Brabant
D 9 : 1 : chiffre de Diane de Poitiers
: 2 ; Lithuanie
: 3 : Savoie? (armoiries à la croix diffici¬
lement identifiables)
; 4 t croix ancrée (meuble trop fréquent
pour pouvoir pcrmctire une
attribution)
: 5 : mauvaise représentation (contour¬
née) du pariî Autriche-Coucy ?
: 6 ; deux lions affrontés (de nombreuses
familles dans toute (^Europe portent
de telles armoiries)
: 7 : trois merletles ou canettes (même
remarque)
: 8 ; trois bandes (même remarque)
t 9 : six besanis ou tourteaux (même
remarque)
pas numérotés ; les noms de 18 des atouts
nous sont fournis par une curieuse inscrip¬
tion partagée entre le 2 de Coupes et Tas de
Deniers :
PERE SA/NCT FAIT / MO V YUSTICE
DE CE / VIELART MA ET BAGA /
AMOUREUX DE / GESTE DAME Q VY
/ SOIT CRYE A SON DE / TROMPE
PAR TOVT /V.E MONDE / LE
PAPE LA papesse f L’ANPEREVR
L^INPERATR / YCE LE SOLEIL (as de
Deniers), / LA LVNE LES ETOlLLES /
LA FOVDRE PRiNS / A FORCE QVY
SOIT / PENDVE TR ANNA Y / AV DIA¬
BLE (2 de Coupes).
Si les cartes de points et quelques atouts
évoquent le Tarot de Marseille, les figures
et les autres atouts s’en éloignent, Michael
Dummett a eu raison de souligner la forte
parenté qui unit ce jeu aux tarots faits à
Rouen et à Bruxelles au xviii* siècle (cal,
n* 55 et 57).
On dirait que Viéville et les cartîers de
Rouen et de Bruxelles ont mélangé la tradi-
DIO ; l 3 chiffre d’Henri II
î 2 î Pressigny (petite famille du Poitou
dont les armes sont données dans
tous les traités d’héraldiques, du
Moyen Age à nos jours, à cause de la
complexité du blasonnemenl. Leur
présence nous autorise 4 affirmer que
les armoiries représentées sur toutes
les cartes ont été copiées dans un
traité dl’héraldique par un graveur
ayant, par ailleurs, peu de connais¬
sances dans ce domaine)
: 3 : Champagne?
3 4 : René 11 d’Anjou-Lorraine (les alé-
fions du dernier quartier sont omis)
i S : croix fleuronnée, certainement copiée
sur une monnaie
: 6 : frelté (armoiries trop fréquentes pour
pouvoir être attribuées)
: 7 3 Vermandois ou Dreux
î S î Anille? (même remarque que pour le
5)
: 9 : Jérusalem
î 10 ï Bourgogne
La consultation des traités d^héraldique des xvu
et xvip siècles ne permet pas, vu les exemples
retenus, d’identifier les sources du graveur. Il
convient tout de même de souligner la forte pro¬
portion d’armoiries des branches de la famille
royale et la présence d’armoiries italiennes.
Michel Popûff
tiop milanaise du Tarot « de Marseille »
(exemple : Noblet, cat. n® 35) et la tradi¬
tion bolonaise : les atouts 1 à XIII corres¬
pondent, à quelques détails d'emplace¬
ments près (interversions Chariot / Justice
et Force / Hermiïe) au style et au dessin du
tarot de Marseille^ tandis que les atouts
XIV à XXI se rattachent à une autre ori¬
gine graphique. On a déjà souligné les affi¬
nités que présente le Diable du tarot de
Bologne ancien (cf, cat. n* 25 et 26) avec
celui de Viéville, U esi presque certain que
la « Foudre » (Maison-Dieu — n® XVl)
était à Forigine une allégorie de TÉtoile ;
quant à FÉtoile et à la Lune (n^^XVII et
XVl 11), c’est à la Lune et au Soleil bolonais
qu’elles font penser, comme s’il y avait eu
un décalage. Le Soleil (XIX) pourrait avoir
été puisé ailleurs (la « Mort » du tarot
bolonais?) et le Jugement reste dans un
style voisin. Seul le Monde marque un
retour au Tarot de Marseille. Mais les ver¬
sions rouennaise et bruxelloise sont restées
fidèles au globe surmonté d’un personnage
64
I
qui caractérise le tarot bolonais (et le tnin-
cirisîe, qui en dérive)»
Nous pensons, avec Michael Dummett^
que le tarot de Jacques Viéville ainsi que
ceux d’Adam de Hautot et des cartiers
bruxellois au xvt[i= siècle représente une
tradition distincte du Tarot de Marseille»
héritée plus ou moins directement de Bolo¬
gne, via le Piémont et la Savoie (cf. cat.
n^ 118).
Fac-similé : éditions Boéchat-Héron» 19S4,
Paris» B.N., Estampes, Kh 34 rés. l. 1.
Bibt. : D’Allemagne, I, J88-I90» 302, 30?» 309:
II, 9^: BN 63, 359; Dummeit, 205-20?: PC,
XII» n* 4, p, 125.
35
Tarot Noblel
Jean Noblet
Paris» inilieu du xvn» s.
?3 cartes (sur 78)» enseignes italiennes
gravure sur bois coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches
92 X 55 mm
dos : motifs hexagonaux avec « crois de Malte »
marques :
/. NOBLErA V FAV / BOVR ST GER¬
MAIN (2 de Coupes)
lEAN NOBLET DM^ / AV FA VBO VR ST
GERMAIN (2 de Deniers)
I.N. (écusson du Chariot)
nomenclature IPCS ; IT-1
La petite taille inhabituelle de ce tarot
n"est pas pour rien dans son charme» même
s’il lui manque 5 cartes (du 6 au 10
d’Épées). Son fabricant est clairement dési¬
gné sur la banderole du 2 de Deniers et sur
le cartouche du 2 de Coupes : il s’agit de
Jean Noblet, demeurant au Faubourg
Saint-Germain, à Paris. Or, un Jean
Noblet» maître-cartier» vivant à « Saint-
Germain-des-Prés, rue Sainte Marguerite»
paroisse Saint-Sulpice »» est cité en Î659
dans deux actes notariés (A.N.» Y 197»
n®s 3161 et 3162). Déjà D’Allemagne signa¬
lait un Jean Noblet dans une liste de car-
tiers parisiens de 1664 (D’Allemagne» 1»
309)» 11 est curieux que ce grand érudit ait
tenu à dater ces cartes du xviiK siècle» alors
qu’on ne retrouve aucune trace d’un Jean
Noblet en ce siècle.
Nous n’hésitons donc pas à dater ce jeu
du milieu du xvip siècle» ce qui en fait un
contemporain de celui de Jacques Viéville
(voir n* précédent). L'intérêt d’une telle
datation est que nous sommes en présence
d’un jeu en tous points conforme au
modèle dit « Tarot de Marseille » : c’en est
ici le tout premier exemple connu.
34
65
On notera que la Mort est nommée.
L'écusson du Chariot {atout VII) porte les
initiales /.TV., probablement celles de Jean
N obi et. Le dos des cartes est rigoureuse¬
ment le même que celui employé par Vie-
ville. On le retrouve aussi dans le tarot
parisien anonyme (cat. n* 33).
36
Règle du jeu des tarais. — sd.n.d.
[Paris?!, 11655 ?]. — S p. ; e^
La Règle du jeu des iarûis est, à ce jour,
la plus ancienne règle imprimée du. tarot
que nous ayons conservée. Elle présente, de
ce fait, un intérêt exceptionnel, d'autant
plus qu’elle apporte à la connaissance du
jeu ancien des éléments étonnemment clairs
et précis, comme on n'ose en espérer à une
époque où les exposés de règles de jeux ne
sont pais des modèles de clarté*.*
Bien des points présentés font encore
partie de i’arsenaJ du joueur moderne :
donne trois à trois, présence d'un écart —
qui est ici effectué directement par le don¬
neur —, fonction du Mut (« Excuse »),
paiement des « poignées », décompte des
points par association d’une carte de valeur
avec des petites cartes et même « petit au
bout » !
En revanche, comme on peut s'y atten¬
dre pour une telle époque, les cartes utili¬
sées sont à enseignes italiennes et les points
sont inversés à Coupes et à Deniers (voir :
Repères 4), Certains détails nous surpren¬
nent plus : l'auteur suggère de réduire k
jeu à 66 cartes et les combinaisons y sont
très nombreuses (les brizigoîes}. On notera
aussi les italianismes évidents qui émaillent
le vocabulaire : « math » <it*
« fou »), bagat (it. bagatto, « bateleur »),
« faon » pour « valet » (it, /onie***), brizi-
gok pour « combinaison » (it* verzîgoie?
— cf. règles du « minquiatte », cat. n® 64)*
Cette même règle survivait encore en
1781 car Court de Gébelîn (cat* n® 128) en
donne une version presque identique dans
son Mande Primitif (vol. 8).
Ce document a été découvert il y a deux
ans dans un volume de pièce.? manuscrites
recueillies et rassemblées en 1655 par Jac¬
ques Dupuy, bibliothécaire du roi* C’est un
opuscule imprimé non rogné de 4 feuillets
(ff. 94 à 97) auxquels est joint un feuillet
manuscrit (f® 98) qui répète, en les résu¬
mant, les principaux points de la règle, ïl
est possible que ce manuscrit ne soit que la
copie, faite par Jacques Dupuy lui-même,
d'un original disparu et incomplet : en
effet, le début de la règle ne s'y retrouve
pas. Recueillies à Paris, ces pages y ont
peut-être été imprimées.
Le texte intégral de cette règle est repro¬
duit dans le livret qui accompagne la réédi¬
tion en fac-similé du Tarot de Jacques Vié-
ville (Editions Boéchai-Héron, 1984).
Paris» B.N., Manuscrits, Dupuy 777, ff. 94-97 et
98.
Bibi. ; PC* X!I, 4, p. 126.
66
Paris. B,N,. Estampes» Kh 34 rés.» l, L
BibL : D^Aikinagitc» 1[, 78 et 619; BN 63,
n® 360; Dummett, 211.
37
maison académique contenant îes jeux
du piquetf du hoc (.. .>* divers jeux de cartes
qui se jouent en différentes façons (...)
autres jeux facétieux & divertissons. A
Paris : chez Estienn^ Loison, M DC LJX
[1659]. — (2) — 3Î8 p. — (îable); 12^
En 1654 paraissait à Paris* chez Robert
de Nain et Marin Léché* la première édi¬
tion de Lu maison académique sous la
signature du sieur de la Marinière (Jean
Pinson de la Maninière?). Compilation de
règles à la mode et déjà publiées dans les
années précédentes* ce recueil* le premier
du genre en Europe* ne contenait que deu?î
jeux de cartes* le piquet et le hoc. Cinq ans
plus tard* Etienne Loison en reprenait le
contenu, épuré de quelques jeux de pure
fantaisie et augmenté d^une dizaine de jeux
de cartes. C^est dans cette édition, présen¬
tée ici, que nous trouvons* aux pages 174 à
ISO, le « jeu de cartes des taros
En fait, E'ouvrage expose cinq variantes
assez confuses, d'où il ressort que le jeu
utilise 7S cartes* qu'on y joue par levées*
que des valeurs de points sont allouées à
certaines cartes et que « le fou sert
d^excuse w, La cinquième et dernière règle,
qui est un peu plus précise, est présentée
comme un « autre jeu que les Suisses
Jouent ordinairement ». Ici* la partie a Pair
de se dérouler selon des modalités con¬
nues : nombre des joueurs (trois), écart,
valeur des cartes* marche du jeu* rôle du
Fou sont décrits avec peu de détails mais de
façon exacte. On peut tout de même se
demander si Fauteur de ces lignes avait
vraiment joué... Nous sommes loin de la
lumineuse et élégante clarté de la régie de
1655 (voir précédent)*
La maison académique eut néanmoins
un succès certain : des éditions se succèdent
en 1665 et 1668, puis, à Lyon, en 1674 et
1697* à la Haye enfin, en 1702. Mais
quand, en 1714, paraît L ^académie ou mai¬
son des Jeux^ qui reprend textuellement les
règles des seuls jeux de cartes* celles du
tarot ont disparu* La série de VAcadémie
universeîie des Jeux (à partir de 1718)
n'évoque pas non plus le Jeu, D'ailleurs* les
grands dictionnaires de la fin du XVjf« siècle
(Richelet* Furetière, Académie Française)
ont Fair de savoir à peine ce que sont les
tarots : signe révélateur d’une désaffection
incontestable dans La capitale,
Paris* B,N., Imprimés, V 43593.
Bibi. : Dummcit, 213-216; PC, Xll, n° 4*
p. 125-126.
67
■a
Le tarot en Europe :
l’expansion du XVIIL siècle
Le xvïir^ siècle paraît être la période « conquérante » du tarot. Mais peut-être
l’abondance des matériaux conservés fausse-t-elle la perspective. Il est vrai, toute¬
fois, que le jeu se répand alors dans toute T Italie sous la forme du Mirîchia^e^ Il
refait son apparition en Piémont et en Lombardie où on Pavait quelque peu
délaissé. On le suit jusqu’en Sicile d’un côté, jusqu’en Belgique de Pautre. En
France, malgré le silence quasi absolu de nos sources documentaires — elles
étaient plus loquaces aux siècles précédents —, les preuves de son existence abon¬
dent et si nombreux sont les tarots du même modèle dus à des cariiers marseillais
que l’on parle à leur propos du « Tarot de Marseille ».
Il n’est pas jusqu’aux pays germaniques qui se virent contaminés à leur tour
par le noble jeu. Venu de France, de Suisse, ou directement dTtalie, le tarot fut
adopté outre-Rhin dès le milieu du xviH'^ siècle, et peut-être même un peu plus
tôt; il y subit quelques pudiques modifications, la Papesse et le Pape devenant
Junon et Jupiter \ Ce tarot, dît « de Besançon », consacre d’une certaine manière
la prééminence, hors d’Italie, du modèle « marseillais » dont il n’est qu’une
variante. En Italie même, ce portrait fut introduit — ou, plutôt, réintroduit vers
1730 .
Le tarot de Marseille et ses avatars
Le Tarot de Marseille
L'expression « Tarot de Marseille désigne un modèle
bien particulier de tarot français à enseignes italiennes
dont la diffusion, sous une forme stéréotypée, semble
avoir été très grande. Aujourd'hui réservé aux cartoman¬
ciennes, ce type de cartes a été d’un emploi courant parmi
les joueurs français jusqu'au début de ce siècle. On le qua¬
lifiait alors de « tarot italien » (voir catalogue Griniaud,
cat. n° 124).
Pourquoi Marseille? Il est vrai que nombreux sont les
témoignages de la production des cartiers marseillais — et
provençaux* notamment avignonnais —, au point qu’on a
pu croire un temps qu'ils exerçaient un véritable mono¬
pole de fabrication pendant la deuxième moitié du
XVIJI' siècle. De même que l'existence de nombreux jeux
faits à Chambéry, Dijon* Lyon, Grenoble ou Genève con¬
tredit cette vision, de même les rares cartes milanaises
anciennes {cat. n° 16) montrent que le Tarot de Marseille
puise ses origines à Milan. Les cartiers marseillais n'en
sont vraisemblablement pas les introducteurs en France :
ce même modèle était déjà connu à Paris au xviL siècle
(cat. n^ 35).
Toutefois* s'il faut créditer les cartiers français de quel¬
que chose* c'est d’une part* d'avoir introduit des légendes
sur les atouts (sauf la Mort î) et sur les figures* et* d'antre
part d'avoir « inondé » l'Europe de leurs productions* au
point que la fortune de ce modèle fut extraordinaire.
Exporté (cat, n* 39) vers Tltalie (un comble!)* il y fut
copié et y survit encore sous la forme du « farocco pie-
montese à double-figure.
Parti à l'assaut des pays germanophones (Alsace et
Allemagne), il s'y adapta au prix d'une petite concession
aux autorités religieuses et y fleurit sous la forme d'une
variante dite « Tarot de Besançon », avant de laisser la
place aux jeux a enseignes françaises.
Utilisé en France et en Suisse par les joueurs jusqu'au
début de ce siècle, le Tarot de Marseille est, par ailleurs* à
la base du grand mouvement d’exégèse occultiste parti de
Court de Gebelin (1781) et amplifié au xix^ siècle (voir
supra).
38
Tarot de Marseille de J.-P. Payen
Jesin^ Pierre Payen
Avignon. France, 1713
78 cartes (complet), enseignes italiennes
gravure sur bois coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches
I2l X62 mm
dos ; croix de Malte et points alternés
marques :
fEAN.PŒRRE.PAYEN... — Ano. f7B (2
de Deniers)
J.P.//IER/RE.P//A YEN (2 de Coupes)
P. V. (écusson du 4 de Deniers)
nomenclature IPCS : IT-I
Si Ton excepte le jeu de Jean Noblei (cat.
n* 35}* fait au xvii* siècle à Paris, ce tarot
avignonnais est* à ce jour, le plus ancien
exemple d’un tarot de Marseille daté
(1713). Né à Marseille en 1683, Jean-Pierre
Payen s’est établi en Avignon en 1710. Il y
est mort en 1757. C'est dans ces annéesdà
que le privilège d'exonération fiscale dont
jouissaient les cartiers avignonnais cessa.
Ceux-ci, en effet, dépendaient du pape, à
qui appartenait encore le Comtat Venais-
sin, mais les fabricants marseillais obtin¬
rent en 1754 que cet avantage déloyal »
disparaisse. C’est alors que Marseille
devint le gros centre de production que Ton
sait, aux dépens d’Avignon.
On sait que ce n'était pas là les seules vil¬
les productrices : Lyon faisait du « Tarot
de Marseille » au début du xvuh siècle
(voir n* suivant) ainsi que Dijon : le British
Muséum conserve 56 cartes à enseignes ita¬
liennes, sans les atouts, signées Pierre
Madenié à Dijon et datées de 1709
(0*Donogbue. F,4).
Le jeu de Jean-Pierre Payen ne diffère en
rien des productions marseillaises (cf. cat.
n° 40 et 41). si ce n'est le pagne et la cape
de rallégorie du Monde et le ventre orné
d'un faciès humain qu^exhibe le Diable.
Clohars-Carnoét, colkction Alan Borvo.
Bibi. : D'Allemagne, l, 194; Kelier, FRA 166;
Arts Dêcü SI* 38-39; PC. XJI, n* 4. p. 123.
7 ]
[y ■ P, 1 . K 1" irw c f " I
39
Tarot Dodal
Jean Dçdal (connu 1701-1715)1
Lyon^ France^ début du xv'in* s.
7â cartes {coïnplet)f enseigner italiennes
gravure sur bois coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches
123 X 66 mm
dos : petits motifs triangulaires
marques :
fEAN / DODAL {2 de Coupes)
PLN / F P E {2 dû Coupes)
FAÏCTA LYON PAR iEAN DODAL [2 de
Deniers)
F\F. LE FRANCE {Force, Monde, %alet et
cavalier de Bâtons, cavaliers d‘Épées, de Cou¬
pes et de Deniers)
nomenclature IPCS : IT-J.l
Ce tarot lyonnais du début du xviip siè*
ck ne cache pas scs intentions : il est claire¬
ment destiné à l'exportation comme en
témoignent les nombreuses mentions F,P.
LE. TJfiANGE (« fait pour ^étranger ») qui
sont placées sut certaines figures. Il est vrai
que les cartiers français commençaient à
voir SC constituer des débouchés : la Suisse
connaissait le tarot depuis le xvi* siècle et,
d’ailleurs, en produisait (cf, cat, n'' 43),
l'Allemagne s"y mettait à peine, mais le
marché le plus prometteur était certaine-
ment.,. T Italie.
J] semblerait, en effet, que les cartiers du
Piémont ei de la Lombardie aient peu à peu
abandonné la production de tarots à
78 caries à la fin du xvii^ siècle, ou, tout au
moins, quMIs n’aient pu suffire à la
demande. Il est vraisemblable que Jean
Dodal exportait vers ritalie.
Quelques menus détails différencient le
jeu de Dodal des productions marseillaises
plus tardives : le Diable porte encore sur k
ventre une sorte de visage — représentation
tout à fait tradidonnelle —, et le Mat est
déjà devenu Le Foi : ces traits suffisent aux
spécialistes pour voir dans ces cartes
P archétype des tarots faits en Italie quel¬
ques décennies plus tard (voir cat. n^^* 51 à
54).
Paris, B.N., Estampes, Kh 381 rés. n" 76.
Bibl. : O'Donoghuc, F. 5; D"Allemagne, 1, 192
et Jl, 610; BN 66, n'" 402: Dummett, 1%; PC.
XII, n“ 4. p, 128.
40
Tarot Bourlion
François Bourlion
Marseille, France, 1760
48 canes ($ur 78), enseignes italiennes
gravure sur bois coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches
1 15x63 mm
dos : losanges avec demi-fleurs-de-lis en coins et
cercle, impression bleue
marques :
FRANÇOIS BOVRUON , 1760 (2 de
Deniers)
F. fl. avec écusson fleur-dc-!i$é (2 de Coupes)
y^R^^ (écusson du Chariot)
nomenclature IPCS “ IT-l.
Le tarot de François Bourlion — ou plu¬
tôt son « moule » — est P exact contem po¬
rain de celui de Nicolas Conver (cL n° sui¬
vant), lui aussi Cartier à Marseille. Très
proches l'un de l'autre, ils se distinguent par
de minuscules détails qui différencient les
deux bois. Il s’agit là de deux créations qui
témoignent de la vitalité et de la qualité de
la production marseillaise dans la deuxième
moitié du xviip siècle et qui justifient
Tappellation traditionnelle « Tarot de
Marseille » pour désigner ce type de jeux.
Paris, B.N., Estampes, Kh 331 rés. n® 78.
Bibi. : BN 66, n* 404: Keller, FRA 153.
41
Tarot Couver
Nicolas Conver
Marseille, France, 1760
78 cartes {complet), enseignes ilaliennes
gravure sur bois coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches
120x64 Eïim
dos : losanges avec croix
marques :
Nas CONVER 1760 (2 de Deniers)
G M avec écusson aux armes de France (2 de
Coupes)
(écusson du Chariot)
V'" CONVER / FRANCE (valet de Bâtons)
nomenclature IPCS ; IT-I
72
I
L’exécution du ïarot de NicoJas Cortver
reflète une sorte de perfection : non seule¬
ment le moule a permis un tirage de qua¬
lité, mais on notera la franchise et la beauté
des couleurs ei notamment ce bleu pâle si
caractéristique. On comprend que Paul
Marteau — qui l’avait dans sa collection —
se soit revendiqué de lui pour éditer son
« Ancien Tarot de Marseille » en 1930 (cf.
cat. 114 et 146). Mais^ comme on peut
aisément s’cn rendre compte, le jeu de Gri-
maud n’est pas une reproduction du tarot
de Conver.
Les bois de celui ci ayant été conserves
par la maison Camoin, héritière de Conver
disparue en 1970, il fut procédé de temps
en temps à des retirages mis en couleurs,
Une reproduction fac-similé existe, enfin,
due aux Éditions Dusserre (Paris, 1980).
Parts, B.N,, Estampe^^ Kh 381 rés. ii'’ 81.
BibL : O’Dcjnoghue, F. 15 ; BN 66, n“ 409 ; Kel-
ler, FRA 155.
42
Taroi Carrajât
C. François Carrajat
Chambéry, France, fin du xviii»/début du s,
66 cartes (sur 78), enseignes italiennes
gravure sur bois coloriée au pochoir
papier en plusieurs coueheü
115 X 63 mm
dos : losanges avec carrés
marques :
GRAND TER R AU FIN FAIT A CHAs\f-
BERY Par C.F. CARRAJA T (2 de Deniers)
GRAND TARR / AU FIN FAIT A / CHAM¬
BERY / Par CARRAJA T (2 de Coupes)
A.C.Z. (écusson du Chariot)
7.0YA (pied de l’as de Coupes)
marque circulaire CARRAJAT, CHAMBERY
avec étoile à 5 branches au centre (sur les as)
nomenclature IPCS : IT-]
Marseille n’avait pas le monopole du
« Tarot de Marseille Dijon, Grenoble,
Lyon, Avignon et d’autres nous ont laissé
des traces de leur production au xvni» siè¬
cle, sans oublier Paris avec Jean Noblet au
XVth (cL cat. : 35)* Chambéry produisit
aussi ce modèle. Rien d’étonnânt à cela : la
cité savoyarde est depuis longtemps une
place forte du tarot.
On ne sait rien, en revanche, du cartier
Carrajat. D’Allemagne (op. cit.) k signale
en 1794, Le moule a peut-être été fait à la
fin du xviip siècle et l’impression, en bleu,
au début du xix% ce qui justifierait les
cachets circulaires « CARRAJAT .
CHAMBÊR y » apposés sur les as. Le tail¬
leur de moule a mentionné son nom sur le
pied de l’as de Coupes : ZOYA. Des initia¬
les A.G.Z, apparaissent sur l’écusson du
Chariot ; on connaît un cartier milanais de
la fin du xvill* siècle au nom de GENTl-
LINl e ZOYA. Celui-ci signe parfois d’ini¬
tiales (G.Z.E.P.G.}. Zoya, de Milan,
aurait-il gravé ce bois pour Carrajat ?
Paris, B.N., Estampes, Kh 381 rés. 80.
Btb(. : O’Donoghue, F. 3; D’Allemagne, II,
608: BN 66, n*40S: Keller, FRA 154, Pour
Geniilini e Zoya à Milan : Milan SO* 4 à 6,
43
Tarot « de Marseille » Suisse
Claude Burdel
Fribourg, Suisse, 1751
7S cartes, (complet), enseignes italiennes
gravure sur bûis coloriéc au pochclr
papier en plusieurs couches
116X 62 mm
dos : étoiles et points alterné.s
marques :
CLA UDE.BURDELXARTIER.ET.CRA-
VEUR- I75Î (2 de Deniers)
C JB (2 de Coupes)
C B (éeusson du Chariot)
nomenclature JPCS r JT-I
enveloppe papier aux armes de Fribourg avec
adresse du cartier : Canes fines faiies par
73
I
Ciaude Burdel / Maître-cûriierpriviiéÿié defeurs
/ Souveraines Exœilences dê Fri / botJrg,
demeurant à ta rue des / Hôpitaux devant.
(impression xylographique)
Dans un article récent'^ Peter Kûpp a
montre que le jeu de tarot était connu en
Suisse depuis le xvi* siècle. La Sfatson aca¬
démique des Jeux (voir cat. n® 37) présente,
en I65&t une régie que « les Suisses joüem
Ordinairement Pourtant, on ne con¬
naît, pour le moment, aucun exemple d’un
tarot suisse antérieur à ITlfi, La produc¬
tion helvétique a dû atteindre son apogée
au XVIii‘ siècle, si Ton en juge par la quan¬
tité et la qualité des jeux conservés.
Le tarot de Claude Burdel, qui est pré¬
senté ici dans une édition particulièrement
belle, date de 1751. Il est en tous points
conforme au modèle du Tarot de Marseille,
mais avec des éléments caractéristiques des
productions suisses tels que ces Bâtons très
ornés et la décoration florale très particu¬
lière du 2 de Coupes et du 4 de Deniers avec
armes royales entourées de deux
« trompettes ».
Paris, Musée National des Arts et Traditions
Populaires, 70.141.345.
Bibt. : O'Donogtiue, F. 13; Zürich 7S, n* 15Û,
Le Tarot « de Besançon »
Le Tarot de Besançon n’est qu*une variante du Tarot de
Marseille où la Papesse (atout II) et le Pape (atout V) ont
été pudiquement remplacés par Junon et Jupiter, vraisem¬
blablement sous la pression d'autorités religieuses.
Celles-ci avaient déjà obtenu gain de cause à Bologne ou
les mêmes cartes avaient laissé la place à des « Maures ».
De même que le Tarot de Marseille, nous Tavons vu,
n*est pas originaire de Marseille, de même le Tarot de
Besançon n’est qu'un nom commode pour désigner une
création vraisemblablement germanique : c'est de l'Est de
la France (Strasbourg, Belfort, Colmar) ou d'Allemagne
(Constance, Mannheim) que nous viennent les plus
anciens exemplaires. Le Musée des Arts et Traditions
Populaires, à Paris, possède ainsi un jeu de F, Laudier de
Strasbourg, daté 1746 (cat. n^ 44) et un autre de
G. Mann, à Colmar^ daté de 1752,
Déjà « laïcisé » le Tarot de Besançon était tout prêt à
devenir « révolutionnaire » : c'est ce que firent certains
cartiers de l'Est comme Louis Carey (cat. n® 47).
Ce n'est guère qu'au début du XI siècle que la pro¬
duction de ce modèle devint en quelque sorte une spécia¬
lité de Besançon. Célébrité de courte durée car le modèle
s'est éteint discrètement dans la deuxième moitié du
XIX^ siècle.
44
Tarot « de Besançon » de Laudier
Nicolas François Laudier
graveur : Pierre Isnard
Strasbourg, France, 1746
78 cartes {complet), enseignes itahenne»
gravure sur bois coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches
121 X 66 mm
dos : motifs hçjîagonaux avec soleils
marques t
TAROS FIN DE / NICOLAS FRANÇOIS /
LAUDIER. CARTIER / A STRASBOURG
(2 de Coupes)
FAICTES A STRASBOURG DE N. FRAN¬
ÇOIS LAUDIER (2 de Deniers)
jfV.F.L, (Nicolas François Laudier) (écusson
du 4 de Deniers)
PIERRE / ISNARD / GRAVEUR / 1746
(écusson du Chariot)
P.I. (Pierre Isnard) (cavalier d’Épées)
nomenclature IPCS : IT-1.4
Le Taroi « de Besançon » est à peine une
variante, c'est un Tarot de Marseille auquel
oti a changé 3 cartes : la Papesse (atout il)
est devenue Junon et le Pape (atout V)
Jupiter, Tas de Coupes a perdu ses ciselures
anguleuses pour prendre la forme d'un
ciboire rond et godronné, encadré par les
deux pans d*un rideau quelque peu théâ-
74
I
traL On notera la grande différence de style
entre les deux nouveaux atouts, traités avec
plus de soins et de mouvement, très « sta¬
tuaire baroque y> (on devrait pouvoir en
trouver les modèles !), et le reste des figures
et atouts, pétris dans leur hiératisme
« médiéval », L^intrusion de ces deux
« nouvelles têtes » (au sens fort du terme)
est visible : même la légende occupe un car¬
touche plus fin que dans les autres atouts.
Il est exceptionnel que le graveur — le
« tailleur de moule » — signe son oeuvre en
toutes lettres et, surtout, qu'il la date. La
plupart du temps ce sont des initiales ou
une toute petite signature perdue dans le
pied de Tas de Coupes. Peut-être Pierre
Isnard doit-il ce privilège à ses liens avec
une famille de cartiers marseillais de même
nom, signalée au xviihsiccle par
D'Allemagne.
Paris, Musée National des Ans et Traditions
Populaires, 70.141.100,
BibK : O'Donoghue, F, tO: Keiler. FRA 16:1:
PC. Xll. n* 4, p. 128,
45
Tarol a de Besançon » de J,P, Mayer
Johann Pdagius Mayer
Constance, Alkmagne, vers 1750
55 cartes (sur 78), enseignes iialicnnes
gravure sur bois coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches
125 x75 mm
dos ! marbré rouge
marques :
fOANNES / PElÂGfUS / MAYEB / fN
CONSTANZ (2 de Coupes)
TAROBFfN.DEJOANNES PELAGIUS
MA YER fN CONSTANZ (2 de Deniers)
monogramme Î.P.M. (éeusson du 4 de
Deniers)
iPM (écusson du Chariot)
nomenclature IPCS ; [T-L4
C,P, Hargrave, qui signale ce tarot dans
la section « Suisse » de son livre (p. 262),
le date de 1680, précisant que Johann Pela-
gius Mayer est un carrier de la fin du
XVII* siècle. Cette affirmation, non véri¬
fiée, a été reprise un peu légèrement pour
affirmer que le Tarot de Besançon était
connu au xvij* siècle en Allemagne,
Même si nous ne sommes pas au bout de
nos découvertes* le fait est qu'aucune date
n'apparaît sur ce jeu au style assez grossier,
plutôt caractéristique de la deuxième moi¬
tié du XVIIP siècle, avec ses piersonnages
poupins.
Des recherches menées en Allemagne
montrent que J.P. Mayer a été baptisé en
1690 à Kempten, où il est né, dans la
paroisse catholique de Saint Laurent qui
dépendait de l’Évêché d'Augsbourg
(Archives de PÉvêché d'Augsbourg* cor¬
respondance du 12.10.1983). Un autre
document précise que Mayer fut admis
comme bourgeois de la ville de Constance
en 1720. l! est aussi cité en 1730* puis
encore en 1737, dans une dispute. 1750
paraît donc être une date ultime pour son
activité : s’il n’esi pas morl, il a 60 ans et
doit être en fm de carrière. Le tarot qui est
présenté ici, même s'il est une producion
tardive de notre canier* reste un des tout
premiers témoignages du portrait « de
Besançon » en Allemagne.
Astoria (N,Y.), collection Albert Field.
Btbi. : Kargrave, 259, 260 , 262; Kaplan. 136;
Dummett, 231 : PC. XII, n* 4. p, |28.
46
Tarot Blanck et Tschann
J.H, Blanck et Tschann
Colmar, France* vers 1780
57 tartes (sur 78), enseignes italiennes
gravure sur bois coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches
114 X 64 mm
dos ; crachis bleu
75
I
marques :
FAIT PAR /://: / BLANCK Æ TSCH- /
ANNé COMP, DE /LA NOUVELLES (sic)
FABRIQUE DES / CARTES A / ,COL~
AfAR. (2 de Coupes)
..FAIT A COLMAR .. (2 de Deniers)
médaillon avec perle pîriforme ei meniion A
LA PERLE ORIENTALE (4 de Deniers)
nomenclature tPCS ; JT-L4 var.
Cette curieuse version du Tarot de
Besançon offre la particularité de rempla¬
cer Junon et Jupiter (c’est-à-dire la Papesse
et le Pape) par... fê Prinierfîps (atout II) et
PHyver (atout V)* L^un et l’autre sont
représentés par des « bergères w en robes
Louis XVI, avec des attributs correspon¬
dant aux saisons qu*elles illustrent. L'allé¬
gorie du Monde est pudiquement vêtue
d'une robe et porte — comme par compen¬
sation — un collier. L'as de Coupes a la
forme ronde caractéristique des tarots « de
Besançon j> dont nos deux cartiers colma-
riens se sont inspirés.
Ce jeu a servi à la divination : en effet*
chaque carte est pourvue d'un chiffre au
crayon^ parfois répété. Ces nombres cor¬
respondent à la numérotation d’Etteilla
(cf. cat. il* 131). Coïncidence? Etteilla lui-
même avait eu ce jeu entre les maîns : « ...
je viens de voir un jeu de cartes fabriqué à
Colmar, en Alsace* où le cartier supplée
encore à ces trois faux hiéroglyphes [Jupi¬
ter, le Pape ou le ‘‘Spadassin*’, tous numé¬
rotés V] par une figure représentant
THiver, le huitième [dans Tordre
d'Etteilla...] offrant le Printemps ».
{Manière de se recréer,2* cahier* 1785,
P* 20).
Paris, B.N., Estampes* Kh 3SI rés. 82.
BihL ; EN 66* n" 417.
47
Tarni révaluitonnaire
Louis Carcy
Strasbourg* France, entre 1793 et 1800
78 cartes (complet)* enseignes italiennes
gravure sur bois coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches
I22x 66 mm
dos ^ croix et points bleus alternés
marques :
TAROS FIN DE / L. ÇAREY / A,STR AS-
BOURG (2 de Coupes)
F,L {1 de Coupes et éeusson du Chariot)
F’.F.(?) (roi dé Deniers), F,C,{?) (as de
Deniers)
nomenclature IPCS î IT-1.4 var.
Par son décret de P An 11* la Convention
Nationale ordonnait de supprimer les aitrî-
buis royaux des têtes des cartes à jouer. Ce
fut k départ d'une vague de « correction »
des moules de jeux ordinaires. On a con¬
servé de très nombreux exemples de nos
portraits régionaux, sans couronnes ni glo¬
bes. Puis vint la « régénération j> et la mul¬
tiplication de dessins originaux qui propo¬
saient Voltaire, Caton ou Gracchus à la
place des rois* des w fiberiés » (de la
Presse* du Commerce, des Cultes, etc.) à la
place des dames et des n égaillés » en guise
de valets.
Ce mouvement devait toucher le tarot,
mais les exemples manquent. Celui de L,
Carey* alors le plus important cartier stras¬
bourgeois, est bien connu : la B.N. en pos¬
sède trois exemplaires et on en trouve dans
nombre d'autres collections* publiques ou
privées. 11 faut lui ajouter celui* plus rare*
de J. Benoist qui, apparemment* a utilisé le
même moule, se contentant de changer le
nom (B.N., Est.* Kh 34 rés.), et celui de
Pierret à Épînal (coll. Cary : Keller* FRA
168).
Suivant l’exemple de ses confrères* Louis
Carey a conservé les atouts « laïcisés » de
Junon et Jupiter. Il a fait de l’Impératrice
(atout III) el de TEmpereur (atout lïll)*
respectivement La Grande Mère et Le
Crand-Pèret et l'Hermite (n" Vil II) est
devenu... Le Peauvre. Les légendes des
têtes sont restées les mêmes, Carey a sim¬
plement buriné leurs titres pour les rempla¬
cer par les nouvelles appellations révolu¬
tionnaires en vigueur ; les rois sont devenus
des génies, les dames des iiberiés et les
valets des égalités. Tout de qui pouvait évo¬
quer la monarchie a été soigneusement
gommé : couronnes, globes* sceptres,
fieurs-de-lis, aigles impériales ont disparu.
Le Jugement (n® XX) porte ici le nom de
La Trompeté (sic).
Paris* B.N., Esiampes* Kh 383 n* 267.
BibL : O'Donoghue, F. 8; D'AUemagne* I* 195
et Jl, 228 e BN 66* n* 416; Kaplan, 155; Ans
Déco SI, 24-25.
48
Tarol de Jerger
J, Jerger
Besançon, France, premières années du xix»s.
78 cartes (complet), enseignes itahennes
gravure sur bois coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches
121 x60 mm
dos : marbré rose
76
I
47
marques :
7V1/ÎC>7:S FINS FAITes / PAR J. JFRCER /
FABRIQUANT CARTs / A BESANCON (2
de Coupes)
FRANCE J. JERGER (figures et atouts)
monogramme /./ (moniant du trône du roi de
Deniers)
J.I. / A.D. (Écusson du Chariot)
nomenclature [PCS : IT-L4
[| faut attendre le début du xix« siècle
ix>ur trouver d^authemiques tarots faits à
Besançon^ désormais seul centre produc¬
teur de ce type de jeux> [3 semblerait même
qu^un seul fabricant ait assuré celte pro¬
duction : J. Jerger (ou Joerger), qui venait
peut-être d'Alsace, signe en effet un tarot
en tous points conformes au modèle établi
avant lui, à Tcxception toutefois de THer-
mite, qui devient ici ie Capucitt et des
mentions FRANCE. J. JERGER apposées
en marge des figures et atouts.
En fait, cette fabrication quasi-exclusive
(on ne connaît pas d ^autres cartes de Jer¬
ger) devint une véritable « spécialité régio¬
nale w, dont la a recette » (i.e. le moule en
bois et les outils) se transmit de génération
en génération, garantissant ainsi Tappella-
îion w Taroi de Jerger w dont tous les suc¬
cesseurs font état.
Renault semble avoir été le premier
d^entre eux. On retrouve les initiales J.J.
(pour J. Jerger) qui signent le bois auquel il
n'a rien changé si ce n’est son nom^ A
Renault devait succéder Kirchner (un autre
alsacien ?), puis Blanche qui dut être le der¬
nier de la lignée, à la fin du siècle; le
moule était alors très « fatigué »... En fait,
le Taroî de Jerger n’eut qu’un concurrent
sur place : celui que l'Imagerie PelLerin
d'Épinal fit paraître vers 1860 (voir n*
suivant).
Paris, B.N., Estampes, Kh 34 +.
Bibl. : BN 63. 361.
49
Tarot é* tp\aa\
Fabrique Pellerin et Cic
ÉpinaU France, avant IS76
74 cartes (sur 78), enseignes lialiennes
gravure sur bois coloriée au pochoir
papier en plusieurs Cûuehes
114 X 64 m rn
dos : moiif labyrinihique veri
marque ;
FABRIQUE /DE / PELLERIN ET de / A
EPINA L (VosgesI {2 de Coupes)
nomenclature IPCS ; IT-L4 var.
On ignore trop souvent que la célèbre
Imagerie Pellerin d’Épînal a fait des cartes
à jouer jusqu'en 1876. C^était même là sa
vocation première et la fabrication ne cessa
que lorsque Charles Pellerin, jugeant
l’impôt et les frais excessifs renonça à cette
industrie et céda tout son matériel à
Grimaud.
Un jeu émerge de cette production ' c’est
le Tarot d’Épînal, en fait, un tarot « de
Besançon », dont les bois avaient échappé
à la vente de 1876. Manifestement inspiré
du <i Tarot de Jerger » (voir n^ précédent),
— mais avec une tendance à Pésoté-
risme —, marqué du sceau inimitable de
ITmagerie d^Épinai, ce tarot aurait été
gravé vers 1830 par François Georgin, le
grand imagier de l’épopée napoléonienne.
Toutefois, le style paraît assez éloigné des
grandes fresques naïves et militantes qui
mettent en scène le Petit Caporal. Au con¬
traire, Tallure néo-gothique des figures et
des atouts n^est pas sans évoquer le style
des images pieuses : l’As de Coupes est
tout à fait semblable à un ciboire que le
rideau entrouvert du tabernacle laisse ici
apparaître, la Dame de Coupes a les traits
d’une Vierge de pèlerinage, tandis que la
Justice semble protéger un Décalogue qui
pourrait bien être, pourtant, républicain.
Si Jupiter, JunOn et le Caoucin ont con
I
servé leurs noms* il n*en va pas de même du
Bateleur, qui est devenu Escamoteur.
L^esthétique très fleurie des cartes de
points rappelle les tarots suisses^ A la
manière de Jerger, T inscript ion FRANCE
— PELLERIN apparaît parfois sur les
atouts et les figures. L’impératrice et
l'Empereur ne sont pas toujours
numérotés*
En outre, la mention « Pellerin et Cie »,
signe indiscutable du statut juridique de la
société en nom collectif de type moderne,
ne peut avoir été apposé qu’au Second
Empire. S*agît-il d'une édition nouvelle
d^un bois plus ancien (mais on ne connaît
pas d’exemplaire de ce tarot sans cette
adresse), ou bien le Tarot d’Épinal a^t-il été
créé, comme nous le pensons, vers 1855 ?
Fac-similé r Arts et Lettres / Pellerin /
Grimaud, 1976.
Paris. B.N., Esiami>es. Kh 3S3 n° 270.
Bibl. : René Perroui, Les imQges d'Épinal. Nou-
veile édition, Paris, s,d,, p. 153-154; BN 66,
n* 423; Kaplan, 245; Ketler. FRA (67.
50
Tarut Millier à enseignes italiennes
A.O. Mülkr
Keuhausen am RhcinfaEl, Suisse, 19S4
78 cartes (complet), enseignes itaEiennes
offset en couleurs
papier en plusieurs couches
11 î x61 mm
dos : tamtâge écossais noir et bleu sur fond brun
marques ;
Fabrique de Cartes / J, Müiler & Cie (2 de
Coupes)
fABRfQUE DE CARTES A SC/iAFF-
NOeSE. (2 de Deniers)
Fabrique / de Carres / J. Mu/fer / d Cie
(Empereur, n* ILï)i
/Ad (écusson du 4 de Deniers)
nomenclature IPCS : lT-1.41
Contrairement â ce que Ton pourrait
penser la Suisse n’a pas préféré le Tarot de
Besançon à celui de Marseille : la plupart
de ses productions suivent le modèle
« marseillais ». Mais les cartiers suisses
n*ont pas négligé pour autant le type « de
Besançon », fabriquant Fun ou 1 'autre, tel
François Heri ou Bernhard Schaer. Au
siècle, Johannes Müller, fondateur de
la société qui porte encore son nom, pro¬
duisit, à Diessenhofen, un jeu d’allure tout
à fait romantique qui servait, par substitu¬
tion des cartes II et V, à fabriquer soit un
Tarot de Besançon (exemple dans Ziirich
78, n* 154), soit... un Tarot de Marseille
(exemple dans la coll. LetelUer),
La firme Müller est restée fidèle à ce
modèle dont on connaît de nombreux
exemplaires fait à Schaffouse et offrant
indifféremment le couple Papesse/Pape ou
Junon/Jupiter* C’est, semble-t-il, ce der¬
nier portrait que le fabricant suisse conti¬
nue de produire, essentieUement pour Le
marché américain de la cartomancie.
Paris, B.N., Estampes, don Millier.
BibL : Kaplan, 270; Fournier 82, 240 {n“ S7).
Les rejetons italiens
L*appantion, en Italie, au début du xviiP siècle, de tarots
de type français n'a cessé d'intriguer les chercheurs. Pour¬
quoi les cartiers milanais, turinoïs, mais aussi bolonais, se
sont-ils mis, à partir de 1730-1740, à produire des jeux de
78 cartes en tous points fidèles au Tarot « de Marseille »,
allant jusqu'à reproduire ses légendes en français ?
L'examen de la production italienne antérieure ou con¬
temporaine est d'un faible secours : on ne sait rien ou
presque de ce qui s'est fait en Italie, e: plus précisément en
Piémont et en Lombardie, refuges certains du tarot à
78 cartes ; on a vu, en effet, que le xvii^ siècle est, en Ita¬
lie, le siècle du minchtaîe. Bologne, seule, résiste, avec son
îarocchino (« petit tarot ») à 62 cartes.
Il semble que la pratique allait déclinant en Italie du
Nord. Aussi les cartiers italiens passèrent-ils la main aux
français au cours du xvti= siècle. Jean Dodai, au tout
début du xviip siècle, exportait ses tarots {cat. n* 39),
vraisemblablement vers la Savoie et le Piémont voisins*
Envahis de cartes françaises, les joueurs italiens y prirent
goût et, quand les fabricants locaux se réveillèrent, ils
n'eurent d'autre choix que de copier les jeux en usage*
Petit à petit notre Tarot de Marseille s'italianisa : le fran¬
çais laissa la place à l'italien dans les légendes, le style fut
modifié, un portrait romantique fit même son apparition*
Mais au-delà des apparences et des appellations
(i< tarocco piemontese »A gardons-nous de confondre
Piémont et Lombardie. A Milan, en effet, l'apparition
des cartes françaises ne fit, vraisemblablement, que subs¬
tituer une fabrication à une autre, toute deux établies sur
le même modèle. Aux légendes près, le Tarot de Marseille
aurait pu s'appeler milanais (cat. n® 16).
Le Piémont, en revanche, semble avoir eu d'autres tra¬
ditions. Il est frappant de constater que les joueurs actuels
s'obstinent à prendre l'atout n® XX pour la carte la plus
haute, aux dépens du n“ XXL Cette façon de faire témoi¬
gne d'un autre arrangement des atouts où certains voient
une influence bolonaise... D'ailleurs, les règles piémontai-
ses, connues aussi en Savoie, confirment ce soupçon
(cf. cat. n® 118).
En tout cas, de ce curieux retour des choses les italiens
ont tiré parti : l'ultime avatar du Tarot de Marseille, avec
ses 78 cartes, vit en Italie de nos jours, sous le nom, trom¬
peur, de Tarocco Piemontese. Mais là-bas, il ne sert
qu’aux joueurs.**
78
51
Taroi Ligure-Piémoniais » de Lando
Giuseppe Lando
Turin^, liaiie» vers 1760
78 cartes (complet)^ efiseigncs italiennes
gravure sur bois coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches
110x64 mm
dos : losanges bleus
marques :
LANDO/TORl^O (As de Coupes)
LANDO (2 de Coupes)
nomenclature IPCS : JT-C2
Témoignage d'une production italienne
attachée à reproduire T aspect même du
Tarot de Marseille, le jeu de Lando est un
des premiers exemples de cette fabrication*
Ce modèle — qui est très proche du pro¬
totype <f marseillais » (ou plutôt lyon¬
nais...) — a été produit dès le début du
xviEt^ siècle en Piémont : un jeu de Giu¬
seppe Ottone, de Seravatle, est daté de
1736. Ici les légendes sont, naturellement,
en français avec un certain nombre de
modifications caractéristiques d'un usage
linguistique local : le Chariot est devenu La
Cûriot (it. /tf Cûrrùzza}^ T Ermite est ortho¬
graphié Erémiie (it. eremUa}. En outre le
Jugement est ici appelé Laftge (atout XX),
ce qui paraît être plutôt une traduction de
l'italien qu’une transposition d’un terme
français. La Maison-Dieu n’est plus que la
Maison. Tout cela atteste une forte tradi¬
tion locale quant aux noms des atouts.
Lissücie, collection Vito ArientL
8ibf. Kaplan, 150.
52
Tarot Vergnano
Vcrgoana
Turin, Italie, première moitié du xix^ s.
54 cartes (sur 78), enseignes iialicnnes
gravure sur bois coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches
120x65 mm
dos : rosaces avec accolades
marques :
CONTRA DA DI DORA / GROSSA IN
FACCIAALLA / CHIESSA DEL LA TRI-
NITA / Pid N^ 9 IN TORINO (2 de
Coupes)
VERGNANO (2 de Deniers)
VERGNANO (cartouche supérieur des
atouts et des têtes)
timbre gras aux armes de Savoie sur toutes les
cartes
nomenclature IPCS : 1.2
De même modèle « piémontais » que le
jeu de Lando (voir n® précédent), le tarot
de Vergnano est exemplaire de la tradition
« marseillaise » en terre italienne. Il est
néanmoins un peu plus tardif. Les atouts
sont kl dotés d'aune double numérotation,
en haut et en bas, permettant de les lire
dans les deux sens : nous ne sommes pas
loin des cartes à double-figure, dont on sait
qu'elles sont nées en Italie, Les légendes
sont encore en français et les têtes de
Deniers portent L’initiale de leurs valeurs :
R pour D pour dama^ C pour cavaîîo et
F pour /ante (« valet »). Un timbre gras
aux armes de Savoie est apposé sur chaque
carte.
Bien que ce jeu ait eu certainement
78 cartes à Forigine, les 54 conservées ne
sont pas n'importe lesquelles : il ne man¬
que, en effet, que les points l à 6 dans les
Bâtons et les Épées et 5 à 10 dans les Cou¬
pes et les Deniers. Ce type de réduction est
devenu classique (et permanent !) dans les
tarots germaniques, notamment autri¬
chiens.
Paris, B.N., Estampes, Kh 24 rés. t, L
BïbL : O’Dûnaghue, 1.22 et 23.
53
Tarot {< Lombard » de Gumppenberg
Ferdinando Gumppenberg
Milan, Italie, vers 1330
38 cartes (sur 78}, enseignes italiennes
gravure sur bois coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches avec rabats à
l’italienne
106 X 55 mm
dos : quatre Beurs aquatiques superposées rou¬
ges. Légende ; F. Df MILANO
marques :
F. GUMPFENBERG MIL* (roi de Bâtons)
TAROCCO FINO (Impératrice)
timbre gras E.L / C,70 / LOMBARDÎA (roi de
BStonsI
nomenclature IPCS : IT-I.l
Les cartiers italiens tirèrent du Tarot de
Marseille un autre modèle, caractéristique
par la taille plus petite de ses cartes. Appa¬
rue dès le XVI (i< siècle, cette fabrication
s’éteîgnk avec la fin du xix^ L’exemple
présenté, avec ses légendes en italien, est
due au célèbre cartier milanais F. Gump¬
penberg (actif 1814-1846). Le timbre gras
du royaume de Lombardie-Vénétie, mar¬
qué de la somme de 70 centimes, paraît
indiquer une date proche des années 1830.
Paris, B.N., Estampes, Kh 383 n* 257.
Bibl. : O’Donoghue, 1.7 î Kaplan, 154;
Milan 80, p. 20 et n" 23 ; Dummetl, 258 ;
Fournier 82, 116 (n'^ 32),
54
Tarot « Delta Rocca »
Italie du Nord, deuxième moitié du xix‘ s.
76 eâjtes (iur 78), enseignes italiennes
gravure sur cuivre coloriée à ta main
papier en plusieuri couches
lOS X 54 mm
dos ; cercles en pointillés
nomenclature IPCS : IT-1.3
Ainsi nommée parce que les dessins sont
dus au graveur italien Carlo Délia Rocca,
cette interprétation très romantique du
Tarot de Marseille a été assez populaire
79
I
dans la seconde moitié du xix^ siècle.
Publié à l’origine vers 1840 par le Cartier
milanais Gumppenberg, rexemplaire qui
est présenté ici en est une copie qu^on ne
peut identifier en raison de fabsence de
marque ou de signature. On sait que Lam-
partî» Bordûni, Avûndo et d*autres ont
produit de tels jeux* Ici les légendes sont en
italien.
Les originaux des esquisses de Délia
Rocca sont conservés au Britisb Muséum
{Department of Prînts and Drawings,
18964-29-1). Une édition en fac-similé en a
été faite par les Éditions du Solleone (Lis-
sone, 1981).
Paris^ collection Letellier.
BibL : Hoffmann, n* i6c.
54
Le Tarot de Rouen/Bruxelles
On se perd en conjectures sur les tenants et aboutissants
de ce que, faute de mieux, on appelle « tarot belge
On a longtemps cru, en effet* que le seul modèle du
Tarot de Marseille {et ses variantes) régnait dans f Europe
non italienne* L*émergence de ces curieux jeux fabriqués
à Bruxelles dans la deuxième moitié du xviiP siècle et
présentant des caractéristiques uniques vint bouleverser ce
monopole. Nous sommes loin du standard « marseîL
lais en effet : la Papesse y est remplacée par le Capi¬
taine Fracasse et le Pape par.„ Baccus^ le Diable, la
Maison-Dieu — nommée ici La Foudre —, la Lune et le
Monde évoquent clairement d'autres sources, notamment
bolonaises. Le style graphique y est très particulier et
quoique ces cartes soient dénommées par nos fabricants
belges « cartes de Suisse » on pensait que c'était là une
création bruxelloise sans lien avec la Suisse ni.** la France
(si ce n'est pour Tordre des atouts qui est celui du Tarot
de Marseille).
L'acquisition, il y a quelques années, par un collection¬
neur anglais, d'un jeu identique mais fait à*.. Rouen au
début du XVI i P siècle a permis de poser à nouveau la
question de Torigine de ces cartes. Il semble certain que
les cariîers bruxellois ont eu un modèle français, peut-être
rouennais. Mais d'où vient ce dernier dont les affinités
avec certain tarot parisien (cat. n* 34) ainsi qu'avec le
« portrait » bolonais sont troublantes ? Nul ne le sait
encore et les hypothèses vont bon train.**
55
Tarot de Hautol
Adam C. de Haütot (connu de 1723 à 1743)
Rouen, France, deuxième quan du xviii* s.
71 cartes (sur 78), enseîirtâs italiennes
gravure sur bois coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches
113 X 67 mm
dos : hexagones avec soleils
marques :
CARTES DE TAROTS / TRES FINES FAI¬
TES / PAR ADAM C DE / HAÜTOT //
DEM^ R VE DV GROS / ORLOCE A
ROUEN / AV CŒUR ROYAL (as de
Deniers)
CARTES DE ADAM DE / HAUTOT AV
CŒUR ROY (2 de Deniers)
nomenclature IPCS : [T-3
éiui ; carton recouvert de cuir repoussé
Acquis récemment par un collectiûnueur
anglais, ce jeu a été publié pour la première
fois en 1980 par Dummett qui le date, un
peu vite, de la fin du xvji* siècle. Des nom¬
breux membres de la famille de Hautot
(active à Rouen aux xvip et xviii' s.), il
îi'esi pas facile de déterminer lequel des
trois Adam a fait ce jeu. Le plus probable
semble être celui dont la marque « au cœur
royal » est conservée dans uit recueil des
Archives Départementales de la Seine-
Marîtime {CADJM - J.365, 28), avec les
dates 1723-1728 (Adam C de Hautot}.
Le grand intérêt de ce jeu, auquel il ne
manque que 7 cartes de points est sa res¬
semblance totale avec les tarots bruxellois à
enseignes italiennes de la deuxième moitié
du xviïp siècle, au point que Dummett
suppose Texistence d'un « portrait rouen-
naîs », ancêtre du type belge,
A Texception des atouts II (Le.spagnoi /
Capitano Fracase) et V (Bücus}^ l’ensemble
évoque le même mélange de traditions
milanaise (« Tarot de Marseille ») et bolo-
30
I
naisc que dans le jeu de Jacques Vie ville
{cat. n“ 34) dont ce tarût esl très proche.
Toutefois, un certain nombre de détails
caractéristiques Ten éloignent : les bordu¬
res en damiers, le Fou numéroté XXH,
raspect très bolonais du Monde, avec ses
deux cartouches supérieurs ornés d'un ani¬
mal, à rinstar de la même carte du tarot
parisien anonyme (car. n“ 33), tout cela est
propre au jeu d'Adam de Hautot et à ceux
de ses imitateurs bruxellois* La même ins¬
cription figure sur le 2 de Coupes de ces
derniers jeux : Pour conoisïre que / !a piux
basse de demers / et de coupe enporte / (es
plus haute (sic) quand /pour iefa'a du Jeu.
C'est là rénoncé d'une des règles fonda¬
mentales du jeu de tarot, celle de finver-
sion des points à Coupes et à Deniers (voir
Repères 4 et cat. n® 36).
« L*Espasnol », quant à lui (n“ II), est
emprunté à une gravure de Michel Lasne
du début du XVI[* siècle (cT n® suivant),
Birmingham, colLecdon Tcmperley.
BibL : Dummetu 208-209; PC, XII, n® 4.
p. 12S.
56
Espagnol faisant le Rodontond
Michel Lasine, vers 1639
burin sur papier
272 X 198 mm
signatures :
MLasne invtn / et fecit (en bas, à gauche)
Manëite excud / ciun Privite^iù (en bas, à
droite)
Deux pièces furent gravées par Michel
Lasne, représentant l'une « un Français
reprochant à un Espagnol Ses rodomonta¬
des », et Pautre « cet Espagnol faisant le
Rodomond ». Elles furent « faites dans le
temps de la plus grande chaleur de la guerre
entre la France et l'Espagne ». C’^est ainsi
que les présente Pierre-Jean Mariette —
que l'on se gardera de confondre avec le
responsable de \''excudit — dans son Abe-
cedario piîtorico (Bologne, 1719). On
notera que la gravure exposée ne porte pas
de titre mais seulement quelques vers qui
confirment rattribution de Mariette. Que
Faiout H du tarot d'Adam de Hautot (cf*
11 ® précédent) s'intitule L*Espagnol n’a pas
de quoi surprendre : l'oeuvre de Lasne en
est clairement le modèle.
L’association avec le Capitaine Fracasse,
SJ elle n'est pas affirmée par la gravure,
semble logique : bien que moins populaire,
ce personnage de la Commedia dell’Arte
est connu en France depuis le xvi* siècle,
parfois sous des noms différents. Il incarne
le fanfaron, beau parleur et lâche à la fois.
Avec le XVII* siècle, il devient une satire de
la soldatesque espagnole. Les représenta¬
tions qu'en ont donné Jacques Callot ou
Abraham Bosse sont toutefois plus
outrées. En tout cas, la précision s'impo¬
sait sur la figure de l'atout N : aussi est-elle
soulignée de jaune,
Michel Lasne est un graveur français qui
nous a laissé de très nombreuses gravures.
Né avant 1590, il est mort en 1667, Il a tra¬
vaillé à Anvers, pour Planlin et Moretus,
entre 1617 et 1620, avant de s’installer à
Paris*
Paris, B.N,, Estampes, Tf 17 fclio.
Bib( : KnvefUmre du Fonds Français : graveurs
du XVfP siècle, tome VI ï. Paris* 1976,
n“ 152-153, p. 79.
81
■
57
Tarot bruxellois à enseignes Lialtennes
Jean Galler (actif 1738-1760)
Bruxelles, Pays-Bas méridionaux, vers 1755
72 cartes (sur 78), enseignes italiennes
gravure sur bois coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches
119x70 mm
dos ; hexagones avec soleils
marques :
CARTES DE / TARA VT FAITES / FAR
lËAN GALLER // DANS LA R VE / DE
HOP f TA LE / A BRVSSELLES (as de
Deniers)
lEAN GALLER (2 de Deniers)
LG. <4 de Deniers)
nomenclature IPCS : ïT-3
On reconnaîtra sans peine dans ce tarot
fait à Bruxelles vers le milieu du xviip siè-
cléj une copie du modèle d’Adam de Hau-
tot à Rouen. Les détails qui les distinguerm
sont infimes : au damier des bordures on a
substitué une rangée de pointes, le nom du
capitaine Fracasse est estropié en « Era-
casse »* l'orthographe de Tinscription du 2
de Coupes (Pour cûnoistre que (a plus
basse de denîez et de coupes enporte les
plus hautes quand au fait du jeu) n'est pas
absolument la même...
D’autres cartiers belges ont produit le
mêine type de jeu : Nicolas Bodet
(1743-1751), Sarton (1756-1767), Martin
Dupont (1766) et F.I. Vandenborre
(1762-1803), tous à Bruxelles, Jean Gisaine
(vers 1750) à Dinant. Certains, comme
Vandenborre, intituîaient ces cartes Cartes
de Suisses, sans qu'on sache précisément
pourquoi : il ne semble pas qu'on ait
jamais importé de tels jeux en Suisse.
Ce type de tarot ne survécut pas au
XVIII* siècle, victime de la désaffection de
certaines régions (Paris et l'Ouest de la
France) ou de la concurrence des jeux à
enseignes françaises et atouts animaliers.
Fac-similé par Carta Mundi, 1975.
Asiaria (N.Y.), collection Albert Field.
BibL : Willshire, F. 37; O^Donoghue, Fl. 4;
Hoffmann, 17 et n® 16a; Kaplan, 152; Keilcr,
BEL 31 ; Durnmeit, ZOS-21Û et pL 30.
Le Minchiate
Le jeu de minchiate est une spécialité florentine à 97 car¬
tes qui remonte, selon toute probabilité* au début du
XVb siècle. Il est déjà mentionné en 1543 dans Le Carie
Parianti de FArétin sous le terme germini (la forme min¬
chiate n^a été adoptée qu'au siècle suivant).
Loin de décliner comme son cousin classique à 78 car¬
ies* il prit au xviï' et, surtout, au XViiL siècle un essor
prodigieux, s'étendant dans l'Italie entière, jusqu'en Sicile
— où il ne dura pas* Même les cartiers bolonais s'illustrè¬
rent dans sa production (cf, cat* n® 60) et les témoignages
sont nombreux qui attestent sa vogue, tel celui du Prési¬
dent de Brosses en 1755 à Rome’L
Un tel engouement ne devait manquer de passer les
frontières : il s'imprima à Nuremberg* en 1769* et à
Dresde, en 1798* des régies du jeu* traduites ou adaptées
de l'italien, destinées aux joueurs allemands* On ne sait* à
vrai dire, si elles eurent quelque succès. En France aussi
une tentative fut faite : la Règle du jeu des Mînquiaîtes^
qui doit dater de la même époque, en fait foi (cat. n* 64)*
Le minchiate est le fruit d'une augmentation : aux 78
cartes traditionnelles on a ajouté* en bloc* 20 atouts sup¬
plémentaires (la vertu cardinale manquante* la Prudence*
les trois vertus théologales* ainsi que les quatre éléments et
les 12 signes du Zodiaque). Le Pape ayant disparu dans
l'opération, on arrive à un total de 97 cartes.** Papesse,
Empereur et Impératrice sont devenus respectivement le
« Grand Duc »* i'« Empereur d'Occident » et l'« Empe¬
reur d'Orient », tous imperturbablement nommés papi
(« papes ») par les joueurs.
A ces particularités le minchiate tn ajoute d'autres qui
intriguent les spécialistes : les Épées apparaissent ici
comme des glaives droits, les cavaliers sont tantôt des cen¬
taures (Épées et Bâtons), tantôt des monstres mi-
humains* et les valets de (loupes et de Deniers sont des
personnages féminins (« fanîine »/
Au-delà de l'étrangeté de nombre des atouts, si l'on
retire les 20 cartes additionnelles, on retrouve la série tra¬
ditionnelle qui dut être à l'origine du minchiate. Par bien
des égards (ordre des atouts, repères stylistiques) les 77
cartes restantes sont inspirées de celles du Tarot Bolonais.
Il y a tout lieu de penser que ce dernier s'installa à Flo¬
rence à la fin du xv^ siècle ou au début du XVI', puis qu'il
donna naissance genninî/minchiate* Issu d'une tradi¬
tion graphique représentée ici par les feuilles « Rosen-
wald » (cat, n® 27), ainsi que par les cartes iucquoises à la
marque « Orfeo » (cat. n“ 29 à 31)* le minchiate s'inscrit
clairement dans la mouvance de la tradition bolonaise.
Les monstres Ont toujours une fin et le minchiate n'y
échappa pas r il dut disparaître de Rome au début du
XIX' siècle et s'éteignit lentement mais inexorablement à
Florence dans la deuxième moitié du XIX'. Le minchiate
appartient désormais au passé et aux rêves des
collectionneurs.
82
Les Atouts du Minchiate
I
II
ni
IV
V
VI
VII
VIII
ÏX
X
XI
XII
XIII
XIV
XV
XVI
XVII
XVIII
XIX
XX
XXI
XXII
XXIII
XXIV
XXV
XXVI
XXVII
XXVIH
XXIX
XXX
XXXI
XXXII
XXXIII
XXXIV
XXXV
(36)
(37)
(3S)
(39)
f40)
Fou (Mano)
Bateleur (Papa uno)
«Grand Duc» (Papa due)
Empereur d'Occident (Papa ire)
Empereur d’Orient (Papa quauro)
Amoureux (Papa cinque)
Tempérance
Force
Justice
Roue de Fortune
Chariot
Hermiie {Gobbo ou Tempo)
Pendu (Impkcaîo)
Mort
Diable {Diavolo ou Demonw)
Maison-Dieu (Casa det Diavoîo)
Espérance
Prudence
Foi
Charité
Feu
Eau
Terre
Air
Balance
Vierge
Scorpion
Bélier
Capricorne
Sagittaire
Cancer
Poisson
Verseau
Lion
Taureau
Gémeaux
Étoile
Lune (Lunù)
Soleil (Sole)
Monde (Mondo)
Jugement (Trombe)
> «a rie»
/
> «rossi>i
> « Papi »
atouts
^ ajoutés
à la série
tradiiionnelie
58
Minchiate florentin « Fortuna »
58
Florence» Iialîe, xvin' s.
93 canes (sur 97)» enseigner italiennes
gravure sur bois coloriées au pochoir
papier en plusieurs couches avec rabais à
rUaiienne
99x 58 mm
dos : armes de Toscane avec légende FORTUNA
marque :
monogramme C.f. sur ratoul XXVlIIi
(Sagittaire)
nomendature IPCS : iPT-1
On retrouve dans ces cartes Je modèle
représenté par la planche n'^ 2S. On voit
bien ici comment s*est constitué cet énorme
jeu par addition d’atouts supplémentaires.
Ceux-ci sont d’ailleurs clairement recon¬
naissables au cartouche entouré de deux
motifs qui porte leur numéro, D’aune exécu¬
tion assez popuiaire ce tarot est difficile à
situer dans le temps. Le monogramme C.F.
qui apparaît sur Tatout XXVllIl n^est pas
obligatoirement une marque de cartier,
mais serait plutôt celle du propriétaire du
jeu.
Lei n felden-Echterdi ngen» Dcutschcs
Spielkarten-Museum^ B 8S5.
59
Minchiate gravé sur soie
Florence, Italie, début du xvui* s,
68 cartes (sur 97), enseignes italiennes
eau-forte sur soie coloriée à la main
papier avec rabats à 1 italienne et soie
J 00 X 58 mm
dos : armes des Médicis
nomenclature IPCS : IPT-I.I
Ce jeu exceptionnel a pour particularité
d'être imprimé sur un support de soie, les
dos et Jes rabats restant de papier- Il repré¬
sente un portrait » de/n/nf'/ï/tïrÉ'différent
du précédent et dont nous avons ici un des
tout premiers exemplaires. Ce type de Jeu
eut cours — dans des exécutions sur papier,
moins luxueuses — jusqu’à la ftn du
XIX* siècle.
Certaines des cartes (le Fou» le Temps, la
Force) ne sont pas sans évoquer les rarpe-
chini de Mitelli (cf. cat, n^' 14). Ce travail
d’une grande finesse peut être daté du
début du XVIII* siècJe. En effet, les trots
exemplaires connus» celui-ci, celui du Bri-
tîsh Muséum (Schreiber [. 47) et celui du
Musée Fournier (Fournier 82, 115, n® 31),
portent tous un timbre gras sur i'atout
n® XXX accompagné d'une mention
manuscrite inscrite sur le côté de la carte,
QU Fon lit Anton, f?) Molineîh. Le timbre
gras n'est pas identifiable mais se retrouve
84
avec la même inscription sur le I^fncfu'are
Istoriche (cf. n* 61) qui est» lui, daté de
1725.
Les armes des Médicis qui figurent sur
les dos indiquent que ce jeu a été fait à
Florence.
Paris, B,N., Estampes, Kh lé? rés, I44g,
BibL : D^Allemàgne* l, 194-195; O^Dono^hue,.
1.47; Hoffmann, 74 et n* éS b ; Kaplan, 52;
Kcllerr ITA 55; Fournier 82, 115, n* îl,
60
Minchiaie Gaetano
Caetano (AlFAquila}
Bologne, Italie, 1763
97 cartes (complet), enseignes italiennes
gravure sur bois coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches avec rabais à
ricalienne
104 X 58 mm
dos i décor d'architecture avec personnage sur
un socle, légende ALL AQUîî-A
marques :
GAETANO / DALLA CASA / ALL^
AQUÏLA / /N ViA / ClAf^ATURE / JN
BOLOGNA {2 de Deniers}
CARTE/ FfNE /ALL * / AQUILA / 1763 <4
de Deniers}
CARTE FINE O de Coupes)
timbre gras ; CARTE DA C^VOCO — G.F.-B
/ 25.. CE//. (Roi de Bâtons)
rtomcndature IPCS : IPT-1
Bologne fut un centre très important de
la production cartière italienne, notam¬
ment au XVIIP siècle. Non seulement les
fabricants de celte ville éditèrent seuls le
tarocchlno cher aux joueurs bolonais» mais
ils ont à leur actif aussi de nombreux exem¬
ples de tarots « lombards » ou « pîémon-
tais » à 7B cartes ainsi que de mîntfüaie
dont on a souligné la popularité au
xviip siècle partout en Italie, C’est donc à
un modèle florentin produit à Bologne que
nous avons affaire ici.
Il est rare qu’un jeu italien anterieur à
I8(X) soit daté : celui-ci porte néanmoins la
date de 1763, mais la présence d’un timbre
gras sur le roi de Bâtons, avec indication du
montant de l’impôt f2S cenij laisse penser
que IMmpression est plus tardive.
Paris, B.N,, Estampes, Kh 381 rés. n* 75,
61
Minchiate istoriche
%
60
Rare exemple d’un tarot éducatif, ce
minchiate très spécial nous est mieux connu
grâce à sa carte-titre que seule la Collection
Mann, à Rye, possède. C’est ainsi qu’on
connaît son nom, son graveur (A.M.R.) et
sa date ; 1725.
A vrai dire, le caractère ludique de ces
cartes est passablement atténué par
l’absence de représentation des enseignes et
des allégories traditionnelles. Seuls de
vagues symboles en haut des cartes de
points, les cartouches numérotés des atouts
et Pimpressîûn sanguine des n® XXXIH à
XXXX (les « ï>) rappellent qu’il s’agit
d’un mifichiafe.
Chaque carte montre une scène histori¬
que qui est commentée en quelques lignes :
Tatout XXXIH évoque ainsi rcnlévcment
des Sabin.es» l'atout XXV Xantippe» la
femme de Socrate, et le n* X Babylone.
Les Coupes représentent la Perse, les
Deniers l’Assyrie, les Épées la Grèce et les
Bâtons Rome. C’est une histoire largement
teintée de mythologie qui nous est présen¬
tée ici.
Un curieux cachet où apparaît un mono¬
gramme (APM?) est apposé sur Tatoui
XXXII avec une mention manuscrite sur le
côté qu'on peut lire : Anton. Pius MoimeUi
(?). On comparera cette inscription avec
celle, presque identique» du n® 59. Ici, les
él
-
I T |i|i jfiriArAp Ij
11 j |i il , ,
r^i y?!~ ii ' i H* ! i i rT ii ^rfl j '
I j ."
A.M.R,
Florence» Italie, 1725
92 cartes (sur 97), enseignes italiennes
gravure sur cuivre
papier
l(X)>i6ü mm
dos ; blancs unis
dos sont blancs mais ceux d’un autre exem-
plairCt încomplét (Kh 167 rés. n® 27-28)
sont ornés des ‘armes des Médicis.
Paris^ Estampes, Kh 167 rés. n" 21-22.
BibL : D’Allemagne, J, 195 : Hoffmann, n*69b.
62
Mirtcfiiate de fanlâise de Poilly
François ( ?) de Poüly
Paris, début du xvtii^ s.
57 cartes (sur 97 ou 9S), enseignes françaises
gravure sur cuivre coloriée à la main
papier en plusieurs couches
94X59 mm
dos : tarotage avec flcLirs stylisées
marque :
Poiîfyt. nte Sf JûCQues^ a Si BenQîsf (cavalier
de Carreau)
Le >eu qui est présenté ici constitue à
bien des égards une rareté. Il est daîr qu"il
s’agit d’un minchiate, dont seuls ont été
conservés les 41 atouts et les 16 têtes. Mais
ce mirichiate est français et, qui plus est, ...
à enseignes françaises! Le graveur en est
vraisemblablement François de Poilly, le
jeune (1665?-'1741), qui tenait commerce
d^estampes rue St Jacques, <ï a St
Benoist », et qui a visité i’ Italie dans sa jeu¬
nesse, notamment Rome, où il a travaillé,
C"est donc là le seul exemple d’un mifr-
chiare français à enseignes françaises. On
sait par ailleurs qu*une tentative fut faite
d’introduire le jeu en France (voir cat.
n* 64), mais il ne semble pas que cela ait
dépassé le cadre de la « curiosité » pour
amateur.
Les atouts respectent grosso-modo
l’arrangement du modèle florentin, mais
les allégories traditionnelles ont parfois
subi une transposition curieuse. Moffjus^
divinité grecque de la plaisanterie, rem¬
place ici avantageusement le Fou et Mer¬
cure (ti* 1) fait un « bateleur » tout à fait
crédible. De même, tes séries des 4 Élé¬
ments, des 12 signes du Zodiaque et des 5
derniers atouts — les urie des joueurs flo¬
rentins — trouvent ici leur place habituelle.
En revanche, ks 4 papi n’ont pas de corres¬
pondants : l^Amour (n® 2) n’est pas à la
place où on l'attendrait <n^ 5 dans le nün-
chiaté). Et on voit mal ce que V^nus nais¬
sante et Bacchus ont à voir avec leurs pen¬
dants traditionnels,,. Plus intéressant
encore est le sort infligé aux Vertus : non
seulement l’emplacement et l’ordre de
celles-ci sont bouleversés, mais en plus il en
manque une, la Foi ! Cette absence nous
paraît témoigner d"un parti-pris d'évacua¬
6J
63
tion délibérée de toute référence à la reli¬
gion, d’une « laicité » bien digne du Siècle
des Lumières, Aussi ne retrouvons-nous
plus aucune allusion au Diable, à la Mort
ou à la Maison-Dieu qui laissent la place ici
aux 4 « âges » de la vie humaine (n® Il à
14) et aux 5 sens (n* 15 à 19).
L’application des couleurs n’est pas
indifférente et les fonds rouges des atouts
33 (Mars) à 40 (La tf Renommé ») sont
conformes aux régies du minchiate où les
joueurs florentins les connaissent sous le
nom de rossi (« rouges »).
L’association des quatre couleurs aux
quatre continents (Cœurs : Europe, Car¬
reaux : Asie, Piques : Afrique, Trèfles :
Amériques) est classique, notamment au
xix*^ siècle.
Romain Merlin {Origine des cartes à
jouer, Paris, 1869) avait vu et décrit ces
cartes étonnantes (p. 130-131).
Paris, B.N., Estampes, Kh 176 rés.
63
Mmchiate de fantaisie de Pùilly (variante)
François (?) de Poilly
Paris, débu! du xviii* s.
98 carres (complet), enseignes françaises
gravure sur cuivre^ non coloriée
papier en plusieurs couches
93 X 60 mm
dos : tarotage avec soleils
marque ‘
Poüly, rite Sf Jacques, a Sf Benoist (Cavalier
de Carreau)
Issu du même cuivre du même Poilly, ce
jeu, qui a le mérite d'être complet et de
mieux laisser admirer la délicatesse de la
gravure car il n’est pas colorié, n’est cepen¬
dant pas tout à fait identique au précé¬
dent : les représentations des atouts n’y ont
pas les mêmes numéros ! L’impression que
Ton a est qu’il s'agit d'un retirage où l’on a
tenu à « corriger » l’illogisme apparent de
la première version. Ignorant du modèle
florentin, l’imprimeur a renuméroté les
atouts dans une suite cohérente qui part du
Chaos <n® 1), carte qui n’existe pas — ou
n'a pas été conservée — dans l’exemplaire
précédent. A sa suite, on trouve les planè¬
tes 2 à 5), ks 4 Éléments, les 4 Ages,
les 5 Sens, les Vertus », ici regroupées
(n“ 17 à 24), les divinités antiques et les
12 signes du Zodiaque, enfin placés dans
l’ordre des mois de l'année (ce qui n'est pas
le cas dans le mmchiate original). Et tant
pis si on a 42 atouts au lieu de 41...
Lfn autre exemplaire de cette version
*: corrigée » et non coloriée se trouve au
Bowes Muséum de Durham» en Angleterre»
où il est conservé dans une boîte en forme
de livre recouverte de cuir et frappée aux
armes des Bourbon d’Espagne (collier de la
Toison d’Or avec fleurs de lis surmonté
d^une couronne royale). Des illustrations
en sont données dans le livre de Roger Til-
ley» A History of Pi&ymg Cards^ New
York, 1973 ip. 67 à 71).
En outre, on connaît une troisième ver¬
sion du jeu de de Poilly, mais réduite à
?8(?) cartes. La Collection Hennin con¬
serve, en effet» les 16 têtes — identiques —
d’un jeu du même cuivré, colorié» où les
atouts ont été à nouveau renumérotés» ks
Étoiles devenant le n® 17, ia Lunen"^ 18, ie
Saieii n*’ Î9, ta Renommé (le « Juge¬
ment ») n'^ 20 et ie Monde n® 2L L'atout
16 manque et Momus tient lieu de Fou» Le
nom du graveur a été rogné sur le cavalier
de Carreau. Le catalogue de la Collection
avance la date du 2S décembre 1765» ce qui
paraît probable pour ce retirage tardif (BN,
Estampes, Hennin, tome 106, n* 9242).
Paris, collection Guiard.
BîtL ; Arts Déco 81, 34-3S.
64
— Règles du jeu des minquiaites, —
s.l.n»d. [Italie ?,troisièmetiersduxviïi«s. ?J.
— 15 P»; S®»
Reliure veau avec décor doré, d'origine ita¬
lienne. L'ouvrage est passé par ie Dépôt des Cor¬
deliers (an V — 1797) où furent regroupées les
bibliothèques des grandes familles émigrées dont
les biens avaient été confisqués en 1792.
Unique et rarissime exemplaire d’une
règle en français du jeu de mînchhîe, ce
petit ouvrage pourrait bien avoir été fait...
en Italie. Sa reliure, en effet, est îtalienne.
Mais son intention est claire : faire connaî¬
tre au lecteur francopho-ne le jeu florentin.
Bien qu'on y décrive un type de cartes à
enseignes italiennes, il est intéressant de
constater que l’atout le plus fort» le Juge¬
ment (it. le Trombe^ les « trompettes »),
est ici baptisé la Renommée comme dans le
jeu de de Poilly (cat. n® 62). Le fait est
assez peu courant pour mériter d'être
souligné.
La règle de ce jeu est compliquée par le
maniement de quelques 41 atouts, offrant
la possibilité de multiples combinaisons
payantes appelées verstcolefs} ou verzigolef
terme qu’on rapprochera de la bnzigoie
citée en 1655 (cf. cat. n= J6). Au demeu¬
rant te jeu de la carte est assez classique :
4 joueurs se voient distribuer 21 canes à
chacun» le donneur en recevant 13 de plus
pour son écart. Le Fou a îa même fonction
qu'aujourd'hui dans la règle française. On
joue par équipes de deux et il faut faire
60 points pour gagner. Outre les 3 atouts
maîtres (n® 1, Fou et <i Renommée m)» cer¬
taines cartes ont des valeurs spéciales : les
Papes (n*^^ 2 à 5) valent 3 points, les 1,
10, 13, 20» 28» 30, 31, 32» 33, 34, 35 comp¬
tent 5 points et les 5 derniers atouts
{rÉtoile, la Lune, le Soleil, le Monde et la
« Renommée »)» 10 points. En outre» les
rois valent 5 points.
« Tout le jeu consiste ensuite à gagner
une carte qui fait une Versicole, & qui est
entre les mains des adversaires, ou à faire
passer sûrement celles qui font une versi¬
cole» & que l'on tient» » Ici aussi l’ordre
des points est inversé dans les couleurs
Cout>es et Deniers.
Deux autres règles accompagnent celle
des « Minquiattes » : la Prime (p» 10 à 13)
et le Trois-Sept {tressetie, p. 13 et 14).
Paris» B, N,, Imprimés, V 51047.
flfô/, ; PC» XII. 4, p. 129.
Le Tarot Silicien
Jusqu^à ces dernières années nul ne soupçonnait Texis-
tence d’une forme sicilienne du tarot. C’est le mérite de
quelques collectionneurs intrépides et de l’érudition de
Michael Dummett (op» cit.) que d’avoir fait sortir de
Tombre un jeu toujours vivant dans l’île, mais qu’aucune
règle imprimée ne venait conforter.
Aujourd’hui nous sommes mieux renseignés sur le taroî
sicilien. Quoiqu’aucun exemplaire ancien n’ait survécu»
les témoignages littéraires affirment que le jeu à 78 cartes
et ie minchiate furent introduits simultanément dans l’île
à la fin du XVIP siècle. Le dernier ne survécut pas, mais le
Jeu classique prit pied, non sans subir de profondes modi¬
fications. U semble que quelques atouts aient meme été
changés avant d’arriver en Sicile (à Rome?) : le Monde et
le Jugement ont laissé la place à Atlas et à Jupiter» la
Papesse a donné naissance à la Constance fCQstanztt),
tandis que le Pape, devenu mystérieusement Miseriaf émi¬
grait en tête de la série. Un peu plus tard» en Sicile, le Dia¬
ble devint le Navire (il Vascello) et la Maïson-Dieu une
simple tour. Puis, vers 1760, on réduisît le nombre de car¬
tes à 63» par suppression des 1» 2 et 3 de Deniers et des car¬
tes 1 à 4 dans les autres couleurs. Meme le Fou est allé
jusqu’à changer son nom en « i7 Fuggitivo ».
Deux « portraits » semblent s’étre succédé, tous deux
illustrés ici : un premier type» nettement influencé par le
minchiate est représenté par quelques bois de moulage
ainsi que par les cartes de la Collection Mann-Dummett
ici exposées (cat. n*^ 65). Le deuxième type, apparu au
début du XIX* siècle (cat. n'* 66)» est celui toujours en
vigueur aujourd’hui» Ce qui caractérise aussi le tarot sici¬
lien c’est l’aspect « espagnol » — ou plutôt « portugais »
— de ses cartes de points, avec leurs bâtons en forme de
massues et leurs épées droites et entrelacées.
Malgré une affinité certaine avec le minchiate et» sur¬
tout» avec les cartes lucquoises « Orfeo w, notamment
pour ce qui est de l’ordre des atouts» le tarot sicilien reste
une énigme. Peut-être est-il Tunique survivant d’un type
de jeu (à 78 cartes?) courant en Italie au xvip siècle, maïs
dont aucun exemplaire n’aurait subsisté.
87
Les Atouts du Tarot Sicilien
la Miseria ou la Fovenà
1. / Ba^oîti ou i Picdoui
2. Impératrice
3. Empereur
4. îa Cosîanza
5. Tempérance
6. Force
7. Justice
S. Amoureux
9. Chariot
10* Roue de Fortune
11. Pendu
12 * Ermite
13. Mort
14* i7 VasceUo {le navire)
15. la Torre
16. la Stella
17. h Lana
IS. nSoîe
19. ia Palla (le globe)
ou VAtlante
20* C/ovf (Jupiter)
// Fu^itîvù (= le Fou)
65
Taroi Sicilien de TuzïDlino
Tuïzülino
Palerme(?), Sicile, vers 1730^1740
3J cartes (sur 63)^ enseignes italiennes
gravure sur bois coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches avec rabats à
l'italienne
84 X 50 mm
dos : losange à Tintérieiir d'une guirlande ovale
marque :
TUZZOLINO {10 de Deniers)
nomenclature IPCS : IPT-2
Ces cartes sont les plus anciennes con¬
nues à ce jour d'un larot sicilien. En effet,
bien que les sources littéraires attestent la
présence du jeu en Sicile depuis la fin du
xvii-^ siècle, on n’a conservé aucun témoin
de cette période* Le type ainsi représenté
forme un premier « portrait », antérieur
au type actuel qui semble s'être fixé vers
1810 (cf. n* suivant).
On notera La forte parenté de ces cartes
avec celles des mmehiaie populaires du
xviih siècle. Ici* les numéros des atouts
sont encore en chiffres romains et la carte
aujourd'hui dénommée Miseria s'appelle
La Povertà* Le mendiant qui l’illustre tient
une boîte sur laquelle on lit !NL En outre,
un certain nombre de détails diffèrent des
jeux plus modernes, notamment sur Tatout
XX « Giûve » (Jupiter) ; mais ce sont sur¬
tout les cartes ordinaires qui montrent une
affinité indiscutable avec les jeux... portu¬
gais : ici les dames d’Épées et de Bâtons
sont attaquées par des bêtes* Des initiales et
des chiffres arabes permettent d’identifier
têtes et points.
On connaît de ce même modèle des car¬
tes dues à Felîce Cîmîno de Païenne^ datées
1802 et 1805, ainsi que des bois et des
épreuves conservés dans les musées sici¬
liens. Ce type de cartes n'a pas dû survivre
au-delà des année.s 1820,
Rye, collection Sylvia Mann / Oxford, colketion
Michael DüinmctL.
BibL : DunimeU, 375.
66
Tarol sicüien « Forluna »
canîér « Forîuna »
Palerme, halif (Sicile), vers 1820
63 cartes (complet), enseignes italiennes
gravure sur bois coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches avec rabats â
l’italienne
80x48 mm
dos : figure de femme sur une roue avec légende
FORTUNA
nomenclature IPCS i IPT-2*I
C'est là le premier exemple d'un modèle
encore en vigueur en Sicile* La comparai¬
son faite avec les jeux plus récents de Con-
cetta Camplone (cat* n° 93) et de Modiano
(eat* n® ^) fait apparaître de menues
variations : l'atout connu sous le nom de
La Povertà est ici appelé Miseria. Certaines
cartes (n“^ 3, 4, 6, 7, 10 et 11) sont à
l’envers par rapport aux représentations
modernes. Et, bien sûr, la technique de
fabrication est ici typique des productions
italiennes anciennes avec leurs rabats
caractéristiques.
Li$sori$, collection Vito Arieniî*
Bibt. : Dummett, 373-374; Arts Déco SI, 14-15.
65
88
Une cassure originale :
Les tarots à enseignes françaises
On ne sait ce qui a poussé les cartiers allemands qui fabriquaient des jeux de tarot
vers le milieu du siècle à abandonner le « portrait » italien. Toujours est-il
qu'après une phase de transition qui semble avoir duré jusque vers 1800, les
joueurs de tarot de langue allemande n'eurent plus entre les mains que des cartes à
enseignes françaises et des atouts lotaletnent profanes*
Ce qui s'était passé on peut l'imaginer* Les enseignes italiennes et, plus encore,
les allégories du tarot traditionnel devaient paraître bien étranges aux allemands
du Siècle des Lumières : cela « sentait » le Moyen Age. Car ce sont les atouts qui
semblent avoir été visés : ne fabriquait-on pas, encore vers 1800, des tarots à
enseignes italiennes, mais avec des atouts... animaliers (cat. 69 et n*^ 70)?
Les couleurs italiennes n^étaient pas totalement inconnues en Allemagne, mais
les joueurs n'étaient pas tous familiarisés avec leurs bizarreries* Aussi leur
préférèrent-ils les enseignes françaises, plus lisibles et — ce qui comptait pour les
cartiers — plus faciles à fabriquer d'un coup de pochoir...
La mode* Voilà peut-être le secret de rexpansion des tarots à couleurs françai¬
ses dans les pays de langue allemande au xviîp siècle. Or, à l'époque, la mode est
française et l'idéologie laïque : d'où ces séries de scènes diverses, et plus spéciale¬
ment d'animaux et de chasse que les cartiers allemands répandirent avec une
grande liberté de création.
Nous aurions tort de négliger cette évolution germanique : notre « Tarot Nou¬
veau » français en est issu. Après les animaux ce furent les costumes folkloriques,
les vues de grandes villes, les scènes de genre et d'autres encore. Petit à petit se
dégagèrent deux modèles standards : un pour l'Autriche, encore tout imprégné de
« lurqueries » et toujours utilisé sous différentes variantes, un autre pour l'Alle¬
magne dont le succès fut plus grand encore en Suisse et en France* C'est notre
tarot de jeu moderne*
Dans cette profusion de styles et d'images — si opposée aux standards italiens —
les cartiers germaniques restèrent toutefois fidèles à quelques repères r le Fou est
resté..* un fou, même si nous sommes loin de l'imagerie très médiévale du mûîîo
italien* Sur le 1 d'atout (notre « petii », qu'en allemand on appelle encore Pagaf,
de l’italien bagaîîo), La représentation d'un Arlequin et d'une Colombine continue
d'évoquer, même vaguement, le Bateleur d'autrefois*
Cette mutation du Tarot, qui — précisons-le — n'affecta en rien les règles du
jeu, lui ouvrit les portes de l'Europe du Nord : la Belgique, déjà sensibilisée avec
ces étranges tarots à enseignes italiennes, mais aussi les Pays-Bas et jusqu’au
Danemark où le Jeu se pratiquait encore dans les années 30. De l'autre côté,
l'Empire Austro-hongrois accueillait à son tour le tarot. Non seulement l'Autri¬
che, mais la Tchécoslovaquie et la Hongrie actuelles lui sont restées fidèles.
67
Tarot de la Noee Bavaroise
Andréas Bcaedictus Gobi
Munkht Allemâgne, vers J765
7S cartes (complet)* enseignes fraitc^ises
gravure sur cuivre eotüriée au pochoir avec
rehauts â la main
papier en plusieurs couches doré sur tranche
1 lOx 57 mm
dos ; losanges avec étoiles
marques :
Andraas Benedicïus Gobi (Valet de Trèfle)
A. (lame de hallebarde du Valet de Pique)
B. (lame de hallebarde du Valet de Carreau)
G. (lame de hallebarde du Valet de Cœur)
A/GjVCWfjV (bas du volant de la robe du Roi
de Carreau)
étui T voir n" suivant.
Le jeu de la Noce Bavaroise est tradition-
nellement considéré comme le plus ancien
tarot à enseignes françaises. Si Ton sc fie
aux dates d’activité de son fabricatiii
Andréas Benedictus Gobi (1765-1792)* il ne
peut guère avoir été fait avant 1765* Or un
des premiers traités allemands consacré au
tarot, Die Kurjsty die W'e/f eriaubi miîzu-
ire^Timcifî in den verschiedenen Arten der
Spide, paru à Vienne et à Nuremberg en
1756, fait expressément mention d’ensei¬
gnes françaises (p. 346 sqq). Mais nous ne
possédons aucun jeu daté de cette période.
Quoiqu’il en soit* le jeu de Gobi a tou¬
jours attiré Fattention des historiens de la
carte à jouer, vraisemblablement en raison
de son caractère luxueux. En effet, les car¬
tes sont particulièrement épaisses, la gra¬
vure est délicate et la mise en couleurs
extrêmement soignée et même rehaussée à
la main, De fait, tous les exemplaires con¬
servés sont généralement complets et dans
un excellent état de fraîcheur. Mais seul un
collectionneur parisien en détient Fétui.
Nous verrons que celui-ci a une grande
importance.
Luxueux, ce tarot Fest aussi par son
sujet : celui d’une fête aristocratique. Les
princes de Bavière se livraîeni, en effet,
tous ies ans, à une étrange mascarade bien
dans le goût du temps : déguisés en bergers
et en paysans, ils organisaient des n noces
de villages ». La cour de Munich, qui régle¬
mentait minutieusement ces festivités, fai¬
sait paraître annuellement une liste des par¬
ticipants et de leurs rôles. On possède
encore une série de ces listes pour les
années 1719 à 1765.
C’est précisément ce que les cartes con¬
firment* Les atouts font alterner régulière¬
ment deux sujets : un cavalier, sorte de
héraut de la fête, et un carrosse orné tiré
par deux chevaux, où l’on remarque diffé¬
rents participants â la noce tels le pasteur et
sa femme (atout VT) ou des musiciens
4n iia-Eiriv vm if J
^ [+lrHTirMrlt IMT B,' Ùl -I
Cfcil
rinri rbmjj'Ti rir
[j J iL' r,-|
t a ■ t L ntf lu urwi Ijtri A f
iiftiviir ^puï
rrtiif hinJf fiÿT
(atout XViil), tous en tenue de mariage.
On ne peut donc ignorer que le jeu repré¬
sente une noce* Les légendes mêmes le
disent (voir atouts 11, XVI et XIX, par
exemple). Le caractère bavarois est lui
aussi fortement affirmé : Je personnage de
Faiout XI s’exclame : « àdyrischi. bayrisch
mus es fsjeiri/stmet die md mîr ein »
(« Bavarois, il faut que ce soit bavarois.
Tout le monde est d’accord avec moi »)*
Quant au côté princier, il est vertement
rappelé : at/iieh sein und ààyriscfi schei-
nert / heisf die sache rediieh memen »
(<c Être noble et se montrer bavarois. C’est
ce que Faffaire doit clairement dire ») et,
afin que nul ne doute qu’il s’agit bien d’une
mascarade, certains vers nous le rappel¬
lent : ^ Eîfi baur bin ich nach den givmd /
iedanoch gros von adisiand » (« Paysan
par le costume / Mais grand par la nais¬
sance ») (atout 111) ou encore « obshon
das kîeide baürich sprichl / vérrafh mich
doch das mgesichr » (« J’ai F habit d’un
paysan / Maïs suis trahi par mon visage »)
(atout Vil).
Mais les têtes du jeu ne sont pas moins
intéressantes : elles manifestent clairement
leur parenté avec le portrait de Paris,
qu’une décision de 1764 prenait pour
modèle. Celui-ci est traité dans un style
orné, caractéristique du rococo allemand
avec son roi de Carreau n oriental ». Les
armes de Bavière parsèment les figures :
Lion de Bavière et écusson rond à losanges
bleus et blancs alternés, qui sont les armoi¬
ries du pays* ainsi que la poupée brandie
par le valet de Trèfle, qui n’est autre que le
Münchner Kind% mascotte de la ville de
Munich.
Ce sont ces mêmes figures que le Cartier
A.B. Gobi, dont la production est vaste et
diversifiée, emploie dans ses autres tarots à
enseignes françaises, notamment avec
atouts animaliers (cf. cat. n® 71), A sa
suite* de nombreux fabricants imitéreni ces
têtes* largement au-delà de la Bavière (cf.
cat. n<îs 72 et 73), On les retrouve aussi, en
permutant les couleurs, sur d’autres jeux
comme le tarot à sujets chinois de Lcfer
(cat, n® 81).
Le département des Estampes possède
un autre exemplaire, complet, du jeu de
Gobi (B.N., Est., Kh 34 b).
(Traduction des versets : Claude
Guiard.)
Paris, B.N. Estampes, Kh 167 rès. il* JJ2-I35.
Bibf. : WjlEshire* G. 116; D’Alleniagnc* 1,
196-197 ; Margrave, [32 ; Bickfeld 67,
n“ 45-66 ; Albertina 74, n* 146 ; Kaplan, 297 ;
Keilcr, GER 619; Lcinfdden 54, n* 27.
91
■
68
Élui du Tarot de la Noce Bavarois
Bavière, deusiéine moiiié du xviiM s,
étui carton» en forme de livre recouvert de cuir
dos orné de décorations florales dorées
titre : Banr/i / f^fochzeii
115 X 70 X JO mm
Cette boîte est la seule qui ait été conser¬
vée à nôtre connaissance. Pourtant» un jeu
aussi luxueux que la « Noce Bavaroise » se
devait d’être protégé par un étuî de qualité.
Il est un fait que des nombreuses collec¬
tions publiques qui détiennent un exem¬
plaire de ce tarot» aucune n^a hérité un
semblable objet.
Celui-ci» qui est dans une collection pri¬
vée parisienne, a la forme d’un livre
s’ouvrant en deu.x par le milieu. Il est
recouvert de cuir et possède un dos orné de
rinceaux dorés. Un titre apparaît»
quoiqu’un peu effacé, où l’on lit « Baurn /
Hochzeii )> (« noce paysanne »),
Ce bel étui — qui contient un exemplaire
complet du jeu de la Noce Bavaroise —
n*est peut-être qu’une production indivi¬
duelle» mais son titre est suffisamment
révélateur pour appuyer l’analyse que nous
donnons du jeu : il s’agit bien d’une fêle
« paysanne »>» reconstituée par de nobles
bavarois.
Paris, collection Guiard.
Tarots animaliers
Les tarots animaliers forment le groupe le plus homogène
et le plus nombreux parmi les jeux à enseignes françaises
de la fin du xviiL siècle et du début du Xix^» On peut ran¬
ger ces tarots en deux grandes catégories : l'une est mani¬
festement originaire de Bavière» Fautre a été produite
principalement dans les Pays-Bas méridionaux. Du pre¬
mier type on retiendra Faspect très « français » des têtes
qui» tout en se parant des armes de la Bavière, s’inspirent
nettement du portrait de Paris, déjà employé dans les car¬
tes ordinaires locales.
Les tarots animaliers bavarois présentent une grande
diversité dans leurs représentations de la faune terrestre.
Les tentatives faîtes pour y voir des illustrations de fables,
de comptines ou de mélodies populaires sont démenties
par bien des exemples de ces dernières. Il s’agit plus vrai¬
semblablement d’un bestiaire moralisateur où chaque ani¬
mal, suivant en cela une tradition très ancienne, incarne
un comportement humain : Féléphant évoque la sobriété,
le chien la foi aveugle, le lapin la prudence, etc. C’est là le
propos d’un jeu à enseignes allemandes que Conrad
Stappf édita à Augsbourg vers 1700 : un animal orne cha¬
que carte avec une sentence en latin et en allemand et,
dans le bas, quelques vers explicatifs’^ Ces animaux se
retrouvent à peine changés dans une des productions de
Gobi ainsi que sur le tarot anonyme fait pour la Russie
que nous présentons (cat. n° 72),
On ne sait si ces représentations d’animaux avaient
encore un sens à la fin du xvijp siècle. En tout cas, les
cartiers ne se sentirent pas liés à un modèle unique : Gobi
lui-même fit des tarots où les scènes animales reflètent
d’autres sources (cat. n® 71), Il est difficile de repérer la
moindre fixité, si ce n’est dans le n*^ XXI qui représente
invariablement un ours accompagné ou non de son
montreur.
On ne s’étonnera pas de retrouver ce même ours, seul,
sur Fatout XXI des tarots de type belge» Les cartiers des
Pays-Bas méridionaux s’inscrivent clairement dans la
lignée des leurs inspirateurs allemands. En revanche, ils
ont préféré traiter les têtes de leurs jeux dans un style anti-
quisant tout à fait original (cat. n^i 74 et 75).
Petit à petit les représentations animales se simplifiè¬
rent, perdant, de copie en copie» jusqu’à leur signification
originelle. Face à cette dégradation» certains cartiers réa¬
girent en introduisant des images plus « réalistes », plus
conformes à une vision scientifique du monde animal et
de son environnement {cat. n'* 77). Mais déjà la vogue des
tarots animaliers décline, dès le début du XIX^ siècle, pour
ne plus survivre, de nos jours» que sous la forme char¬
mante et désuète du Adfer-Cego de la Forêt Noire {cf. cal»
nos 7S et 111).
69
Tarol antmftikr à enseignes italiennes
Cari Gollicb Süss
Stuttgart, Allemagne, vers ISOO
26 cartes (sur 78). enseignes Ua tien ne;
gravure sur bois coloriée au pochoir
papier tn plusieurs couches
N1 X 63 mm
dû5 : marbrés bleus
marques :
ZtJ/mdeit bey / Car! Cotiieb Süss / m Smt-
güri (2 de Coupes}
C.C.S, (4 de Deniers)
L'intérêt de ces 26 cartes dont, hélas, il
ne subsiste que 25 points et un seul atout,
c’est de montrer que des tarots « mixtes »
assurèrent, en Allemagne» la transition
entre les jeux italiens et les jeux à enseignes
françaises, ou du moins qu’il y avait encore
au début du XIX^ siècle des joueurs suffi¬
samment attachés â leurs vieux tarots « à
rîtalienne ».
L’atout conservé, n^ XVIIII» montre un
animal (un renard ?), tandis que les cartes
de points emploient les enseignes italien¬
nes, ici traitées de façon un peu raide» Des
chiffres romains ont été ajoutés pour iden¬
tifier les valeurs»
Londres, British Muséum, Department of Prints
and Drawiijgs» Schreiber G. 292,
n" 1896-5-1-204,
BlbL : O’Donoghiic, ü. 292; Hoffmann» 37 et
S6 (n. 42),
92
I
70
Tarot ammali«T à cnj^cii^Eies italiennes
G*M.
Allemagne, début du xix- s.
78 cartes (complet), enseignes italiennes
gravure sur cuivre cotoriée au pochoir
papier en plusieurs couches
I OS X 70 mm
dos : marbrés bleui avec lachei jaunes
marques :
GM (2 de Coupes» 2 et 4 de Deniers).
Ce jeu anonyme a vrahemblablemem été
fait en Allemagne au tout début du xix* siè-
cie. Il est, comme le n* précédent, un jeu
mixte mélangeant enseignes italiennes et
atouts animaliers, avec des têtes roman¬
tiques.
On observera que les cartes numérales se
conforment à celles des Tarots de Besan¬
çon. L'esthétique générale est !a même que
celle du cat, n* 69, avec ses chiffres
romains sur les points et les mêmes dos
marbrés. Toutefois, Taiout XVIllî ne pré¬
sente pas le même sujet. Les animaux qui
ornent les atouts sont ici ceux des tarots
« bavarois » tel celui du mystérieux Bou-
cbaud (cat. n* 73) : même Excuse (mais ici
à doubie-lête)t même ours sur le XXI ou
même singe sur le Xll, rnaîs dans un style
plus réaliste. Les figures» en revanchCt
n'appartiennent à aucun « portrait »
connu ; elles sont à double-iête, dans un
style romantique bien caractéristiquCt avec»
comme cela est drusage fréquent en Alle¬
magne au xix^ siècle, leurs noms en fran¬
çais {« Vaieî »> « Dame <ï Roi » — les
cavaliers n'y ont pas droit !).
C’est ce qui nous fait dater ce jeu des
années IS20.
Londres, Eriiish Muséum» Department of Prints
and Diawings, Schreiber G. 295, n*
lS96-5-b552.
Bibt, . O'Donoghue» G. 295 ; Hoffmann, 37 et
86 (il. 42).
7i
Tarol animalier de Gobi
Andréas Benedicius Gobi (actif 1765-1792)
Munich, Allemagne, fin du xvtms.
78 cartes (complet), enseignes françaises
gravure sur cuivre coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches
108 X Si mm
dos I marbrés rouges
marques :
A/ii/reus / Benedict. / Gobi (Valet de Cœur)
Karfe» / Fabri' / carif (Valet de Carreau)
timbre gras sur As de Pique» As de Trèfle et 7
de Pique
nomenclature IPCS : FT'I (var)
Andréas Benedictus Gobi a fabriqué de
93
nombreux tarots : on connaît de lui au
moins deux modèles distincts avec atouts
animaliers, celui-ci étant le plus finement
gravé. Les animaux qui ont été choisis cor¬
respondent peut-être à des sujets moralisa¬
teurs» mais on ne connaît pas les sources de
notre graveur* Les mêmes illustrations se
retrouvent sur d'autres jeux, plus ou moins
bien reproduites et à des places différentes*
On notera qu'un arbre est systématique¬
ment représenté sur chaque atout,
Les têtes, en revanche, sont caTaciéristi"
ques du « portrait de Paris bavarois » déjà
rencontré dans le jeu de la Noce Bavaroise
(cat, n® 67) dû au même cartier et que Ton
retrouve ensuite dans d'autres productions.
Le roi de Carreau avec son turban va deve¬
nir en quelque sorte une marque distinc¬
tive, repérable dans de nombreux jeux de
tarots ou de cartes ordinaires* Mais ici les
symboles de la Bavière, si fortement pré¬
sents dans le jeu de la Noce Bavaroise et
que d'autres fabricants ont fidèlement
reproduits n’apparaissent pas : ni Mürich-
ner Kindl^ ni Lion de Bavière. Le portrait
est moins lourd et plus affiné que ses
successeurs.
Lein felden-Ëchterdingen» Dcutsches
Spielkarten-Museum, B 749.
BibL : Bielefeld 67. n" 1-22; Keller, GER 46;
Leinfelden S4, n* 1.
72
Tarot animalier fait pour la Russie
Allemagne (?>, fin du xvin* 5,
7S cartes (complet), enseignes françaises
gravure sur bois coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches
1 lüx SS ram
dos 1 motifs géométriques en pointillés bleus
timbres gras de l'Orphelinai Impérial de Russie
(As de Carreau)
nomenclature IPCS : FT-l
Le plus surprenant dans ce tarot anima¬
lier de type classique est le timbre gras « au
pélican » qui est apposé sur l'as de Car¬
reau ! c'est le cachet fiscal de l'Orphelinat
Impérial de Russie, vraisemblablement ins¬
titué sous Catherine II. Nous tenons là la
preuve que le jeu de tarot a été connu
jusqu'en Russie ! Quant à l'origine de ce
jeu elle n'est guère décelable, car le cartou¬
che du valet de Trèfle, où figure habituelle¬
ment le nom du cartier, est vide.
Nous reconnaissons dans ces cartes un
« portrait » utilisé par de nombreux car-
tiers allemands» notamment Gobi» qui en
produisit un avec les mêmes animaux sur
les atouts (Bielefeld 67, à 44) ; c'est
le modèle avec montreur d'ours sur l'atout
94
73
XXI, directement transposé des cartes à
enseignes allemandes que Conrad Stappf
grava vers 1700. On y reconnaît le même
chien de chasse (atout V et « Daus » de
Cœur), le cerf ei la biche (atout XI et Valet
de Grelots)î réléphant de l^atout XIII, le
chien et le bouc du n* XV et les chevaux
empanachés du n® XVHI sont autant
d'emprunts au jeu de Stappr
Georges Marteau avait acheté ce tarot à
un officier russe, îe Colonel Swkoff.
Paris, B.N., Estampes, Kh 167 rés. n" 650-653.
73
Tarot animalier de V. Botichaud
F. Bouchaud
Suisse ou Belgique (7), fin du xviie^ s.
7Ê canes (complet), enseignes françaises
gravure sur cuivre coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches
111 X 60 mm
dos ; astérisques et points formant quadrillage
marques :
F. BOVCHA VD (Valet de Trèfle)
F. (lame de hallebarde du V'^alet de Trérie ; et
atout î)
nomenclature IPCS : FT-I
Avouons tout de suite que le fabricant de
ce jeu, F. Bouchaud, nous est totalement
inconnu. On a peine à croire, avec Georges
Marteau, qui T eut en sa possession, que ce
tarot soit de « fabrication! lyonnaise ». En
effet, il ne semble pas que l'on ait jamais
fait de tarot animalier en France — si ce
n’^esl en Alsace. Force nous est de consta¬
ter, en outre, qu’aucun cartier du nom de
Bouchaud n'a été recensé à ce jour.
Nous sommes en présence d'un tarot ani¬
malier de type alleimand, td que Gobi, en
Bavière, et de nombreux autres fabricants
en ont fait : les têtes sont celles du jeu de la
Noce Bavaroise (cat. n“ 67) avec Münch-
nèf Kind'itx Lion de Bavière. Les cavaliers
“ qui ne peuvent avoir été empruntés au
portrait de Paris — montrent assez nette¬
ment ici l'intention « mondialiste >> qui a
présidé à leur création : le cavalier de Car¬
reau est « chinois », celui de Cceur
« turc », ceux de Trèfle et de Pique parais¬
sent plus européens.
Les animaux des atouts correspondent à
une des rares séries à peu près fixées avec
un dromadaire sur le tV, une licorne sur le
VIII ou un ours (sans montreur) sur le
XXL
Le style assez grossier du tout, la facture
générale et le dessin des dos font penser à
une production de la fin du xvill* siècle.
Risquons une hypothèse : pourquoi Bou-
chaud ne serait-il pas suisse? Claude
Rochias, à Neuchâtel, et Leonzi Schaer, à
Mümliswil, ont fait des jeux en tous points
identiques à la fin du xvin* siècle (Zürich
78, 157 et 158). A moins qu^il ne fût
belge : un cartier liégeois, JJ. Dubois
fabriquait le même type de jeu au xviit^ siè¬
cle aussi.
Paris, B.N., Estampes, Kh t67 rés. n® 136-138.
74
Tarot aniittalier Belge
T, Servaes
Bruxelles, « France », vers 1800
78 cartes (complet),, enseignes françaises
gravure sur bois coEoriée au pochoir
papier en plusieurs couches
113 X 60 mm
dos : he?ïagones as^ec soleils
marques :
FRANCF// F SERVAES/A BRUXELLES
(Valet de Cœur)
T. SERVAES / FRANCE (atouts et figures)
nOiriencEature IPCS i FT-LI
C'est un autre type de tarot animalier
que représente ce jeu de Servaes, à
Bruxelles. Les artimaux sont dans la tradi¬
tion illustrée par Ees exemples précédents
(notammern cat. n* 73) ; l'ours de l'aiom
XXI est seul avec un bâton, le n® XX mon¬
tre une chèvre et le n® XII un singe. Même
terrible lion sur Taiput X, même licorne sur
le VIII, même dromadaire sur le IV. Cer¬
taines représentations som inversées.
En revanche, les têtes sont d’un style
tout à fait distinct. Les rois et les dames
sont traités sous forme de divinités classi¬
ques, vêtus de toges et chaussés de Spartia¬
tes. Cavaliers et valets portent des costu¬
mes militaires d’époque Louis XV, C’est
généralement le valet de Cœur qui porte
l'identification du cartier : celui-ci n’y
manque pas. Plus curieuse est l'insistance
mise par Servaes à répéter sur chaque
figure et sur chaque atout la mention
w FRANCE » ; soumission ou propa¬
gande ? On ne sait î mais voilà qui date bien
notre jeu. En effet, les Pays-Bas méridio¬
naux furent annexés à la République Fran¬
çaise en 1795. Bruxelles forma ainsi le
Département de la Dyle, L'occupation
française n'a cessé qu'en 1815, mais il esi
probable qu'à partir de 1804, notre fabri¬
cant aurait mentionné Empire
Français >î.
Ce type de jeu est plutôt l’apanage des
cartiers belges ou luxembourgeois, mais on
en trouve des exemples danois. Ce modèle
fut perpétué Jusqu'à la fin du xix« siècle
(voir n* suivant).
Paris, B.N.. Estampes, Kh 167 rés. n* J%-I99.
BibL : Allemagne, II, 461-462.
95
75
Tari>ï animalier de Qaveluy
Daveluy
BruaeSt Belgique^ entre 1850 et 1870
78 cartes {cûinplct)^ enseignes rran^'aises
C h romolilbOgraphie
papier en plusieurs couches
U4x 60 mm
dos : tarotage écossais bleu et orange
marque :
Caries du Tarot / Fabrit^ue DAVELUY /
BEUGES (Valet de Cœur)
étui carton couleur pistache avec étiquette colEée
nomenclature IPCS : FT-1,1
Ce tarot n’est que la version xix^ siéde
du modèle précédent. Les atouts sont
imprimés en bleu et le procédé de ta chro¬
molithographie a permis de leur donner un
dessin plus ftn (mais pas plus réaliste 1).
Rots et dames ont conservé leurs drapés et
le cavalier de Cœur a gagné un pistolet. Le
traitement est moins rustique que celui de
ses prédécesseurs,
Daveluy était un Cartier de Bruges dont
l’affaire fut reprise vers IS70 par Gueûns-
Seaux qui continua quelques temps d’éditer
ce jeu. Ce tarot peut donc être daté d’avant
1&7Û. 11 a conserve son étui> dont l’éti¬
quette proclame : « Anciennes et véritaNes
caries du Jeu du tarot / Fabrique de Dave-
iuy / Bruges »,
Paris» collection Guiard.
Btbf. : O’Donoghtien FL 1 ; Fournier 82, 248
(n* 20).
76
Tarot animalier Lemmets/Dorff
Vvç C.G. Lemmels et E.F. Dorff
Nord de l’AElemagne (?), fin du xvij]' s.
77 cartes (sur 78)^ enseignes françaises
gravure sur cuivre coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches
107 y 53 mm
dos : losanges avec soleils
marques :
C.C. LEMMELS . kViTlVE (Valet de Trèfle)
ErF, DOFFF (roi de Carreau)
timbre gras au cheval sur As de Cœur et Roi de
Cœur (Basse-Saxe?)
nomenclature IPCS : FT-i
Ce jeu^ qui provient peut-être du Nord
de l’Allemagne, est représentatif de l’inspi¬
ration des cartiers pour illustrer leurs
atouts animaliers. On retrouve, en effet, ici
les représentations déjà observées dans les
autres productions de la même époque (cat.
n°^71 à 73), mais dans dés emplacements
différents t on comparera ainsi le lion du
n^ XIV avec celui du n® X du tarot
anonyme fait pour la Russie (cat. n® 72) ou
encore la chèvre n* XllI du jeu de Gdbt
(cal, n.® 71) avec celle de notre jeu (atout
n° HI). L’image du cerf (n® 11) se retrouve
en deux endroits du jeu de Gôbl et Toiseau
piquant sous k regard de ce qui doit être un
loup (?), sur l’atout n® IV, paraît proche
du n® ill de Gobi. La majorité des ani-
mau.x se retrouve néanmoins dans le tarot
fait pour la Russie (cat. n® 72) et dans celui
de Bouchaud (cat. n® 73). Ces deux der¬
niers partagent avec notre jeu la représen-
tation — très Fréquente —, sur
Tatout XXI, d’un ours, parfois avec mon¬
treur (tarot « russe »), parfois seul (Bou-
chaud). On suppose, à voir le ventre formi¬
dable de ce dernier, qu’il a dévoré son com¬
pagnon : de fait, le jeu de Lemmels/Dorff
le montre incontestablement luttant..,
Paris, B.N., Estampes, Kh 167 rés. n® (39-140.
BibL : Üielefeld 67, ei® 291; Keîlcr, GER 42;
Leinfcldcii 84, n* 11.
77
Tarol aniittalier de Joseph Feischcr
Joseph Feischer
Munich, Allemagne, début du x]x* s.
78 çarLCS (complet), enseignes frantaiâcs
gravure sur cuivre coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches
no y 61 mm
dos ' motifs floraux bleus
marque ;
Joseph Fefschûr/A'arten : Fabri ^VcarU in
Müneben/irr der Burggaien (atout II)
/./■'. (bluteau du Valet de Cœur)
timbre gras sur le dos du 2 de Pique : DEUT-
SCfiES FEICH/FUNFZIC PF//^^ 51
nomenclature IPCS 3 FT-1.2 (var,)
Voilà un tarot animalier difficile à clas¬
ser ’ Qn ne sait ce qu’il fanl admirer le plus
de la délicatesse de la gravure et des cou¬
leurs, de l’invention des scènes où se mêlent
humains, animaux et monstres fabuleux,
ou du raffinement de rencadremenî. Le
96
I
76
doublenieni dç^ itnages, le style graphique
— notamment le dessin des têtes — ne per¬
mettent pas de dater ce jeu d’avant 1810.
Les dames, les cavaliers et les valets sont
directement inspirés des figures « bavaroi*
ses ï>déjà rencontrées (cf. cat, 7| à 73).
Le valet de Cœur porte même les armes de
Bavière, avec Münchner Kind'i discrète¬
ment placées dans son bluteau avec les ini¬
tiales du Cartier w LF, » En revanche, les
rois, notamment ceux de Pique, Trèfle et
Cœur, ont une raideur qui annonce leur
évolution vers un portrait plus romantique.
Aux couleurs près, ces tètes sont étonnam¬
ment proches de celles du tarot à sujets chi¬
nois de Lefer (cat. n® 81), On comparera
ainsi les figures suivantes :
Fetschçr iefertn^Sl)
Roi de Carreau
Cavalier de Carreau
Valet de Carreau
Roi de Trèfle
Dame de Trèfle
Cavalier de Trèfle
Roi de Pique
Cavalier de Pique
Valet de Pique
Roi de Cccur
Dame de Cœur
Cavalier de Cœur
Roi de Cœur
Cavalier de Cœur
Valet de Cœur
Dame de Pique
Roi de Carreau
Cavalier de Carreau
Valet de Carreau
Dame de Carreau
Paris, B.N., Estampes, Kh 167 réâ, 202-204,
78
Tarot jinimalkr doublcdètc
Hcrmaiin Berend Zimmcrinaim
Lübeck, Allemagne, milieu du xix-^s.
7S canes (complet}, enseignes françaises
gravure sur bois coloriée au pochoir
papier en plusieurs çoucheA
114 X 59 mm
dos : lignes arrondies en pointillés
élut d’origine, carton bleu
Ce jeu illustre bien la décadence subie
par les tarots animaliers au siècle : la
grossièreté des bois est patente autant que
rétrangeiê totale des animaux. C'est à
peine si l’on peut reconnaître les têtes issues
des jeux bavarois. Les atouts présentent
cette particularité de montrer, d'un côté
ranimai sous sa forme terrestre et, de
l'autre, une forme « marine » où le bas du
corps est celui d'un poisson. Le tarot de
Fetscher (cat. n® 77) illustre le même genre
de monstre mi-mammifère ms-poisson sur
l'atout n* IX.
Il existe une variante très proche de ce
Jeu, avec des chiffres arabes un peu diffé¬
rents et un traitement un peu plus « pro-
97
■
pre » (Kelkr, GER 609; Dummett, xvii-
XVIII et pl. n® 35), Ce qui paraît le plus pro¬
bable c"est que ce tarot n^est que la version
abâtardie d*un tarot animalier plus ancien
où les animaux sont représentés en deux
attitudes différentes (exemple dans Kaplan,
304) : de la baleine du n® 2 au coq du n"^ 21
en passant par le cygne du n® 9, ils y sont
tous, à Texception d'un rhinocéros devenu
dans notre jeu... une licorne (n® lÛ) et de
quelques autres variations de détaih Cest
de ce même jeu à représentations doublées
(mais sans formes monstrueuses) qu’est
issu le moderne Adier-Cego (cf. cat.
n® lll), ultime rejeton des tarots
animaliers.
Lei nfetden-Echierdingeîi, Dent sches
Spielkarten-N'fiiseum, B 1246,
Bibi : Bielefeld 67. n® 297; Kdlcr, OÊR 609;
Dummett, pl. 35 ; Leinfdden S4, n® 22.
Tarots à scènes diverses
En réalité, si Ton perçoit un semblant de « portrait »
commun, les tarots à enseignes françaises sont d'une
grande fantaisie : tout au long des XVIÜ' et XlX' siècles,
les cartîers firent assaut d'invention, non sans parfois
s'inspirer les uns des autres* Aussi ne doit-on pas être sur¬
pris de voir se répandre tel thème « turc » ou « chinois »*
Face à une production essentiellement germanique, la
France fait figure d'absente. Pourtant* Lefer, carder à
Paris au tout début du xix^ siècle, produisit deux super¬
bes tarots à enseignes françaises. Pour quel usage? Nous
l'ignorons. En effet, on ne jouait plus au tarot à Paris
depuis plus d'un siècle et, de surcroît, seuls les tarots à
enseignes italiennes avaient cours parmi les joueurs, dans
la partie Est de la France,
79
Tarol militaire de Haupold
Andréas Kaupold
Nüremberg, Allemagne, vers ISOO
78 cartes (compicT), enseignes françaises
gravure sur cuivre coloriée au pochoir
papier en plusieurs coucher
107x61 mm
dos ; motifs géométriques alternés
marque :
Verfertigi / von / Andréas / Hùkpûîd / in /
biürnberg (valei de Cœur)
Les atouts de ce tarot allemand illustrent
les différents aspects de la guerre moderne
telle que la Prusse de Frédéric 11 les avait
développés : remise de décoration
(atout [), bivouacs (n"^® IV, V, VI et X),
garde (Vil), élaboration d'un plan d’atta¬
que {VIII et IX), musique militaire (1, IIJ,
XIJ XIII et XÎV), jusqu’à Tassaut final
(XV à XXI). Cette série d'images s'or*ga-
nise d'ailleurs selon une progression rigou¬
reuse qui évoque toutes les phases de la
prise d'une ville : les atouts I à lll « baîtem
le rappel », de tV à V[ le camp s'installe
pendant que les chefs délibèrent (n® VII à
IX). Puis c’est la parade pour galvaniser les
troupes (atouts XI et XÏI) : on voit là
renseignement de Frédéric II, inventeur de
« Tordre serré » ; et enfin les différentes
étapes de l'engagement décisif : musique
militaire en tête (XIII et XIV), précédée par
un tir nourri (XV), la cavalerie charge
(XVI) pendant que tonne le canon (XVII).
98
I
Enfin, rinfanierie s’ébranle (XVIll et
XIX). Comme par un effet de caméra, un
plan général nous permet de voir la pro¬
gression (XX) de l'assaut : le sourire de
contentement du commandant en chef ne
laisse aucun doute sur l'issue de cette
bataille (n* XXI).
Les têtes sont caractéristiques de la mode
vestimentaire des dernières années du
xvifi^ siècle.
Andréas Haupold (ou Eiaubotd) est né à
Nuremberg en 1753 d'un père également
fabricant de cartes. Reçu maître dans cette
ville en 1781, il a eu une carrière fort lon¬
gue puisque il s’est éteint en 1S34. à l'âge
de 81 ans (correspondance des Archives
Municipales de Nuremberg, 8.03.84). Le
Deutsches Spielkarten-Museum de Leinfel-
den possède une série complète des 21
atouts de ce jeu peu courant (B 1563)^
Ziinçh, collection KüinpeL
BibL : Keller, GER 621 : Leinfdden 84. n^ 37.
80
Grand Tarot Allemand une tête »
A. Lefer (cqnnu de 179€ à 1808)
Paris, tout début du xix' s
42 cartes (sur 78), enseignes françaises
gravure sur cuivre coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches
105 X 56 mm
dos : invisible (cartes collées)
signatures 1
LEFER / fabricant / / Cart^i^ / A FA (sur
Cav. de Pique)
monogramme A.L. sur les écussons des Cav,
de Trèfle et de Carreau
Lefer est un earticr parisien mal connu
qui fut assez actif sous la Révolution
(D’Allemagne, [, 130 et 136 montre un jeu
édité en TAn l). Il apparaît danï un tableau
de la production canîère parisienne de 1790
(D'Allemagne, lï, 96), avec une quantité
plutôt moyenne (ses collègues importants
font le double). Cette annèe-là Lefer n’a
fabriqué aucun tarot ; pourtant deux car-
tiers en font, à vrai dire assez confîdentiet-
lement, puisque l’un en a dédaré 51 et
Tautre 168.,.
Quelles étaient les enseignes de ces tarots
parisiens, on peut se le demander. On
attendrait, bien sûr, des enseignes italien¬
nes, car il ne semble pas que les joueurs
aient beaucoup changé leurs goûts i en
1880 elles étaient encore en usage en Alsace
et en Franche-Comté. Aussi sommes-nous
surpris de trouver des tarots à enseignes
françaises dans la production de ce Cartier
parisien (voir aussi cat. n® 81).
99
I
Sacrifiant à la mode des 4 couleurs asso¬
ciées aux « 4 parties du monde »» le gra¬
veur a ici représemè les Piques sous les
traits d"« Incas »» les Trèfles sous ceux de
Chinois^ tandis que les Cœurs sont des
Musulmans et ks carreaux des Européens.
Les atouts, quant à eux, montrent des
médaillons avec les portraits des empereurs
romains des deux premières dynasties,
julio-daudietine et flavîenne. On parcourt
ainsi la série qui va de César (n* II) à
Domitien XVl)^ sans oublier les fem¬
mes (Agrippine, n® VTI ; Domitille,
n* XX). L^atout XXI représente un singe
observant la Lune avec une lo'ngue-vue,
tandis que le n® I est une sorte de nain
frappé d’un N (pour NuII?).
Tout ceci, en réalité, a été fidèlement
copié par Lefer sur un modèle allemand,
celui que Weisenhaus, à Mannheim, pro¬
duisait â la fin du XVI[î® siècle (un exern-
plaire au Deutsches Spielkarten-Miiseum,
inv. n* A 377 ; reproductions dans Alber-
tina 74, n" 144),
Le jeu de Rouen, que D'Allemagne avait
vu et décrit, était complet autrefois, mais
seules les cartes « intéressantes » ont été
conservées,
Rouen, Bibliothèque Municipale, Lcbcr 1351
XLIL
Bik!. : D’Atlemagne. I. 197; Leinfelden 84,
n’ 26.
81
« Grand Tarot Alkinanct deux tètes »
A, Lefer
Paris, début du XiX* s.
42 cartes (sur 78), enseignes françaises
gravure sur cuivre coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches
lÛ2x55 mm
dos : invisible (cartes collées)
signatures i
Lefer / Faimcani //à / Paris (bluicatix du
Valci de Trèfle et du Valet de Carreau)
Avec k tarot à sujets « chinois » de la
Collection Leber nous nous trouvons en
présence d’un deuxième jeu à enseignes
françaises du Cartier parisien A. Lefer (voir
aussi cat. n^ SO). L'aspect très particulier
des figures d'atouts avec, sur un côté, un
monstre marin et, sur 3'autre, une scène
« chinoise » nkst pas sans évoquer l'esthé¬
tique décorative rococo du xvtip siècle. Les
tètes, quant à elles, sont empruntées au
portrait de Paris de style allemand tel
qu*on en trouve des exemples dans Jes jeux
ordinaires de la fin du xvnt* siècle en Alle¬
magne (voir Albertina 74, n^^^ 76 et 78).
Naturellement, les cavaliers ont une autre
Origine. On comparera aussi ces figures
avec celles des tarots animaliers n® 72, 73
et 77 de notre catalogue, figures puisées
aux mêmes sources, les couleurs étant
cependant permutées. Significatifs à cet
égard som ks valets : grosso modo, les
valets rouges du jeu de Lefer correspon¬
dent aux valets noirs du jeu de Gobi (n* 69)
et inversement. La représentation du Roi
de Pique, avec son turban et son curieux
sceptre au croissant est caractéristique :
elle n’appartient qu'aux cartes d'Outre^
Rhin. Nous ne serions pas étonnés de
découvrir quelque part un modèle alle¬
mand antérieur que Lefer aurait copié,
comme il a copié le jeu à médaillons anti¬
ques de Weisenhaus (voir cal. n^ 80).
De semblables sujets chinois ont d'ail¬
leurs été utilisés plusieurs fois par des car-
tiers allemands et autrichiens au cours du
XIX* siècle (voir, par exemple, Albertina 74,
n® 145; Kaplan, 307; Berlin 82, n® 33). A
défaut d'avoir pu retrouver le modèle de ce
jeu, on en connaît la copie : celle que le
Cartier parisien Lequari édita à la fin du
xix^ siècle (avec des chiffres arabes), avant
de céder sûn affaire à Grimaud, dans le
catalogue duquel notre jeu apparaît, identi¬
que, sous rappellation « Ancien tarot alle¬
mand » (cf. cat. n® 120).
Mais c'est en Autriche que Je jeu édité
par Lefer semble avoir eu la descendance la
plus riche : ces atouts exotiques, ces têtes
dérivées du « portrait de Paris » allemand,
ce 1 d'atout avec Arlequin dansant et sa
harpe et Colombiiie avec son tambourin, ce
Fou avec son costume à carreaux et ce
curieux chapeau sur lequel danse un
modèle réduit du personnage, tout cela se
retrouve sans modification majeure dans
les tarots « Industrie und Gluck » qui for¬
ment le portrait autrichien courant encore
aujourd’hui (voir cat. n°® 98 â 102). Il
existe d’ailleurs au Muséum fur Deutsche
Volkskunde de Berlin, un jeu à sujets chi¬
nois, daté vers 1820, qui possède k même
atout l et des têtes très proches de celles du
tarot de Lefer ; on trouve déjà sur l'atout
l’aigle impérial, sans devise toutefois (Ber¬
lin 82, n® 33),
Risquons une hypothèse ; un tarot à
atouts chinois et têtes dérivées des figures
bavaroises (avec des cavaliers originaux)
s'est créé vers 1800, déjà à double-figure.
Le Cartier parisien Lefer k copie quelques
années plus tard. D'autres fabricants, ger¬
maniques, en font autant, prenant quel¬
ques liberréSt notamment avec ks dames,
désormais traitées dans un style plus
romantique. La devise « Ifîdustrie und
Giück » et l’aigle impérial apparaissent, en
Autriche, sur l'atout II. Assez rapidement
les scènes chinoi.ses laissent la place à des
sujets de moins en moins exotiques pour
aboutir aux peuples de l’Empire Austro-
hongrois. Mais ceci est une autre histoire
que nous vous racontons un peu plus loin.
(Fac-similé : Grimaud, 1984.)
Rouen, Bibliothèque Münidpale, Lçber 1351
XLI.
82
Ta roi des costumes Napolitains
Sax-Weirnarn phvîlegierte Kanenfabricant
Weimar, Allemagne, début du Xix*s.
53 cartes (sur 78), enseignes françaises
gravure sur cuivre coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches
108x57 mm
dos : quadrillage d'étoiles rouges
nriarque t
SAX- / WEÎMAR U : / EJSENACM ■ / PPf-
VILEC KA R TEN / f ASPIC (roi de Trèfle)
Ce jeu, qui était inédit à ce jour, montre
sur ses atouts des costumes typiques de la
région Napolitaine et de la Campanie. Des
chevriers (atouts 1 et XlX), des paysannes,
des pêcheurs (n®^ xvi à XVIU) et même
des mangeurs de spaghetti (atout XXI)
ornent ses cartes qui reflètent k goût très
romantique des voyages vers « l'Orient »
(voir aussi cat. n® 83). 11 s’agit néanmoins
ici d'une exécution assez sommaire et |>eu
en rapport avec la délicatesse du n®
suivant,
Leinfelden-Echlerdingen, Deutsches
Spiclkarien-Muséum, A 276.
Bibi, : Ldnretden S4, ti* 56.
83
Tarui des costumes Turcs
Industrie Comptoir
graveur : Heinrich Müilcr (connu 1738-1819)
Lüipzig, Allemagne, vers 1310
78 cartes (complet), enseignes françaises
lithographie à la plume coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches
I lOx 59 mm
dos : réseau alvéolé bleu
signaiure ;
Miilier (sur Vaki de Trètle et Cavalier de
Pique)
Eîmbrf gras du Royaume de Saxe « h^fPOST. »
sur As de Trèfle. As de Pique ei 7 de Pique
Ce sont tous ks peuples de TEmpire
Ottoman, dans leurs costumes nationaux,
que ce tarot nous donne à admirer. C'est
l'époque des dernières splendeurs, avant
que l'unité de l'Empire ne s'effondre sous
ks coups de boutoir des luttes de libération
KM)
I
nationale : la Grèce en 182 U l'Albanie â\\
ans après, T Égypte en révolte permaneme
depuis 1832.
Erwin Kohlmann (cf, Francfort 72) a
retrouvé Torigine de ces images* C'est un
ouvrage anglais, The Costume of Tutkey,
paru à Londres en 1802 et orné de 60 eaux-
fortes coloriées, gravées par William
Alexander, qui inspira Heinrich MüMer
pour Tillustration des cartes. Celles-ci ont
été parfois inversées. Seules 32 gravures
ont été reproduites formant ainsi la série
des 21 atouts, sans l'Excuse, et la majeure
partie des figures, à l'exception du roi de
Pique et des 4 cavaliers qui semblent être
des créations originales du graveur.
Celui-ci, de son nom Heinrich Muller,
est connu à Leipzig comnte aqua-foniste
entre 1788 et 1819. On sait, par ailleurs,
que la fabrique « Industrie Comptoir » y
fut active entre 1809 et 1838. La date la
plus vraisemblable d'exécution de ce jeu
doit donc se situer vers 1810.
L'exemplaire du Historisches Muséum
de Francfort possède son étui, sur lequel on
peut lire : Exira-Feine TAROK-KARTE
mit {ürkfschefî Naiiofiattruchten. Leipzig
îm îndusîrte Conimir.
Paris, B.N., Estampes, Kh 381 rès. n* 85.
BibL ; VVklIshire, G. 272; Hargrave, 134 ce 135;
BN 66, n* 424; Biclefeld 67, ii«98-l 19 ; Franc-
for! 72, n* lt^: Hoffmann, 73 et 61b;
Kaplan, 300; Kelïer, GER 623 et 624 ; Berlin 32,
n® 37; Ldnfelden 34, 55.
84
Tarol « ethnologique »
Joseph Fetschcr
Munich, Allemagne, début du
3Ü cartes (sur 7&), enseignes françaises
gravure sur cuivre coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches
105 X 59 mm
dos : motif labyrinthique bleu
marque ;
Joseph Fetseftef / Bùrgf : Karfen //ûbricmt /
Aliinchein in / àer / Bürggasen (atout II)
Si le folklore est un thème parfois
exploité par les cartîers, cela est souvent dû
au goût des voyages vers l'OrieEt: qui a tant
fait rêver les Romantiques. Ici c'est une
invitation à parcourir des contrées encore
plus exotiques qui est offerte. Les scènes
sont véritablement « ethnologiques » en ce
sens qu'elles dépeignent des indigènes dans
leur milieu « naturel », entourés des attri¬
buts et des objets ou paysages qui sont sen¬
sés les caractériser. Ainsi les Aztèques sont
représentés par une pyramide en l’honneur
du dieu VitziipuîzH alors qu'un habitant de
101
I
Vfnsel Congo lui fait face (atout XXÏ).
L’atout IX évoque Bornéo fPorneoner), le
XV les Mahrates iMarül) du Maharashtra,
le XVU nous montre un mandarin chinois
et le XIX un marocain (Marocuner}. On ne
possède pas hélas les autres atouts,
L'Excuse est un « sauvage » vêtu d*une
peau de bête et portant une massue. Il va
vers la gauche. L'atout n" U porte les
armes de Bavière et l'inscription qui permet
de connaître son fabricant.
Paris, B.N.. Estampes, Kh 167 rés. 40S’409.
Bibt.: Bielefeld 67, i5« 76-97; Leinfelden S4,
n'" 54.
85
Tarot du « Freischütz »
Francfort ? P Altetnagne, IS24
78 caries (complet), enseignes françaises
gravure sur cuivre ou sur acier coloriée au
pochoir.
papier en plusieurs couches
107 X 62 mm
dos : éioitcs et volutes en pointillés bleus
signature :
Woif Jec. ÎS24 (sur atout XXI)
L'opéra de Cari Maria von Weber, Der
Freischütz, eut un succès retentissant dés sa
création en 1S21. Aussi ne faut-il pas
s’étonner de trouver un jeu de tarot qui lui
est dédié. On connaît aussi un jeu normal,
édité par Industrie Comptoir, à Leipzig,
vers 1830, où les tètes sont les personnages
de l'œuvre de Weber.
Ici ce sont les atouts qui nous racontent
avec un grand luxe de détails précis, mais
microscopiques, les péripéties de l’action
telles que les décrit le livret. Du moins pour
ce qui est des atouts X à XXL On y recon¬
naît, en effet, la fête du début (atouts X à
XH), le dialogue d’Agathe et Annette
(n'^ XllI ei XIV — acte 11, sc. 1-3), la
scène de la Gorge du Loup (n^^® XV et XVI
— acte II, SC. 4”6), la préparation du
mariage XVÏII et XIX “ acte llï, sc.
2-5), ainsi que l’épisode final où Max met
en joue Kàspar caché dans l'arbre (atout
XX — acte 11, SC, 6) et le dénouement
(atout XXI) avec l’agonie de Kaspar aux
pieds de Samiel. C'est à cet endroîi précis
que le dessinateur a choisi de signer « Woif
fec. ÎS24 ».
Les atouts I à IX sont plus troublants :
eux aussi reproduisent l'espace d'une
scène, notamment les n^^^ 11 à VII, mais on
ignore de quelle œuvre. Peut-être
pourrait-il s’agir d’un préambule, éliminé
depuis, du Freischüiz. On sait, en effet,
que le librettiste, Friedrich Kind, avait fait
85
une oeuvre trop longue, que Weber lui-
même avait dû écourter. Mais dans ce cas
qui sont les personnages de l'atout I ?
Les figures, quant à elles, ne sont pas
liées à l’opéra de W'eber. Leur style, assez
classique, se retrouve aussi dans des jeux
normaux et les apparente aux rois et aux
valets supérieurs fOber) du portraii de
W^uriemberg. Cette parenté est partagée
avec ks têtes de notre « Tarot de Franc¬
fort » (cat. n® 103) ce qui nous fait penser
à une origine probable dans cette ville. La
Bibliothèque Nationale possède 2 autres
exemplaires de ce jeu, l'un complet (Estam¬
pes, Kh 383 271), l’autre incomplet
(Estampes, Kh mat.).
Une autre édition de ce tarot existe, avec
des chiffres arabes. Elle est nécessairement
antérieure à 1854 puisque Paul Boiteau
d’Ambly (Les canes à Jouer eî (a carnmîGfj-
ae, Paris, 1854) en illustre le n* XXI
(p. 16), sans d’ailleurs en comprendre le
sens. Deux exemplaires de cette édition —
qui paraît bien être postérieure à la nôtre —
se trouvent dans la Collection Cary de Yale
(Keller, GER 611). Un autre est conservé
au Département des Estampes (B.N., Est.,
Kh 34 b).
Paris, B.N., Estampes, Kh mat. rés,
BihL : BN 66, n“ 425 ; Leinfdden S4, n* 31.
S6
Tarot « Guillaume Tell »
Industrie Comptoir (actif 1809-1838)
Leipzig, Allemagne, première moitié du xix^ s.
77 cartes (sur 78), ertseigncâ françaises
gravure sur cuivre coloriée à la main et au
pochoir.
papier en plusieurs couches
107 X 59 mm
dos ; damier bleu et blanc
marques :
Leipzig int fnàusïrie-Compwir (Valet de
Carreau)
timbres gras du Royaume de Saxe « ÏMPOST >>
sur As de Pique, As de Trèfle, et 7 de Pique
éiui carton, vert avec ruban et vignette : Extra
feine / TAROK-KARTE / ffiil / Theater-
Trachten / vorzügiich am / WÜheim Teif /
Leipzig / int / Industrie-Comptoir
C'est au succès de la pièce de Friedrich
102
I
1
86
Schiller Guiflaume Ted (Wilheîm Te///,
créée en 1804, que l*on doit ce beau larot
de la fabrique Industrie Comptoir de Leip¬
zig. L’étuij heureusement conservé^ ne
laisse aucun doute à ce sujet. Il est, hélas^
difficile d’^identifier les personnages repré¬
sentés sur les atouts qui, en-dehors de Guil¬
laume Tell luî-mênie (atout I) forment la
masse des habitants ’ des cantons de
Schwyz, Uri et Unterwalden qui peuplent
ta pièce. Les têtes sont, semble-t-iL sans
rapport avec Poeuvre de Schiller.
Paris, Musée National des Arts et Traditions
Populaires, 70.141.252 et 70.141.276.
BtbL : Ô’Dünoghue, G. 128; Keller, GER 625.
30J
I
Le jeu dans tous ses états
le tarot aujourd’hui
Il est temps de dresser un bilan de la pratique du jeu*
Le minchiate florentin, à 97 caries, a disparu depuis le début de notre siècle* Si
Ton a peu parlé du tarot bolonais c’est que, du xvi*^ siècle à nos jours, son icono¬
graphie et sa pratique n’ont guère varié* Les jeux modernes, toujours à 62 cartes,
ne diffèrent en rien du modèle représenté au xviif siècle (cat. n° 26), si ce n’est
réiimination des papi au profit de « maures » et de « satrapes ».
On a vu que le tarot « pïémontais » assurait encore aujourd’hui la présence du
jeu à 78 cartes tant en Lombardie qu’en Piémont* C’est là, d’ailleurs, le jeu le plus
produit en Italie à l’heure actuelle*
Quant au tarot sicilien, isolé, il survit en deux points de Tîle : dans l’un on
continue d’utiliser un modèle caractéristique, dans l’autre on se contente de
réduire un tarot « piémontais » en le privant de quelques petites cartes*
A côté de Textrême atomisation de la pratique italienne, dont on ne peut dire
qu’elle soit florissante, l’Autriche semble aujourd’hui avec la France une des ter¬
res d’élection du tarot*
Ici, comme dans tous les pays de langue allemande, on a réduit le jeu à 54 car¬
tes en supprimant des cartes basses, c’est-à-dire 1 à 6 dans les couleurs noires* 5 à
10 dans les couleurs rouges, car la vieille règle d’inversion des points n’a pas été
abandonnée pour autant.
En Allemagne, l’usage du Cego (le terme Tarock y désigne un jeu ordinaire de
36 cartes...) a fortement régressé et il faut explorer la Forêt Noire et le Pays de
Bade pour trouver des joueurs.
Si la Belgique, dès le XIX^ siècle, et le Danemark, plus récemment, ont délaissé
le jeu de tarot, la France, bien au contraire, assiste à une renaissance inattendue et
réjouissante. L’abandon des vieux tarots « italiens » (cat* n^^ 112 à 116) et l’intro¬
duction du « Tarot Nouveau » venu d’Allemagne à la fin du siècle dernier (cat.
n"" 125), n’y sont certainement pas étrangers.
i.
♦
H
I
y
t*, •’!('
i
fw
I
Italie
Florence
87
Minchiaîe « Colomba »
canler « Colûcnba »
rtoretice, Ualic^ avant 1850
74 cartes (sur 97), enseignes italiennes
gravure sur bois coloriée au pochoir
papier en plusieurs couchei> avec rabats à
htalienne
I00>:58 mm
dos ; armes du Grand-Duché de Toscane,
légende COLOMBA
nomenclature IPCS : IPT-I
Au xix« siècle, le minchiaie voit sa popu¬
larité décliner : il est vraisemblable que de
larges régions acquises au jeu au xviip siè¬
cle (Rome, en particulier) l’abandonnent
au XIX^ Florence continue de produire, ces
cartes en fournissent l'exemple, La légende
des dos {COLOMBA} est la seule mention
de fabricant. Les armes du Grand Duché
de Toscane ornent les dos et permettent de
dater ce minchiaîe d’avant 1^50.
Paris, B.N,, Estampes^ Kh rés, mat.
Bologne
8H
Tarocchino bolonais
R,M. (Alla Forluna)
Bologne, Italie, milieu du XEX' s.
58 cartes (sur 62), enseignes italiennes
gravure sur bois coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches avec rabats à
[italienne
nOx52 mm
dus : moEÎf floral doublé et initiales B.M.,
légende FOBTUNA auîj deux extrémités
marques ;
R.Af, / ALLA FORTUNA (6 de Deniers)
B A fOCCHf U^^^QU£ / A SSO Di DANA Rf /
CARTA RfSERVATA (as de Deniers)
Æ.A/* (bouclier du Valet d'Epées)
timbre gras Bolio Bohgfta sur As de Deniers et
Fou
nomenclature IPCS : 17-2
Ce tarot bolonais du xtx' siècle témoigne
de l’étonnante fixité du x portrait » de
Bologne, On comparera en effet ces canes
avec celles du xvn^ siècle que nous expo-
107
I
sons sous le n® 26. Les seuls changements
notables sont la mise à double-figure ei la
disparition des quatre « papi » (PapCt
Papesse, Empereur, Impératrice) au profit
des « Maures ».
PariSi B.N., Estampes, Kh 167 rés. n'’ 331-333.
Bîi?i : Kellerp ITA 14.
89
Tarocco boiognese
A. Viassone
Turin, ItaliCp 1953
63 caries (complet), enseignes italiennes
offset en couleurs
papier en plusieurs couches
i08 X 54 mm
dos ; laroiage écossais noir sur fond blanc
marques ;
A. VfASSONE-TORfNO / Corso Re
Umberto NJ02 / Casa Fondüia Nei l&BO avec
timbre « Reppubüca ïîatiana /Lirecento » et
date « Oît. /S53 » (as de Deniers)
A, VIASSONE / TORîNO / Cûsa Eondaia
nei IS30 (valet d^Epées)
carte-litre ;
Le niigiiori / Carte dû Giuoco / A. VfAS-
SONE / TORINO /Soiiditù, Ditroîa / Mas-
sima eeonomia / Casa fondata net / 1830
nomenclature IPCS : IT-2
étui carton, impression verte ;
Cartedagiuoco / TAROCCO HQLOGNESE /
Superpiastic / VIASSONE
TAROCCO BOLOGNESE / da 6S earte —
telme — lavabdi / NJ9
Remarquable par sa fidélité au modèle
ancien, ce jeu est, comme le n'^ précédent, à
double-figure et avec des chiffres sur cer¬
tains des atouts. Les productions actuelles
(Dal Negro, par eîtemple) ne different en
rien.
Paris, éûllcction T. Dcpaulis.
Piémont et Lombardie
90
Tarot Beltramo
Carolina Bcltramo
Turin, Italie, vers IÊ7Û
7g cartes (complet), enseignes italiennes
gravure sur bois coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches
112x65 mtn
dos : fleurs stylisées disposées en quadrillage
89
90
marques :
FABBRICA DI CARTE / TAROCCHi D! /
BELTRAMO / IN TORINO (2 de Coupes)
BELTRAMO VIA S. /MAURIZION^ /4(as
d'Épées)
CAROLINA VEVO BELTRAMO / VIA S.
MAURIZIO N^ 14 TORINO (as de Deniers)
timbre gras : REGNO D^ITALIA LEGGE 21
fS^tt./ iSlôlJ / CENT. 5Q (as de Deniers)
uomendature IPCS : IT-L2
Voici l'exemple d*un jeu italien dérivé du
Tarot de Marseille, encore fabriqué en Pié¬
mont avec des légendes en français. On a
vu que ce type venait directement des pro¬
ductions lyonnaises (cf cat. n® 39) et qu^il
était fabriqué en Italie depuis te xvitp siè¬
cle (cf. cal. 51 et 52).
Le timbre gras du Royaume d^ltalie
montre Mercure assis tourné vers la gau¬
che. L'inscription fournit une date à peine
lisible, maïs qu’on peut restituer sous la
forme : Legge 21 sefi. 1862 (loi du 21 sep¬
tembre 1862).
Paris, Estampes, Kh 383 n" 253.
Bibi. O'DonOghuCp 1.19 et J.20.
I
91
Tarol Armsinino
Fraiein Armaninio
Gênes, Italie, ISST
73 caries (complel)^ enseignes llâliennes
gravure sur acier eoioriêe au pocboir
papier en plusieurs couches
IlOx64 mm
dos : motifs géométriques entrelacés^ impression
en brun
marques :
FABBHiCA D! CARTE DA dUOCQ. FRA-
TELU ARM AN]NO — GENOVA (as de
Deniers)
Armanitio Genùva (figures)
timbre imprime : Regrto dTiûiiâ. Cemesimi
timbre gras de radminisiraiion : Gefiüva du
11 août (ISIS?
nomenclature IPCS ; IT-l.îl
Dernier survivartt du tarot imaginé par
Carlo Délia Rocca pour le cartier milanais
Gumppenberg (cat. n® 54), cet exemplaire
de la fabrique Armanino montre qu'on
n’hésita pas à en faire une version à
double-tête. Le timbre gras permet de dater
précisément ce jeu de l'année 1887,
Paris, B.N,, Estampes, Kh 383 259.
92
Tarocco PieTttoniese
Fraidli Armanino
Gênes, Isalie, 1908
78 cartes (complet), enseignes italien nés
lithographie en couleurs
papier en plusieurs couches
102 X63 min
dos : larotage écossais vert et noir
marques :
STA BfL fMENTO FRA TELL fA fi MA NINO /
GENOVA (As de Deniers)
timbre REGNO i?77’.4LM / CENTESfMi SÔ
(as de Deniers)
timbre gras : GENOVA, 26 NOV Î90S
nomcndaEurc IPCS : lT-i.2n
Ultime avatar du Tarot de Marseille, k
« Tarot Piémontais w représente la forme
courante et unique du tarot à 78 cartes tel
qu'il est toujours produit en Italie. La miije
à double-figure de^ têtes et des atouts
remonte à ta fin du xix'^ siècle. Grimaud,
en France, a fabriqué un modèle semblable
(voir cat. 113).
Paris, collection Leiellier, n'^ 997,
92
109
I
Sicile
93
Tarot ïkilien de Concetta Campione
Concetla Campione
CaianCj Italie* vers 1950
64 cartes (complet), enseignes iialienncs
offset en couleurs
papier en. plusieurs couches
80x51 mm
dos t motif floral avec visage féminin
marque :
CONCETTA CA,\fPIONE CATANÎA (as de
Deniers)
enveloppe papier paraffiné avec mentions en
rouge r CONCETTA CA;\fPrONE / VfA
PLEBrSCITO 2S / CATANIA / TÎPO
FINISSIMO SfClUANO
rLomenclature IPCS ; IPT-2,1
Juste après la Seconde Guerre Mondiale,
un petit imprimeur du nom de Coucetta
Campione eut l’idée de faire un tarot sici”
lien pour suppléer à la carence complète de
ce modèle dont le dernier fabricant,
Murari* de Bari, avait disparu* S’inspirant
d’un modèle déjà connu depuis le xix« siè¬
cle (cf. cat. n® 66), la fabrique put ainsi
satisfaire les joueurs locaux. Vers l%5
Concerta Campione abandonna cette fabri¬
cation et le modèle fut repris par un carrier
important, Modiano, de Trieste (cf,
n® suivant).
Paris, collection T. Depautis.
Biiil, : Dummeit* 371 ei 373.
94
94
Tarot sicilien de Modiano
Modiano
Trieste, Italie, vers J970
64 cartes (complet)* enseignf^s italiennes
offset en couleurs
papier en plusieurs couches
79x 49 mm
dos : motif floral avec inscription MODIANO
marque :
FabbricQ Cane Da Giitoco, S.p,A. Modiano
— Trieste (as de Deniers)
étui carton* MODIANO: TAROCCO SiCF
UANO — N. 94 — DA 64 CARTE
nomenclature IPCS ^ IPT-2.1
C’est vers 1970 que la firme Modiano de
Trieste* important cartier italien* entreprit
He fabriquer un tarot sicilien sur le modèle
de celui édité précédemment par Conceita
Campione (voir n® précèdent). Elle en est*
à ce Jour, le seul fabricant,
Paris, collection T. Depaulîs.
Bibt. : Kaplan, 55 ; Dummeil* 371 et 373.
110
Pays Germaniques
95
Tarol autrichien avec vues de Paris
Max Uffenheimer
Vjenne+ Autriche, 18-48
54 caries {coimplel), enseignes françaises
gravure sur cuivre coloriée au pctchoir
papier en plusieurs cuuches
104x55 itim
dos : motifs étoilés
marques :
s\fax /n Wien / NiedeHogé sm
Kohlmarki 259 fvalel dt Trèfle)
timbre gras t
\y / KAR TEN / 20 K / 1S4S (as de Cceur)
MAX UFFENHEIMER WIEN mS (as de
Cœur)
Les tarots avec des vues de villes sont une
spécialité des cartiers viennois et eurent un
grand succès au siècle dernier. Celui-ci
nous intéresse tout particulièrement car 20
atouts montrent des monuments parisiens
qui^ pour la plupart, étaient assez récents
en 1846 ^
n® 2 : le Panthéon
n* 3 : la colonne de Juillet, place de la
Bastille (élevée entre 1831 et 1840)
n® 4 : la Fontaine Louvois (Visconti,
1844 ; toujours visible en sortant de
ta Bibliothèque Nationale)
n® 5 : la statue d'Henri IV au Pont-Neuf
(réédifiée à la Restauration)
n* 6 : TArc de Triomphe de l'Étoile
(travaux terminés en 1836)
n® 7 : colonnade de Perrault au Louvre
n® S : La Madeleine (consacrée en 1842)
n® 9 : Notre-Dame
n® 10 : place de la Concorde, vue du Pont
de la Concorde (PObélisque visible
ici, fut érigé en 1833)
n® 11 : le Palais des Tuileries (démoli en
1871}
n“ 12 : le Palais du Luxembourg
n® 13 : le Dôme des Inv^alides
n® 14 : Saint Germain-l'Auxerroîs (en
cours de restauration entre 1833 et
1855)
n® 15 : la Bourse (Brongniart ; terminée en
1826)
n® 16 : le Jardin du Palais-Royal (alors
très fréquenté)
n® 17 : l’École Militaire et le Champs-de-
Mars
n* 18 : la colonne Vendôme avec la statue
de Napoléon en colonel de la Garde
(Gabriel Seurre, 1833; remplacée
en 1863)
n® 19 : Saint Sulpice
n° 20 : la Fontaine Molière (rue de
Richelieu ; élevée par Visconti)
ni
I
n'^ 21 : les Champs-Élysées vus du sommet
de rArc-de-Triomphe
Le Fou (Triboulei) et les tetes monircTit
des personnages célèbres liés à Thistoire de
France.
Leinfelden-Echrerdingen, Deutsches
SpielkarLcn-Museuin, A 325.
Bibi. : BieSefeld 67, 159- ISO; Keller, AUS
251 et 252; Ldnfeiden 84, n“ 48.
96
Tarot de la Révolution Allemaiitle
Joseph Gtanz
Viertne, Autriche, 1848
20 cartes (sur 54), enseignes françaises
gravure sur acier coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches
100 X 5Û mm
dos ; motifs étoilés rouges
marques t
Vorbehalt des Nûchdrucks / Auss^hUessendes
Verlùèseigentum (atout I)
1848 est Tannée de la Révolution libérale
dans les pays de langue allemande. C'est à
Vienne^ au mois de mars, qu'éclata la
première insurrection qui devait faire fuir
Metternich et mettre ie feu aux poudres. Ce
tarot est le témoignage vivant des courants
qui animaient les révolutionnaires.
Les atouts sont tous imprégnés du
libéralisme constitutionnel qui étatl alors la
revendication principale : le n® 1 montre
T Arlequin traditionnel relevant de son épée
le bonnet de nuit qui étouffait la flarnme de
la Liberté. La figure opposée symbolise
Témancipation de la presse. Les atouts II,
Hl, VII, XI, XIX et XX s^en prennent à la
Réaction conservatrice. Le clergé, accusé
de corruption et de duplicité est Tobjet de
caricatures sévères sur les cartes XII (un
Jésuite enfile une robe de fetnme}, XVij et
XVIII. Les héros de T heure sont présentés
sur les n^ H II (les étudiants), V (les
travailleurs) et XVI (les citoyens en armes
qui ont enfermé le dernier <c loulou
[mouchard]). Même les traditions les plus
ancrées ne sont pas épargnées : Tatout IX
raille les chahuts musicaux (Katzemnusik}
qu'On offrait aux personnes désagréables.
L'atout X fait référence à la difficile
question de E’unité allemande : les
partisans de la Grande Allemagne
affrontent ceux de la Petite Allemagne. Le
n® XXI, qui représente la Mort égalisant
« le mendiant et le roi » {Konig und
Bettkr) est plus équivoque : certains l’ont
pris pour une attaque contre la Révolution,
d’autres l’interprètent comme une allégorie
démocratique, ce que la mention Freiheii,
Gieichheii, Brüderdçhkçu (« Liberté,
Égalité, Fraternité ») semble confirmer.
Le Musée Historique de Vienne conserve
les dessins originaux de ces cartes dues au
talent du caricaturiste Cajetan (Anton
Elfinger). Celui-ci a su camper avec une
ironie fine et un sens aigii du sarcasme la
vie spontanée de ces journées d'espoir.
Ce jeu fut interdit dès 1849. Il fut traqué
par la police dans les auberges et Jusque
chez les gens, pour être confisqué. Aussi
ces cartes sont-elles devenues très rares et
seuls ces 20 atouts (TExeuse et le n® Vlll
manquent) ont été conservés ici.
Leinfelden^Echierdingeri, Deutsches
Spiclkarten-Museum, Ü 234.
BibL ï Hargrave, 14Û et 142; BidcfeEd 67,
n® 202-221 ; Piatnik, Hoffmann, 4S et
n° 75b; Albcrtîna 74, n* 150 ci 150a;
Ldnfeiden 84, n'' 35.
97
Ulmann (S.)
— iUtiSfrirtei Wiener Tarokbttch * Leitfaéen zur
iCrlerniing aller Arien des Tar&kspieîesM miî einer
Sartimiung von .TJ Prohlçmeti nmi einem
Anhange : Tarok^Codex^ die Spietgesesse
enihaltend / von S. Ulmann. — Zwçitç, durch
gesehene und vcrhcüscnc A ci Rage.
— Vienne, Pest, Leipzig : A, HankbOTi's Ver-
lag, 5.d. [1899|,
— VlIl-182 p. ill. : 8^
Le tarot est une vieille tradition vieii-
noise, comme on peut s'en rendre compte à
la lecture de Tintroduction de Detlef Hoff¬
mann. N'esi-ce pas à Vienne, en même
temps qiTà Nuremberg, que fut publié en
1756, Die Kunsi, der Wek eriaubî miizw
nehmen în den verschiedenen Arien der
Spiek, un des plus anciens traités en langue
aliemande,,. Depuis, le jeu n'est plus très
pratiqué en Allemagne, mais garde toute sa
vigueur en Autriche.
Vienne à la fin du siècle était, on le sait,
le décor d’un théâtre extraordinaire dont
les acteur.5 avaient noms Arnold Schon-
berg, François-Joseph, Sigmund Freud,
Gustav Klimi, Arthur Schnitzler, Gusiav
Meyrink, Karl Kraus ou Gustav Mahler.
De ces acteurs, certains étaient des passion¬
nés du tarot, tel Freud qui iTaurait manqué
pour rien au monde sa partie quotidienne !
Il est vrai que le tarot autrichien ne man¬
que pas de variétés : Bioek-Tarock, Tüpp-
Tarock, Kônigsrufen, Neunzebnerrufen, à
54 cartes, Paskîemlsch, venu de Hongrie, à
42 cartes, et même les vieilles variantes à 78
cartes nommées Gross-Tarock et
Tarock-L'Hombre, telles sont les règles
que Touvrage de S. Ulmann — dont c’esi
ici la 2* édition — nous expose. Les coups
sont illustrés de reproductions de ces cartes
dites « Industrie und Gluck dont nous
présentons quelques exemples dans les
numéros qui suivent.
Paris, collection T, Depauhs,
BibL : Dummeti, 449-454, 466-469.
98
Tarot « Zafriedenheit und Glück »
Cari Hoidhaus
Vienne, Autriche, 1837
39 canes (sur 54?), enseignes françaises
gravure sur cuivre coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches
103 X 56 mm
dos ; motifs, circulaires
signatures ;
Fûbridrf bey / CA RL / HOLDHAUS / au/
den Craben n®//22 irn Si Stock / in Wien
(sur le Valet de Trèfle et le Valet de Carreau)
Le tarot de Cari Hoidhaus fait partie
d’une famille de jeux autrichiens dont la
caractéristique principale esi de présenter
sur Tune des deux vignettes de Tatout n® 11
(ici absent, malheureusement) un aigle
impérial posté sur une pierre plate où Ton
lit la devise « îrtdusirie und Ghick », Par¬
fois la devise manque, ou bien elle est rem¬
placée par une légende en hongrois f« Szer-
enese Fef! »J, ou encore par une variante
du type w Zufnedenheit und Gfück »,
comme c’est le cas ici.
Mais ce n’esi pas là la seule originalité de
ces jeux. Outre une série d'atouts dont les
vignettes dépeignent des scènes campagnar¬
des de différents peuples, principalement
ceux de l'Empire Austro-hongrois, le Fou,
avec son costume à carreaux et le curieux
chapeau sur lequel danse un modèle réduit
du personnage, Tatout n® 1, où l'on trouve
Arlequin dansant et jouant d'un instru¬
ment ainsi que Colombine avec son tam¬
bourin, les tètes enfin forment une image¬
rie à peu près permanente.
On a vu, justement, que celle-ci était
déjà présente dans un jeu à sujets chinois
du Cartier parisien Lefer dont tout laisse à
penser qu’il a eu un modèle germanique
(cat. n® 81). A Texception des dames, dont
Tallure est ici nettement romantique, et,
bien sûr, des atouts II à XXI, on retrouve
tous les traits du jeu de Lefer dans notre
jeu autrichien.
Le tarol de Cari Holdhaus n’eâî pas isolé
puisque deux jeux de Johann Georg Stei-
ger^ le premier de IS2S (Berlin S2, n® 36)+
le second un peu plus tardif (Albertina 74,
n® 149) partagent avec lui Lessentiel des
atouts. C’est néanmoins un troisième jeu
de Steiger paru vers J 845+ avec des têtes
non-conventionneUes+ qui fournit la base
des versions modernes des tarots Indus¬
trie und Gluck » : les atouts représentent
des personnages des différents peuples de
l’Empire avec une légende qui les désigne
(II : <i Boehmen XIV : u \faehrer
XIX I « Waiüdiefî », etc,) (coll. Sylvia
Mann, Rye). On retrouve ces vignettes,
sans leurs légendes, dans les jeux plus
récents.
On peut alors tenter la chronologie
suivante :
—^ A la fin du xviin siècle la mode des
chinoiseries amène la création en Allema¬
gne, d*un tarot à sujets « chinois » et à
têtes dérivées du portrait de Paris,
— Vers 1800 apparaît une version à
double-figure que copie Lefer+ à Paris+
quelques années plus tard (voir cat, n® 81).
— Vers 1820, le tarot à sujets chinois
évolue en Autriche : les dames perdent
leurs atours xviii^ siècle, l’atout n* lï
' s’orne d'un aigle impérial (Berlin 82+
; n“ 33+ pour un exemplaire fait à Linz),
, — Ce n’est qu*en 1828 qu’on trouve le
premier tarot affichant la devise « Indus-
îrie und Gîück » (J.G, Steiger à Vienne —
, cL Berlin 82, 36). Le jeu de Hoidhaus,
que nous exposons ici, lui est presque iden¬
tique, Les a chinoiseries » ont laissé la
place à des « turqueries » (atouts III, IX,
XVI et XIX) — ce qui n’est jamais qu'un
autre exotisme — et à des scènes typiques
des peuples de l'Empire Austro-hongrois.
— En 1845+ Steiger édite un autre jeu
exclusivement composé de scènes ausiro-
hongrotses où puiseront les autres cartiers,
— A partir de 1865 le modèle s'esl fixé et
perdure, avec de menues variantes, jusqu’à
nos jours (voir cat, n*^ 99 à 102),
Leinfeldcn-Echtcrdîngen, Deuisches
Sptcll{ancn-MuseiirtL+ A 361.
Bibi\ : Sylvia Mann, « Industrie und Glück : A
brief study of a certain style of tarot cards », in
Die Spieîkariet 1967+ n" 2 ; Biclcfeld 67, n® 321 ^
Lçïnfelden 84, n* 82.
99
Tarot Industrie und Gtück » hongrois
EIsd Magyar Kàrtya Gylr Részveny
Budapest, Hongrie, vers 1880
34 cartes (sur 54), enseignes françaises
lithographie ou gravure sur acier coloriée au
pochoir
I
10 ]
papier en plusieurs couches
109x62 mm
dos : petits motifs noirs sur fond bleuté
marques :
Eiso Mifgyar Kârîya Gyâr Részveny / Tdr~
$uiat / Budapest // Erzeugniss der Ersten
Ungarisefien / Spieikartef\fabnk * / Actienge-
sellschaft / FEST ^boüclicrs du valet de
Tréne)
timbre gras de l'Empire Austro-Hongrois sur
l'As de Cœur
nomenclature IPCS : FT-2.1
Directement dérivé des créations des car-
tiers viennois du milieu du xix^ siècle, cet
exemplaire, de fabrication hongroise,
représente la première forme, que les col¬
lectionneurs ont baptisé « type A d'un
modèle qui en compte trois. Seules les
vignettes des atouts permettent de distin¬
guer ces variantes» les têtes et le Fou restant
invariablement les mêmes. Largement ins¬
piré des images d'un jeu de Steiger (Vienne,
1845), ce modèle apparut vers 1865. Tous
ces tarots ont 54 cartes et il s^en produisit
dans tout l'Empire austro-hongrois jusqu’à
la Première Guerre Mondiale.
Paris, B,N,, Estampes, Kh 383 n* 273.
BibL : BN 66, n" 427.
100
Tarot « Industrie und Giück » FÈalnik
F. Piâtnik & Sohne
Vienne, Auirichç, entre 1882 et 1891
54 cartes (complet), enseignes françaises
gravure sur acier coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches
112 X 60 mm
dos ; opus Incertum noir et rouge
marques :
Ferd. Plûinik Æ Sohne / IVIEM (As de Cosur)
Nieder/age / STADT / Pùterspiûtz n° 6 //
Ferd. Piatmk & Sohne / WIEN 56 / Kai‘
sersirasse Ecke d* Kandly (boucliers du valet
de Trèfle)
timbre gras : K K Kartenstempei sur As de
Cœur
nomenclature IPCS : FT-2.2
La firme Piatnîk, fondée en 1824 et tou¬
jours en activité, produisit à Vienne, ou à
Budapest, quantité de ces tarots « Indus¬
trie und Gluck ». L'exemplaire présenté ici
fait partie de ce que les spécialistes appel¬
lent le type B (ou FT-2.2). Parfois nommé
Kaffeehaus par son fabricant, ce modèle
apparut vers 1870. Si Ton retrouve certai¬
nes des vignettes du type précédent, aucune
référence n’est faite au prototype de Stei¬
ger. Peut-être ertcore produit en Hongrie, il
n'est plus fabriqué en Autriche depuis
quelques années.
Les mentions de marque permettetU de
114
103
dater ce jeu. assez précisément i en effets
Fiat ni k prît le nom Ferct. Pismik Æ Sôfurje
en 1882, A partir de 1891, la fabrique
s’installa à son adresse actuelle,
Hütteldorferstrasse.
Paris, collection Atgcr.
101
Tarot « Industrie und Giück chromo-
tithographié
F. Piainik
Vienne, Autriche, vers 1900
40 canes (sur S4), enseignes françaises
cliromoli thographie
papier en plusieurs couches
lOS x60 mm
dos : entrelacs rouges
marque:^ i
Eigefiîum der Hérausgeùer / Nûchahnurtg ver*
boten (Valet de Carreau)
timbre gras î KK Kùnenstempei/48 sur As de
Coeur
L’Empire austro-hongroîs imposait très
lourdement les chromolithographies. Aussi
cette technique fut-elle peu employée par
les cartiers et plutôt réservée à des produc¬
tions de luxe. Ce carot de belle facture
représente une variante du modèle « Indus¬
trie und Glîick » (voir atout n* II), mais
sensiblement différente des types A, B et C
repérés par les collectionneurs. Les têtes
sont de pure fantaisie, Les dos sont carac¬
téristiques de l’esthétique « Jugendstil ^ de
repoque.
L’atout XXI est particulièrement amu¬
sant ‘ il montre trois joueurs de tarot qui
ne sont autres que,>. les trois « bouts »
autrichiens, le Pagai (« petit ») à gauchct
exhibant ses cartes, le Fou et son curieux
chapeau au centre, le XXI (en allemand,
Der Mond, « la lune ») à droite.
Paris, collection Alger.
BibL : Kaplan, 315; Leinfeldcn 84, n“ 94.
102
Tarol « Industrie und Glück » moderne
Piatnik
Vienne, Autriche, vers 1975
54 cartes (complet), enseignes françaises
offset en couleurs
papier en plusieurs couches
113x62 m m
dos : paysage de forêt av« daim
marques ;
cheval ci jockey / SCHUTZMA RKE /PERD.
PIATMK & SÔHNE, WfEJSf / 75.050 (as de
Cœur)
FERD. PIA TNIK Æ SÔHNE / Wt£N / XIV.
Hütteidorfersirûsse 229-2SI (bouclier du Valet
de Trèfle)
Ferd. Piafnik d SoHne^ // IV/^a (boucliers du
Valet de Carreau)
102
J. Neufnayer // ÎVien 1890 (rênes du Cavalier
de Trèfle)
étui carton Tarock / Nr. I05e
nomenclature IPCS : FT*2J
Ce modèle de tarot courant est désor¬
mais le seul encore proposé aux joueurs
autrichiens par la firme Piatnik. 11 repré¬
sente une troisième variante de la série des
atouts avec des emprunts à différentes pro¬
ductions du siècle passé. Une minuseuk
inscription sur les rênes du cavalier de Trè¬
fle permet d'en attribuer la paternité au
dessinateur J. Neumayer et dkn dater
l’élaboration de 1890.
Paris, collection T. Dcpgulis.
103
Tarot de Francfort
Francfori, Allemagne, première moitié du
XIX' s.
78 caries (complet), enseignes françaises
gravure sur acier coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches
106x59 mm
dos ; lignes en gros poiitcillés roses
C’est à Francfort-sur-le-Main qu’a dû
être gravé ce jeu de tarot. En effet, on
trouve sur l’aiout n“ 3 une vignette qui
représente Ariane à ia panthère^ statue due
au sculpteur néo-classique J.H, Dannecker
qui Texécuta en 1314 pour le compte du
banquier francfortois Simon Morilz von
Bethmann. L’œuvre eut un grand succès et
Fut souvent copié : elle devint une des célé¬
brités de la ville de Francfort.
Pourtant le reste des vignettes nkvoque
pas vraiment la cité allemande. Il est frap¬
pant de constater que les symboles qui
ornent les 4 coins de chaque atout, de part
et d*autre du numéro, n’ont pas toujours
un rapport évident avec le contenu des
illustrations. Si l’atout 2 peut représenter
ractivité humaine, avec l’étude et... la beu¬
verie (symbole : ruche) et le n° 5 la chasse
(symbole : fusils), on comprend déjà moins
la relation entre une calèche et une ancre
marine (atout 4) ou une chouette et ce quî
paraît être^ dans les deux vignettes, des
musiciens (atout 14),
Certes, l’armée s’identifie au n'^ 10^ les
récoltes agricoles au n*’ 6, Tamour, symbo¬
lisé comme il se doit par deux tourtereaux,
au n'' 12. Sur ce dernier on trouve Faust et
Marguerite, dans une représentation
empruntée aux illustrations du Premier
Faust dues à Peter Cornélius (1816),
115
Mais le paon du n* H, le perroquet du
n'^ 9 ou les roses du n® 19 s’expliquent
moins. La chasse est illustrée par
Latout 21, FOrient par Fatout 20 Onais
pourquoi une lyre comme symbole?), le
pouvoir par Fatout 18 (Napoléon...) et le
jeu par Fatout 16. Quant au n® 17, malgré
ses couronnes de feuilles de chêne, il évo¬
que irrésistiblement les voyages, et même
les voyages modernes puisqu’on y voit un
train et un bateau à aube dont le nom, fiè¬
rement exhibée est « Der Tùroc »!
Ce jeu semble avoir été fait dans la pre¬
mière moitié du xix' siècle, nécessairement
après 1816.
Paris^ B.N.^ Estampes, Kh mat. rés.
104
«Tarot allemand au porlrait de
Francfort »
Francfort (?), Allemagne, ctiilîeu du XJX"^ s.
7S cartes (complet), enseignes françaises
gravure sur acier coloriée au pochoir avec
rehauts à la main
papier en plusieurs couches
105 X 60 min
dos ; tarot âge écossais btcu et brun
On connaît de ce tarot anonyme de nom¬
breux exemplaires dont certains sont colo¬
riés comme celui que nous exposons ici.
Son titre est Foeuvre de Georges Marteau
(tl916) qui Feut en sa possession.
On retrouve, sur les atouts, le même type
de composition que dans le jeu précédent
(cat. n“ 103) avec ses vignettes à scènes
variées et ses symboles parfois bien dérou¬
tants, Certaines illustrations ont même été
conservées, comme celles des atouts n* 6
(Napoléon), 10 (les Orientaux), 11 (le tir au
fusil) et 12 (avec le bateau « Der Taroc »J.
L'atout n® 9 a manifestement emprunté ses
vignettes aux 16 (les joueurs de quilles)
et 19 (les joueurs de balle) du jeu précé¬
dent, Toutefois, on sent un effort de cohé¬
rence certain dans les atouts 2 (Famour à...
deux, symbolisé par une poignée de mains),
4 (éléphant à 4 pattes et 4 joueurs de cartes)
et 12 avec une horloge indiquant,,. 12 heu¬
res, Des scènes bibliques sont venues s*y
rajouter : David dansant devant Saül
(n® 7) ou achevant Goliath (n® 8), la mort
d'Absalon (n® 13), ou encore Daniel dans
la fo.sse aux lions (n® 15). Les illustrations
de Faust ne manquent pas non plus : Faust
lisant dans son cabinet (atout 1) ou accom¬
pagnant Méphisto lors de la Nuit de Wal-
purgis (atout 5).
Mais on trouve aussi des scènes plus quo¬
tidiennes : un couple dansant (n® 2), des
paysans (n° 3), des joueurs 4 et 9), des
chasseurs (n® 11), etc. On voit là se profiler
les scènes de genre « bourgeoises » propres
au « Tarot Nouveau » pratiqué en France,
L'Excuse elle-même montre le même
joueur de mandoline. Quant aux têtes, elles
se rattachent clairement à ce que Fon
appelle parfois le « portrait de Francfort »
(type XP8 ou 1.32, exemples dans Berlin
82, n® 129 à 131) et elles sont très proches
du Aâler-Cego ou tarot animalier de la
Forêt Noire (cf. cat. n* 111).
Francfort, voilà peut-être le berceau du
modèle que Wiist mit au point dans cette
même ville vers 1860 (cat. n* 122) et que
Grimaud copia quelques années plus tard
pour satisfaire les joueurs français et la
Régie (cat. n* 125). C*esl le tarot de jeu
français actuel.
Paris, B.N., Estampes, Kh 16? rés. n* 431-437,
Bibi. : Arts Déco 81, 8-9; Bielefcid 67,
241-262; Lcinfelden 84. n® 69.
105
Taroi à scènes de genre
Jûhânn Conrad Jegel
graveur : Pommer
Nuremberg, AHemagiie, 1852
24 cartes (sur 54?) en deux feuilles, enseignes
françaises
gravure sur acier, non coloriée
papier
480x 315 min (feuille), 108 X 62 (caries)
signatures ; Nbg./Pommer/1S52 (atout 13),
Nürftberg/à. 14, Mërz/Soniag/*52 {^xo^xi J 4)
Les deux planches ici présentées illus¬
trent encore mieux Févolution des tarots à
scènes de genre vers le modèle que Wüst, de
Francfort, mettra au point quelques décen-^
nies plus tard et qui fournira Forigine du
« Tarot Nouveau i> français.
Le graveur Pommer a usé de thèmes
communs aux deux jeux précédents (cat,
103 et 104) : les cerfs de Fatout 7 se
retrouvent dans le n® 5 du Tarot « de
Fraiïcfon » (cat. n® ÎÛ3) et dans le n® 2 du
suivant (cat. n® 104), De même, le thème
de la chasse de Fatout 12 (cf. n* 11 du cat.
105
ïi® 104 et n* 21 du cat, n® 103)* ou encore
rîmagerle napoléonienne (atout n"" 19, ici
traité différemment des n* 18 du cat.
n® 103 et 6 du cat. n“ 104) : le chemin de
fer, décidément à la mode se trouve ici
illustré sur l’atout n“ 15. L’atout H évo-
que Marguerite et Faust, tandis que le
n° 13 reste fidèle au thème de la mort,
vieille réminiscence des tarots italiens où la
Mort portait le n* XIII.
C’est là un représentant caractéristique
de la mentalité de la bourgeoisie triom¬
phante du XIX' siècle, qui exprime dans ces
vignettes ses conceptions esthétiques et
morales.
Leinfelden-Echierdîngen, Dcutschds
Spielkarten-Mtiseuni, A I H a/b.
Bit>L : WÈlIshire, G. 119; Bielefeld 67, 308;
Kellefp GER sheet 253; Berlin 82, n* 4t ; Lein-
fdden 84, n* 68.
106
Tarcii Dondorf
B, Dondorf
Francfort, Atlemagnç, après 1906
78 cartes (complet), enseignes françaises
chromolithographie
papier en plusieurs couches, coins dorés
107 X 59 mm
dos r fleurs dans un encadrement
marques :
S. DONDORF . B (atouis et figures)
B. DONDORF / FRANCFORT (a$ï
limbre gras ; Deuisches Reich / n ° 15 / Fiinfzig
Pf. (as de Cccur)
étui carton : 245 TAROK à 73 Biaft / B.
DONDORF / FRANKFURT Am
emblênie de la marque (dragon), frappée du
monogramme B. D.
Ce tarot est le seul que la célèbre firme
allemande B, Dondorf ait jamais produit.
Une première édition en lithographie colo¬
riée au pochoir, avec coins carrés, vit le
jour vers 1870. A partir de 1906, une
deuxième édition, en chromolithographie,
dont nous exposons ici un exemplaire* lui
succéda, avec aussi une version à 54 cartes
frt C&go »}. Ce modèle semble a voit été dif¬
fusé jusque dans les années 30 de notre
siècle.
Une des particularités de ce très beau jeu
est d^avoir toutes ses inscriptions en fran¬
çais. Le Fou y est intitulé « Excuse » et le
1 d’atout voit s’opposer deux scènes*
rt Pügat attaquant » et « Pagaf vain¬
queur ».
On noiera que chaque couleur corres¬
pond à un pays particulier (Trèfles : Alle¬
magne, Cœurs ; France, Piques : Russie,
Carreaux : Angleterre) et que les atouts se
106
suivent quatre par quatre à partir des n° 2
(Allemagne)* 3 (Russie), 4 (Angleterre), 5
(France), etc. L'atout 21, qui représente
une scène française, n’oublie pas de faire
figurer la traditionnelle lune, au moins
sous la forme d’un croissant.
Paris, collecilûn T. Depaulis.
Bibh : O’Donoghiie, G. US; Bielefdd 67,
n° 132; Kaplan, 312; Keller, GER 6J6 « 617;
Fûurnier 32* 184 (n^ 142); Deilef Hôff-
mann/Margoi Dieirich, Die Dorîdorf’schert
Luxus-Spielkartenf DorirriLind* 1981, p .70-73;
X.einfelden 84, n'’ 80.
107
Tarot des images munichoises
Munich {?)* Allemagne* dernier tiers du XIX' S.
78 cartes (complet), enseignes françaises
gravure sur bois de bout coEonée au pochoir
(atouts non coloriés)
papier en plusieurs couches
I08x57 mm
dqs ; astérisques sur fond bleu uni
Les atouts de ce curieux tarot allemand
de la fin du xix« siècle puisent leur inspira¬
tion dans des feuilles d’images populaires,
éditées à Munich de 1849 à 1868, les Miin-
chener Biiderffogen ; celles-ci, qui parais¬
saient chaque semaine* mettaient en scène,
sur un mode satirique* des contes moralisa¬
teurs, généralement présentés sous la forme
d’une Succession de vignettes, dans un style
très proche de celui de Wilhelm Busch et
caractérisé par T usage d’à-plats noirs.
C’est ce même style que Ton retrouve dans
les 21 atouts de notre jeu. Les têtes* colo¬
riées, sont inhabituelles.
Paris, Musée National des Arts et Traditions
Populaires. 70.141,205.
Bibl. : Hargrave* 264-265.
108
Tarot des vues de Copentiague
L.P. Holmblad
Copenhague, Danemark* vers 1860
46 cartes (sur 78), enseignes françaises
gravure sur acier coloriée
papier en plusieurs couches
114X59 mm
dos : motifs floraux
Fondée en 1820 ta fabrique de Holmblad
a dominé l’industrie cartière du Danemark
jusqu’en 1929. Très productive* elle a édité
de nombreux jeux à enseignes françaises
ainsi que des cartes de Gnav et des tarots.
Le jeu que nous présentons fut vraisem¬
blablement créé vers 1850. D'un dessin ori¬
ginal, ses atouts sont illustrés de vues de
Copenhague et de ses environs que K.
Frank Jensen a bien voulu identifier pour
ce catalogue.
L'exemplaire exposé — dont les têtes
manquent — constitue une seconde édi¬
tion* datée des années 1860 à en juger par
l’état des bâtiments représentés. En effet,
Copenhague a subi de nombreuses trans¬
formations architecturales dans la
deuxième moitié du xtx^ siècle et Holmblad
n'a pas hésité à modifier l’aspect de ses
illustrations. On admirera ia gravure d’une
sobriété étonnamment moderne ainsi que
la couleur jaune ivoire passée comme un
lavis qui anime les paysages de nuances
délicates.
atouts bâtiments représentés
II Maison Holmblad, Regnegade
ni Église Saint Ansgar (Set, Ansgar
Kirke)
ini Université de Copenhague (état
avant 1870)
V Usine Holmblad à Glue (avant
1870)
117
VI Cathédrale de Roskilde (Roskilde
domkirke)
VU ancienne Douane
VIII Chrisliansborg
ÎX Château de Frederiksberg
X Château de Frederiksborg a
Hillerpd
XI bains publics « Rysensteen »
XII intérieur du Musée Thûrvaldsen
XIII Usine Holmblad à Glue (autre
vue)
XIIII Théâtre Royal
XV Musée Thorvaldsen
XVI Amalienborg
XVJI Bourse
XVIII Château de Rosenborg
XIX Église Notre-Dame (Frue Kirke)
XX Église Saint-Nicolas (Nikoiaj
Kirke)
XXI Tour Ronde (Rundetârn)
Paris, B.N., Estampes, Kh mai.
BibL : Biclefeld 67, n* ^06; PC, VlIJ, nM,
p. 119: K, Frank Jensen,. Pf&ying Cards m Den-
mark, Roskilde, 1984, 4.1J'4.ï7: Leinfelderi S4,
n° 49.
1Q7
II
H P ■ I
llll
118
109
TaruI « JugcndstiJ de Qilha Mo^er
Joseph Glanz ci Albert Berger
Vienne, Auiriché, 1906
54 cartti (coniplet), enseignes françaiBes
chromûlii hctgrËiphie
papier en plusieurs couches
U&?< 56 mm
dos ; fit! quadrillage gris
marque :
DRVCK :/BERG£R/WŒN Vil! (as de
Carreau)
éiui : carton, étiquette collée avec mention t
Dit ha Afojser/entwor/en/Aib. Berger/ und J.
Glanz/ Wiea/ QUSg^ürhiJ VervieffàUiguïïg/
Vürbehaiien,
Ditha Moser (IS83-1969) était la femme
de Kolo Moseti, un des fondateurs du mou¬
vement * Wiener Werksiâtte » t’Atelier
Viennois w), promoteur du Jugéndsîiï dans
les arts graphiques. C^est* semble-t-il, pour
une vente de charité qu'elle conçut ce très
beau jeu où se mêlent toutes sortes de rémi¬
niscences familiales et folkloriques* De 100
à 300 exemplaires ont été édités en 1906 par
le Cartier viennois Joseph Glanz^ Timpres-
sîon lithographique ayant été assurée par
Albert Berger.
Le modèle est celui des tarots autrichiens
courants à 54 cartes : on retrouve Arlequin
et Colombine sur l'atout I et la Lune sur le
XXL Ici, les Carreaux représentent
l'Égypte antique, les Piques Byzance, les
Trèfles le temps des Croisades et les Coeurs
la mode Louis XV, Le traitement graphi¬
que des points, des figures et des atouts est
caractéristique des tendances du Jtigendsni
ou « Art Nouveau » germanique. Les
atouts, notamment, sont inspirés des jouets
populaires en bois peint de Bohème.
Lfne réédition en fac-similé, avec livret
d'accompagnement, a été publiée par
F. Piatnik, à Vienne, en 1972, puis rééditée
en 1982.
Leinfelden-Echierdingea, Deuisches
Spie]kartcn-\fiJâeun;3, A 284,
Bîbi. : Hargrave, I41'N3; Alberllna 74,
n* 161 ; KapCart, 317; Berlin 82, n* 48; Leinfel-
den 84, n'' 100.
uo
Cego de la Forêt Noire
F.X. Schmitl, pour ASS, Lcinfeldcn
Munich, AlLemâgne, vçrs 1975
54 cartes (complet), euscigues françaises
offset en couleurs
papier en plusieurs couches
Il I X 62 mm
dos : tarotage écossais noir sur fond blanc
marque :
F.X, SCÜAftD / Vereinigte münch^tter Spiet-
kartenfabriken / K, G, (as de Cçeur)
nomenclature EPCS ; FT-3 (var.)
étui carton chocolat avec mentions :
CEGO fSfS/B
CEGO / Die echten Abenburg-Stralsuiider /
54 Bîan / ASS
C'est sous le seul terme de Cego (ou
Zego) que les allemands connaissent
aujourd'hui le tarot, et encore celui-ci se
limite-t-il au pays de Bade. Deux modèles
sont proposés aux joueurs, celui-ci et un
tarot animalier dénommé Adkr-Cegù (voir
le suivant).
L’iconographie de ce moderne Cego
l'apparente clairement à notre Tarot
Nouveau y> et à ses scènes de genre : nul
doute que l'origine est commune. On
retrouve d'ailleurs ici les mêmes têtes : à
quelques nuances de coloris et d'attitudes
prés, les rois, les dames et les cavaliers sont
identiques, quoiqu'offrant dans le Cego un
dessin nettement plus exalté et des poses
quasi-expressionnistes. Les valets présen¬
tent moins de ressemblances, mais ce sont
les atouts qui diffèrent le plus. En effet, les
scènes de genre sont ici animées principale¬
ment par des enfants placés dans des décors
pastoraux évoquant un Moyen Age idyli-
que. Ces petits personnages poupins, ces
teintes passées, ces images de rondes enfan¬
tines et de bonheur campagnard, tout cela
est directement emprunté aux dessins de
Ludwig Adrian Richter (1803-1884)^ illus¬
trateur fécond des légendes germaniques
médiévales et des contes de fées pour
enfants, L'Excuse avec son allure sardoni¬
que, apporte une note de sarcasme,
Paris, collection T. Depauhs.
Bibt^ * Keller, GER 630; Dummeti, 4S9; Four-
nier 32, 315 (il* 312); Lelnfelden 84, n* 79.
111
Adler-Cego
ASS
Leinfelden, AHemaËnç, 1975
54 cartes (complet), enseignes françaîse-s
offset en couleurs
papier en plusieurs couches
109 X 63 mm
119
dos : larotagc écossais brun et violet
marques ;
monogramme ASS (sur 2 de Coupes)
Hergesteik <ivrçh/ Vet^ittigie/A iteftburier
un à Stra isunder/Spiefkurie /i-Fa briken
A.G,/L€in/eîden b. Sîuttgurf (2 de Carreau)
êiui carton blanc» impression verte « Feine
Adier-Cego nr. 99 »
Malgré son nom d’Adler-Cego (« tarot à
Taîglc »), îl n"y a aucun aigle parmi les
atouts de ce jeu allemand, ultime descen¬
dant de la lignée des tarots animaliers et
seul modèle à être encore fabriqué en Alle¬
magne avec son compagnonp le Cego (voir
cat. nMlO)»
L’aspect monstrueux du « lion » et du
dauphin de Tatout n“ 2 n’empêche pas les
autres cartes de représenter des animaux
normaux, en deux attitudes différentes*
Cette série semble prendre sa source dans
un modèle du début du xix* siècle dont on
peut voir un exemple dans Kaplan, p* 304*
llû
120
A ce même modèle se rattache une variante
très abâtardie où la seconde vignette pré¬
sente une forme monstrueuse de l’animal.
Les figures sont de facture assez différente
quoique de même inspiration (voir cat.
n'^ 78).
Les têtes du Adter-Cego sont très pro¬
ches de celles du tarot « au portrait de
Francfort » (cat. n* 1Û4) ; et on comparera
entre eux les rois de Carreau et les valets de
Carreau, ainsi que le cavalier de Cœur avec
celui de Carreau du jeu francfortoîs, ou
encore le cavalier de Pique et celui de Trè¬
fle, le cavalier de Trèfle et celui de Pique, le
roi de Trèfle avec le roi de Pique. On
retrouve ces mêmes cavaliers aussi dans le
portrait — à enseignes allemandes — du
Wurtemberg fOber}.
Paris, collection T. Dcpatilis.
; Kaplan, 326; Dumiiiet, 489 ; Fournier S2,
206 (n" 442): Keller, GER 633; Leinfdden H
n" 21*
France
Tarots
à enseignes italiennes
112
Tarot « Italien » <le Lequarl
Lequart
Paris, vers 1890
78 cartes (complet), enseignes italiennes
lithographie en couleurs
papier en plusieurs couches, coins dorés
120x63 mm
dos : marbré brun
marques :
1748 — AFNOULT— 1748 (2 dc Deniers)
LEQUART, PARIS (figures et atouts)
nomenclature IPCS î 1T-I,4
Paris, B.N*. Estampes, Kh 383 ti° 264*
BibL : BN 66, nMl2; AdT, n° H, p* 16-22.
IM
113
Tarot « Italien » de Grimaud
B,P* Grimaud
Paris, 1891
78 cartes (complet), enseignes italiennes
lithographie en couleurs
papier en plusieurs couches
119x62 mm
dos : brun foncé uni
marques :
n43 — ARNOULT— î748 (2 de Ckniers)
8.P. GRIMAUD * PARIS (figures et atouts)
nomenclature IPCS : IT-IA
Paris, B.N., Estampes* Kh 383 n° 265*
BibL : BN 66, n^ 414; AdT, n* 11, p* 16-22;
Fournier 82, 150 (n* 301).
114
« Ancien Tarot de Marseille »
B.P. Grimaud
Paris, 1930
78 cartes (complet), enseignes italiennes
offset en couleurs
papier en plusieurs couches, doré sur tranche
LI9x62 mm
dos : motifs hélicoïdaux bleus
marques :
1748 — B.P GRIMAUD — 1930 {1 de
Deniers)
a P* GRIMAUD * PARIS (figures et atouts)
timbre gras : « Républlquê Française / Décrei
du 12 avril 1890 » (As de Deniers)
nomenclature IPCS : IT-1
Paris, B.N*, Estampes, Kh 383 n* 266.
BibL : BN 66, n“ 415; AdT, II, p. 16 22*
1I2'IÎ4
Baptiste-Paul Grîmaud avait racheté, en
s'installant fonds et les outtls du cartier
parisien Arnoult, En Tait, Lequart et Grî¬
maud, en donnant la date de 1748, se réfè¬
rent à la plus ancienne date connue pour
Arnouit, qui s’établit effectivement dans
les années 1750,
On ne manquera pas de constater qu'ii
s'agit dans les deux premiers cas 112 et
113) de tarots de « Besançon », avec Junon
et Jupiter, mais dans un grapliisme légère¬
ment stylisé. Peut-être s’agîssait-il de con¬
currencer les « tarots de Jerger » (cf. cai.
n* 4S). Comme on ne connaît aucun tarot
d’Arnoult, on est amené à supposer qu'il
s’agit ici d'une production originale.
Les deux premiers jeux sont identiques.
Une note du secrétaire de Georges Marteau
précise sur un autre exemplaire Grimaud
(Kh 384 n* 28) : « Jeu de tarot de 78 car-
tes> édité par B.P. Grimaud (après l'acqui¬
sition du fonds du cartier Lequart) “
1891 ».
Quand, en 1930, Paul Marteau voulut
relancer ce type de cartes, en les destinant
plus clairement aux cartomanciennes, il
reprit ce modèle mais en lui restituant la
Papesse et le Pape : ainsi naquit « l'Ancien
Tarot de Marseille » dont nous montrons
ici une édition de luxe, dorée sur tranche
{n® 114).
Ce jeu poursuit sa carrière depuis et la
maison Grimaud continue de l'éditer. Ü
existe une version anglaise destinée au mar¬
ché américain et même un modèle réduit
paru en 1982,
115
Tarot « Italien double-lête »
B.P. Grimatict
Paris, vers 1880
78 caries (contplci), enseîi^Eies iialîcnnes
lithographie cotorlée au pochoir
papier en plusieurs couches
dos : opus meertum brun-mauve
109 ïc $3 mm
marques :
H,P. GfiîMA UD. PARiS (2 de Deniers)
noniencLature iPCS : IT-1.211
étui : enveîoppe papier, marquée Jeu de Tùrof
italien / B.P. GRIMA UD / PARIS »
Les joueurs de tarot n’avaient pas
désarmé : dans quelques régions, Savoie,
Dauphiné, Bourgogne, Franche-Comté, on
continuait à préférer les « tarots italiens ».
Suivant l’exemple des cartiers transalpins,
Grimaud fit vers 1880 une version double-
tête du tarot « de Marseille ». Ce type de
cartes disparut vers 1930 comme en témoi-
112
gne une mention manuscrite de Paul Mar¬
teau, apposée sur la planche d'un exem¬
plaire plus tardif (B.N., Estampes, Kh 383
n* 260) : « Dernière fabrication. 1930 ».
Paris, B.K., Estampes, Kti 167 rés. ii^s g03-807.
Bihl : Fournier 82, 148 (n'’ 260).
116
Tarot double-tête de Gaiidais
J. Gaudais
Paris, vçrs 1860
78 cartes (compleî), enseignes italiennes
gravure sur bois coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches
I07>c 54 mni
dos : damier gris-blanc-npir
marques :
J. GA UDA iS / 20 Rue de lu Bariifue - PARIS
{As de Coupes)
CAiJDAIS (diagonale des lêtes et des
atouts)
monogramme J.ù. (As de Deniers)
nomenclature IPCS : IT-1.4 (var)
Comme de nombreux cartiers parisiens
de la fin du siècle — y compris Gri¬
maud, dont l’histoire reste à faire ! —,
114
J. Gaudais n’est pas bien connu. On sait
qu'il a édité, sous le Second Empire, des
jeux de cartomancie et on connaît de lui ce
superbe tarot au dessin original. Ici encore,
on notera qu’il s'agit d’un tarot « de
Besançon », mais traité en double-figure et
dans un style fleuri romantique tout à fait
particulier.
Parps^ B.N., Escainpcs, Kh 167 rés.
nOs 546-550.
BiùL : Fournier 82, 148 (n" 253).
117
Tarot Willcb
Willeb
Paris, vers 1950
73 cartes (complei:), enseignes françaises
offset en couleurs
papier en plusieurs couches
J10 X 58 mm
dos ‘ larotage écossais noir sur fond brun
marques ;
ÎVILLEB . PARIS (as de TrèBe ei Excuse)
La tradition des atouts allégoriques sur¬
vit dans cet étrange jeu du fabricant Wîl-
)21
leb. Ici, ks enseignes sont françaises et les
têtes inspirées du portrait officiel », Mais
les atoutst à double-figure, sont des trans¬
positions de ceux du Tarot de Marseille. Le
Bateleur (n* I) est devenu montreur de
marionnettes et fEmpereur,.. Napoléon.
Dans chaque carte, une vignette évoque le
passé, Tautre le monde actuel : ainsi Saint
Louis sous son chêne s'oppose à un tribu¬
nal moderne pour illustrer la Justice, la
Mort est représentée de façon tradition¬
nelle sur un côté de Patout n* 13 et par un
char d’assaut sur Tautre, La Fortune
(n'^ 10) montre une loterie, la Maison-Dieu
In* 16).„ Notre-Dame de Paris î La Lune
est symbolisée par un observatoire, le Soleil
(n® 19) par des bains de mer et le Monde
(n® 21) par un globe terrestre entouré des
faciès caractéristiques des quatre races
humaines, noire^ jaune, blanche et peau-
rouge.
Paris, collection Atger.
Bibi. : Kaplan, 320; Fournier S2. 152 (n* 311);
AdT. n® 4, p,l2.
■
l!6
118
Réglés du jeu de Tarocs^ comme on le joue
vulgairement à Annecy
manuscrit anonyme
Annecy, fin du xviin s.
cahier de 4 feuillets
papier avec filigrane Fms Avonod (?)
Ce manuscrit anonyme, qui a été récem¬
ment acquis par un collectionneur de Caen,
servait à emballer un jeu de tarot à ensei¬
gnes italiennes. Écrit avec application, ce
document inédit est d’un formidable inté¬
rêt car il atteste des pratiques que l'on ne
croyait connues qu'en Italie,
En fait, il s’agit de règles déjà recensées
dans le Piémont voisin (et, à l’époque,
allié) ; la première, appelée * A Fora »,
n’est autre que le Tremuno piémontais, ici
joué à deux, la deuxième, « Partie à Fécor-
ché », est une forme du Venficitu^ue à
trois, et la Partie à 4 » qui clôt le manus¬
crit nkst autre que la Partita bien connue
des joueurs piémontais du xvhp siècle.
Mais l’intérêt majeur de ce texte est la
description sans ambiguïté qu’il donne de
la valeur des atouts 2 à 5 (Papesse, Impéra¬
trice, Empereur, Pape) qui ont tous le
même rang, la levée revenant à celui qui
met en dernier. Cette prescription est
observée à Bologne où l’on nomme ces
quatre cartes papi. Ici, le terme employé
est*** Papots* A cela s'ajoute le fait que
Patout n® 20 passe au-dessus du 21, ce qui
est aussi une des caractéristiques des règles
piémontaîses modernes. La loi d’inversion
des points à Coupes et à Deniers s’appli¬
que, bien évidemment. On lira ci-après le
texte même de ce document.
Caen, collection Jean Lepoivre,
117
122
Règles du jeu de Tarocs, comme on le joue vulgairement à Annecy
Le jeu de Tarocs est composé de 78 cartes qui sont compo¬
sées de 21 tarocs y compris k fou, qui sont les Athous, de
14 coupes, de 14 deniers, de 14 épées et de 14 Bâtons, dont
chacune de ces quatre séries commence par rois, dames, cheva¬
liers, valets, dix, neuf, huit, 7, 6, 5, 4, 3, 2 et as.
Dans les 22 tarocs nous comptons 3 honneurs qui sont Tange
ou n* 20 qui vaut 5 points et qui est le plus fort des tarocs. En
Italie ckst k monde ou n* 21, ensuite Baga qui est le 1" des
tarocs et le plus foible qui vaut 5 points, et que chacun se fait
un plaisir d'enlever à son ou à ses adversaires. Ensuite le fou
qui vaut 4 points , et qu^ on ne peut pas enlever à celui qui Ta
sans pouvoir rien prendre avec lui, et servant à faire le fou sur
une cane marquante à fin de pouvoir la sauver si Ton peut :
comme par exemple si l'on joue à deux et que mon adversaire
ail 3 ou 4 épées ou telle autre série par roi, dame et valet, moi
me trouvant avoir aussi 0, 2 épées ou telle autre de même point
par cheval et as ou telle autre, je fourni {sic} mon as sur le roi.
Si on me joue la dame je fais k fou et k mets dans mes plies ; ce
qui préserve qu'on ne tnc prenne mon cheval qui n’est que
second.
Dans les 4 séries de coupes,/ deniers, épées, bâtons, les 4 rois
sont des honneurs qui valent 5 points chaque. Les 4 dames
valent 4 points chaque, ks 4 chevaux valent 3 points chaque,
les 4 valets deux points chaque, ks 10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, et as
valent un point chaque.
Tout ce qu’il y a c’est que dans les coupes et les deniers [Pas]
prend le 2, le 2 prend le trois, le trois prend k quatre, ainsi de
suite en montant jusqu^au 10, au lieu que dans les épée.s et les
bâtons c'est Tin verse, le JO prend le 9, le 9 prend le 8, le 8 prend
le 7 et ainsi de suite en descendant jusqu’à l'as.
Maintenant le roi prend la dame, la dame, le cheval, le cheval
prend le valet, moyennant que ce soit tout du même point, Le
valet prend Tas si c'est dans ks coupes et les deniers, et prend le
10 si c'est dans les épées et bâtons. El ainsi se suit comme il est
dit ci-dessus.
Dans les tarocs ou atoux depuis 2 jusqu’à 5 qu'on appelle
Papots, le dernier qui prend est maître et la plie lui vient ; et
ensuite le six est plus fort que le 5, k 7 plus fort que k 6, le 8
plus fort que k 7, et ainsi de suite en montant jusqu^au 21,
excepté que l’ange, soit le 20 dans ce pays, prend le 21 qui est k
monde.
On joue aux tarocs à deux, à trois ou à quatre, La partie à
deux SC joue à 31 points qui s’appellent à Fora.
On commence par bien démêler les cartes, ensuite/ on lève à
celui qui a la plus forte vu qu’elle commande et fait faire à son
adversaire ; on déméte de nouveau les cartes, celui à qui est à
faire donne à couper ; cela fait it donne à chacun ses 8 cartes, en
donnant 4 par 4 et tour à tour, ayant relevé chacun ses S cartes,
et les ayant examiné {sic), c'est à celui qui a commandé de faire
à jouer, si on a plusieurs tarocs a%'^ec quelques autres bonnes
caries, c'est le jeu de taroquer pour ensuite faire passer ses
autres cartes. Si l'on n'a peut {sic} ou point de tarocs, il faut
jouer la plus petite des cartes, qu'on a k point le plus long, à fin
de voir venir son adversaire et chercher à passer ses figures si
l'on en a.
Pour bien jouer à Fora, chacun doit compter les points de
son adversaire en Jouant et éviter de Ec laisser arriver à
31 points qui donnent partie gagnée. Cette Jouée étant faite,
n'ayant 31 points ni l'un ni Tautre, celui qui a donné doit
encore donner à chacun 8 cartes prises à la suite des dernières
données sans faire recouper; ensuite on continue â joulejr en
fesant bien attention aux points qu’on a déjà fait {sic), et cher¬
cher par son jeu d'arriver et finir ks 31 points s'il est possible
avant son adversaire ; alors on dit Fom qui annonce la partie
gagnée.
L’adversaire compte les points et s'il arrivoit quelques fois
que vous n'eussiez que 30 au lieu de 31, la partie seroit perdue
pour vous; quoique la partie opposée n’auroit pas même de
points; les cartes se comptent une par une, les rois pour 5,/
dames pour 4, chevaux pour 3 et valets pour 2, toutes les autres
petites cartes pour un point. Les tarocs en général pour un
point, excepté range le plus fort qui en vaut 5, Baga k I" des
tarocs et k plus foible cinq points. Par exemple le fou à cette
partie coupc comme un autre taroc, et ne compte que pour un
point. On est obligé de couper avec un taroc, St Ton n'a pas de
la carte jouée, ou si l’on n'a pas de taroc, on est forcé de s'en
aller de quelques mauvaises cartes.
Partie à L'écorché qui se joue à trois
On démêle bien les cartes, ensuite on lève à celui qui com¬
mande de faire, la plus forte commande, et si c'est un taroc il
commande de droit, d'ordinaire on commande à sa droite, à fin
de voir venir et pour faire en dernière main. Cette partie se fait
en trois donnes, cksl-à-dire que chacun fait à son tour ; ks car¬
tes bien déméiées on fait couper à sa gauche, on donne à cha¬
cun 25 cartes à commencer par la droite, par conséquent il en
reste 28 à celui qui fait ; il e.st obligé après avoir rangé ses canes
par série, d'en écarter 3 pour se rendre égal au nombre avec ses
adversaires, et l'essentiel est de se faire un écart franc, soit en
coupes, deniers, épées et bâtons, en fin desquels on aura le
moins, faisant bien attention qu'on ne doit point écarter d’hon¬
neur ni tarocs. On compte 7 honneurs qui sont l'ange, 5 points,
Baga 5 points, le fou 4 points et ks quatre rois; et si Ton ne
peut pas se / faire un écart franc on se fait une cartine ou sou
(sic) cartine, ou si l'on a (sic) pas absolument beau jeu et qu’on
ait peu de tarocs, il faut déjà se préparer quelques points par
son écart, en écartant des figures soit dames Ou chevaux qui
seroknt suspects d'ètre pris ou écorchés. Le sort de cette partie
est de chercher à .surpasser par ses points dans ses plies faites k
nombre 26 qui est Pita. Tous les points au-dessus de vingt-six
sont de gain pour la donne suivante, et s’il y en a de moins, ils
sont égaktiieni comptés en perte, et ce sont ks premiers à payer
avec ks points faits de la donne suivante; ces points payés on
compte dans ce qui reste au commencement par un si l'on
arrive à 26, si l’on surpasse c'est encore gain pour la 3= et der¬
nière donne, arrivé â cette 3^ main qui est la finale de la partie,
c'est â celui qui gagne k plus de points à faire attention s'il peut
sortir par son jeu, ayant bien l’attention de compter 1® les
points de gain ; 2"' ce qu'il peut faire s’il arrive à 26, s'il est pâta
123
s*il surpasse il a gagné, il est entièrement dehors du jeu : par
conséquent il doit jouer tous ses taroes pendant qu’il eti â
commencer toujours par le plus fort, ainsi de suite, après cela
ses plus fortes cartes, ou ses cartes franches s^ii en a. S^il arrive
que ses adversaires jouent d’un point où il auroit le roi, ou che¬
val ou valet, il est toujours forcé de prendre avec le roi et ne
peut pas basoter, risque à perdre les autres bonnes cartes, car il
est toujours forcé de jouer scs plus fortes. Les cartes se comp¬
tent à cette partie 3 par 3 pour les points, 3 caries simples font
un point, un roi et deux petites cartes font 5 points, un roi et
une dame / et une autre petite carte ne valent que 8 points.
Notez que chaque fois qn*\[ y a deux figures dans la plie, il y en
a une des deux qui perd un point, et s'il y a trois figures la plie
perd deux points de vaJeur. Le fou se compte seul parce qu’il
reste à celui que personne ne peut prendre et vaut 4 points et se
compte seul. Et celui sur la main duquel le fou a été fait qui n'^a
[que] deux cartes après avoir compté les points, compte ses
points comme si la plie étoit complette (sic). L’essentiel de cette
partie est de trouver l’écart de celui qui a fait ou donné. On ne
doit pas jouer avant qu’îl n’ait posé son écart qui lui compte
pour une plie, Ensuite rentrée en jeu se fait par la droite qui le
plus ordinairement se fait par un petit taroc, ou si on n’est pas
bien fondé en taroc, il faut hasarder un roi qui seroit suspect
d^être coupé, ou par un point où Ton se trouveroit long; mais
le plus souvent on tarotte, vu que par le jeu c’est à celui qui est
à la gauche de celui qui a fait^ qui doit faire les différentes
entrées pour découvrir fécart. L’écart étant découvert, on
cherche à en jouer continuellement chaque fois qu’on tient à fin
de faire tomber les tarocs qui sont les attoux ; et à fin de faire
couper soit écorcher les figures de votre adversaire et éviter de
lui faire le moins de points possibles.
Le sort de cette partie est de savoir bien compter les attoux
soit tarocs, à mesure qu’iJs tombent, car sans cela on ne peut
pas savoir où Ton en est, vu qu’on ne peut avoir après cela de
bonnes cartes franches et qui nous font grand jeu. Si l’on a une
longue / série d’attoux k plus risible (?) est d’enlever en
tarrottant à celui qui fa. Et bien faire attention de ne pas nuire
à son jeu en poussant trop loin.
La partie â quatre
Elle se joue comme la cadrette^ on dre les cartes, les deux
plus belles ensemble ainsi que les deux plus foibles. Cela rangé
on lève a qui commande. Celui des deux qui a la plus forte fait
faire à son voisin de droite ou de gauche. Les cartes étant bien
démêlées On fait couper à sa gauche, on donne à chacun 19 car¬
tes, 11 reste 21 à celui qui fait; il en met deux à l’écart. Cette
partie doit [se faire] sans bruit et sans chercher à [annoncer son
jeu] à son partenaire. [La partie] se joue à 36 points chaque
main ; autant [on] en fait de moins, [autant) sont [comptés] au
bénéfice de vos [adversaires pour la] main suivante; et ainsi on
fait [jusqu’à la fin] de la quatrième main ; les plies se com[pte-
TOnt comme] elles sont faites 4 par 4 et dans la [même règle
qu’à] l'écolrché] soit partie précédente et l’écart se compte seul
et ]e fou également. L'écart étant fait ayant bien soin d’éviter
de le laisser appercevoir (sic), c’est à la partie adverse à droite
que si elle a un jeu passable de tarocquer, afin d’ouvrir le jeu ;
et chercher à démonter ses adversaires de tarocs et à son parte¬
naire lorsqu’il tiendra de jouer / pour chercher l’écart. [Je
suppjose qu’il ait une dame et une longue suite du meme
[point], il doit jouer un petit de ce point pour s’assurer si c’est
là l’écart ; ou si son partenaire a eu k roî, s’il n’est pas coupé ou
si ce n’est pas là Técart; son partenaire prend du roi et doit
jouer un petit du même point pour faire passer la dame [de son]
homme ; et on continue chaque fois qu’on tient à jouer du
même point : ou s’il on en n’a (sic) plus à tarotter. Et l’essentiel
c’est d’avoir [toujours] bien soin de compter les tarocs à mesure
qu’ils [tombent] à fin de s’assurer une bonne [suijie. Et si votre
[parte]naire...ffe' papier, trop endommagé, ne permet pas de
lire les 8 dernières lignes).
119
M. A...
—' Traité du Jeu de fai’o/j, rédigé d*après ks
régies et tes soiutiatts adoptées par ie Cerele
Granveiie de Besançon / par M, A..., membre
du Cercle. — Besançon ; Ch. ^îa^lûn, Morel el
Cie, 1880. — 54 p, ;
Là tradition des cercles de Besançon est
celle qui est à l’origine des règles
aujourd’hui pratiquées par les joueurs
français. C’est en 1862 que parurent dans
la capitale franc-comtoise des Règles du Jeu
de tarots (Besançon : Librairie de Turber-
gue, 1862, 35 p. ; 8°), dont un seul exem¬
plaire subsiste à la British Library, à
Londres !
L'édition que nous présentons ici, et qui
est de 1880, reprend grosso modo les
mêmes usages que vingt ans auparavant.
On y devine ks grandes lignes du jeu
moderne, notamment dans la forme à
trois.
En revanche, les cartes employées sont
clairement celles des tarots à enseignes ita¬
liennes et la règle de l’inversion des points à
Coupes et à Deniers y est observée. L’atout
n® 1 s’appelle pagueî, le Fou excuse, le
« chien » taîon et les trois « bouts »
oudlers.
Réédité en 1902, ce traité fut ensuite
repris par Grimaud qui le fit paraître
jusqukn 1946.
Paris, B.N., Imprimés. S" V 10211.
Bibf. ; Dummetl, 292-296.
Tarots
à enseignes françaises
120
Tarot « Allemand ancien
Lequart
Paris, vers JS&O
7C cartes (sur 7S)» enseignes françaises
lithographie en couEeurs
papier en plusieurs couches
|03 x 55 mm
dos ; damier blanc, brun et marron
marques :
LEQUART. (figures)
Issu du modèle mis à rhonneur par Lefer
au début du xix* siècle (cat, 81), le tarot
« chinois » semble avoir été produit tout
au long du siècle en France (un exemplaire
signé Janei^ fabrivant à Paris se trouve
dans la collection Rothschild du Louvre) et
même en Autriche (cf. Piatnik, n® 28).
Ce jeu fut fabriqué par Lequart* puis par
Grimaud qui en maintint ainsi la tradition
jusqu^au début de ce siècle. Présenté
comme « tarot allemand », celui-ci devait
être qualifié â\< ancien » quand le « Tarot
Nouveau » fut lancé (cat* n® 125).
Paris, B.N., Estampes, Kh 167 rés. n* SCN3-3Û2.
Bitl. : Kdler, F RA 396, 399 et 40 J t Fournier 82,
150 {a'^ 303).
121
Tarot à fleurs de Chambéry'
Fossorîer, Amar et Cie
graveur : £. Kellé
Paris, 1902
40 cartes (sur 78), enseignes françaises
chromolithographie
papier
103 X 56 mm (cartes), 557x491 mm (planche)
marques 1
FOSSORlERf AMAR Æ Cie / monogramme
F,A. Cie / Marque Déposée / SOUtif
KELLERMANN 6S / PAR fS (atout 16)
FOSSORfER, AMAR Æ Cie /
PAR/S.FRANCE (Fou ci Hgurc)
£, PELLE SC. PARIS (atout 5)
Paris /902 / E. HELLE ÎNVf ET SC. (blu^
leau du Valet de Trèfle)
Cest en 1902 que le fabricant Fossorier
et Amar eut Pheureuse initiative de brUer le
« monopole » que Grimaud avait obtenu
de facto sur la production de tarots à ensei¬
gnes françaises. Forts d’une règle originale,
puisée dans la tradition savoyarde, à
Chambéry, les éditeurs firent exécuter ce
jeu par le graveur E. Heilé qui le traita
dans le style « Art Nouveau » alors à la
mode. Des fleurs ornent les atouts, les têtes
s'inspirent plus sagement du portrait fran¬
çais officiel.
Ce jeu est accompagné d*un petit livret
intitulé Régie du Jeu de tarai français qui
précise sur sa couverture que « le jeu a été
dessiné et gravé en 1902 par E* HcClé ». ti
fut tiré à 1 000 exemplaires et le texte fut
fourni par le « Club des Taroteurs du
Grand Café Émile Coudurier » de Cham¬
béry. Assez différente des régies publiées à
la même époque à Besançon (cf. cat.
n“ 119), la description qui en est faite
n'emploie pas de tarots « italiens » et
l'inversion des points est inconnue. Ici, k 1
d^atout s'appelle baga, TExcuse Fou et tes
atouts tarots. Les enchères sont assez parti-
culières et se fondent sur le nombre de car¬
tes que le déclarant souhaite « acheter ».
On joue à 5, mais aussi à 4 voire k 3.
Quand Grimaud reprit Fossorier et
Amar en 1910, il continua d'éditer leur jeu.
On ne sait jusqu^à quand. Ce tarot, devenu
fort rare, bénéficie d’une réédition en fac-
similé (avec sa règle), due aux soins vigi¬
lants des Éditions Dusserre (Paris, 1984).
Paris, B.N-, Estampes, Kh mat.
Bibi. : KelEer, F RA 397 ; Dummeti, 2SB (pour la
règle).
122
Tarot à scènes de genre de Wüst
Conrad Ludwig Wüst
Francfort, AElemagne, 1865
41 cartes (sur 7S>, enseignes françaises
gravure sur acier coloriée à la main (têtes eî
Excuse; les atouts ne sont pas colonés)
papier en plusieurs couches
LOS X dO mm
dos ; tarotage écossais vert et rouge
marque :
étoile à 6 branches avec monogramme C.L. H\
(valet de Trèfle)
nomenclature IPCS ; FT-3
C’est vraisemblablement avant 1865 que
Wüst créa, à Francfort, ce modèle de tarot
à scènes de genre qui est si familier aux
joueurs français. La matière des atouts lui
fut certainemenc fournie par les essais
125
121
il «I tî
ÜL* KtllMM-Lim
126
divers qu’avaient faits avant lui différents
carriers, restés anon^^mes pour la plupart.
Ces représentations de la vie quotidienne^
exaltant le bonheur du travail et les joies de
la vie sociale et familiale allaient bien avec
Pidéologie de la bourgeoisie irioniphanteH
On reconnaîtra parmi les atouts des thè¬
mes déjà exploités par nos tarots « franc-
fortois » (cat. n^^* 103 et J 04) : la chasse et
la pêche (atout 14), les jeux (comparer les
joueurs de quilles et de cartes de l’atout 20
avec le n’^ 16 du cat. n* I03K les moissons
(atout 6), le canotage (n® 11) ou la danse
(n” 12). Mais ici plus de scènes bibliques ou
de héros littéraires : le romantisme est
passé, nous sommes dans un monde prosaï¬
que et bien ordonné.
A la différence de ses devanciers (cal*
nos 103 ^ 104 et 105), Wüst eut l’idée de don¬
ner un semblant de rationalité à Tagence-
ment de ses illustrations. Aussi chaque
scène est-elle double, une partie se dérou¬
lant en milieu urbain, l’autre en milieu
rural. Yves Lemains, qui a bien étudié ce
sÿstème (AdT), a montré que les atouts se
laissaient regrouper par séries de 4 : 2 à
5, les 4 âges de la vie, n^^® 6 à 9, les 4 pério¬
des du jour, 10 et 11, les 4 éléments, 12
à 15, 4 sortes de loisirs et 16 à 19, les 4 sai¬
sons. L’atout 20 et k « petit » (n* 1) évo¬
quent la « folie individuelle et collective
(voir tableau avec cat. n^ 125).
La présence, sur Laioui 13, d’aune pan¬
carte affichant le prix de 9 Kreuz^r évoque
clairement k Sud de l'Allemagne. La date
de JS65 apparaît sur le calendrier, à gauche
du bureau de l’atout 4.
Lkxcuse à la mandoline est une repré¬
sentation classique (voir notamment cat.
n® 104), En revanche, les têtes appartien¬
nent à une tradition bien à part dans les
tarots allemands à enseignes françaises :
quoique dérivées elles aussi du portrait de
Paris, elles ont subi un certain nombre de
changements qu’elles ont partagés avec des
portraits courants, tel celui actuellement en
vigueur en... Hollande (type 1.533) qui leur
est très proche.
Paris, collection Alger.
Bibi. : O^Donüghue, G.120 çi G.121; AdT,
n* 4 ; Keller, GER 638; Fournier 82, 3 84
(n^ 141); Leînfcidtit 84, n^ 72.
123
Tarot a Nouveau » de Muller
A.G. Millier
Neuhausen am Rheinfall, Suis&c, I9'34
78 canes (complei), enseign-es françaises
offset en couleurs
papier en plusieurs cûuches^
107 X 58 mm
dos : taroiagc écossais bleu et noir
marque :
SA Miithr d de / Scha/fhouse {Toi de Pique)
nomenclalure I PCS : FT-3
étui : noir, impression rouge
La firme suisse Müller produit ce tarot à
enseignes françaises depuis le début du siè¬
cle, tant pour k marché intérieur (Suisse
romande) que pour l’exportation vers la
France, Il est évident que le jeu de Wüst
(voir n® précédent) lui a servi de modèle.
[| faut rendre hommage à ta qualité de
reproduction de cette version moderne : les
détails de la fine gravure d'autrefois ont été
respectés, donnant à l'ensemble un charme
rétro » que n’oni pas les productions
françaises. En ce sens le tarot de Müller a
su rester plus fidèle au modèle original de
W'üst.
Les numéros des atouts se sont parfois
déplacés, apparaissant au centre des bordu¬
res inférieure et supérieure de la carte dans
les premières éditions, puis glissant dans la
partie gauche — sans doute pour satisfaire
les habitudes des joueurs français. Un cer¬
tain nombre de détails infimes différen¬
cient ce jeu des versions françaises moder¬
nes dont le trait a parfois évolué jusqu'à
transformer passablement les scènes
représentées.
Paris, B.N., EsEampes, don Müller.
Bibi. : AdT. n'" 4; Zürich 78, 159; Kaplan,
323 ; Leinfetden 84, n* 74.
124
Catalogue de représentant de Crimaud
B.P. Grimaud
Psris, fin du XIX' s.
31 ff. numérotés avec échanûllans de canes
titre :
CARTES A JOUER / Françaises et Etrangè¬
res / B. P. GRIM AUD
Chartier^ Marteau Frères & Boudin
successeurs
34, rue de Lancry\ 54 / PARfS
Comme tous les carriers, Grimaud
munissait ses représentants de catalogues
d'échantillons* Ceux-cî sont, de nos jours,
très précieux pour identifier les jeux, leurs
127
Les atouts du « Tarot Nouveau »
N-’
carte
Thème
général
Thème
de la carte
Représentation
urbaine
Représentation
rurale
2
l’enfance
fillettes jouant dans
un parc
garçonnets jouant
à la « revue »
3
Les
quatre
âges
radolescence
groupe de jeunes dans
un parc
trois jeunes filles en
costume* au bourg
4
râge mûr
au bureau
femme avec ses enfants
5
la vieillesse
le grand-père
la grand-mère
6
le matin
le petit déjeuner
le fauchage des blés
7
Les
quatre
périodes
du
jour
le midi
la discussion au salon
le repos dans un champ
8
le soir
le salon de musique
la famille réunie au
seuil de la maison
9
la nuit
le retour à la maison
après la chasse
le veilleur de nuit
10
Les
quatre
éléments
— la terre
— Tair
— la mine
— berger dans la montagne
11
— Teau
— le feu
— canotage sur un lac
— le pique-nique (*)
12
la danse
soirée dansante
bal populaire
13
Quatre
les emplettes
le magasin
le magasin du bourg
14
loisirs
le plein-air
la chasse
la pêche
15
les arts
la photo
la peinture
16
le printemps
jardinier dans le parc
la tonte des moutons
17
Les
quatre
saisons
Lètè
sur l’hippodrome
rètendage des blés
18
r automne
au marché
le battage des blés
19
rhiver
le patinage
la veillée
10
Le jeu
le jeu
le jeu de cartes
le Jeu de quilles
21
La « folie »
collective
le carnaval
le défilé militaire
l
individuelle
— pierrot
— le fou et la ballerine
{*) Dans le tarot de Wüstj les pique-niqueurs font chauffer leurs victuailles sur un feu. D'après Y. Lemains^ AdT,
128
dos, leurs « portraits » et leurs appella-
tions^ Les folios 14 et 15 sont consacrés aux
tarots. Le P 14 présente le TAROT ALLE¬
MAND^ dont deux modèles sont alors dis¬
ponibles : le tarot « chinois » (cF. cat.
n® 120) qui porte id le 142-143, et le
tarot « nouveau » (cf. cat. n" 125), inscrit
sous le n” 144-i45. Le folio suivant (15)
montre le TAROT !TALfEN. modèle « à
deux têtes »» n* 42-43 (cf. cat. n® 115) et
modèle « à une tête », n® 42 bis-43 bis (cf.
cat. n'" IJ5),
Paris, B.N,, Estampes. Kh 40t/4“,
125
Planche d''un jeu de Taroi « Allemand! »
ou Tarot Nouveau »
B.P. Grimaud
Paris, vers 1900
38 canes (sur 78), enseignes françaises
chromoli Ehôgraphic
papier
650x398 mm (feuille), 110x62 mm (caries)
marques :
monogramme B,P. G. (atouLS)
B.P. CRIMA UD / FRANCE (ïetes et Excuse)
nomenclature IPCS : FT-3
élui : enveloppe papier TAROT ALLEMAND /
78 cartes / B.P, GRÎMAUD »
« Ce jeu a été composé et édité pour la
Savoie sur la demande de l’Administra¬
tion des Contributions Indirectes, Les
Savoyards, auparavant, employaient un
jeu allemand, ce qui était contraire à la loi
française interdisant l’usage en France de
Jeux fabriqués à Tétranger, »
Cette note manuscrite de Georges Mar¬
teau, alors directeur de la firme Grimaud,
accompagne un des tout premiers exem¬
plaires chromolithographies du tarot
« allemand », devenu depuis notre « Taroi
Nouveau ». Le modèle de ce jeu est, bien
évidemment, le tarot que la firme Wüst, de
Francfort, créa vers 1865 (cat. n'^ 122).
Malgré la différence de coloris et quelques
libertés prises avec roriginal, la version de
Grtmaud reste assez fidèle à son pendant
allemand.
Grimaud eut, jusqu’en 1945, la quasi-
exclusivité de la fabrication et de la vente
de ce modèle spécial. Seuls Fossoricr Sc
Amar, avant leur rachat par Grimaud, osè¬
rent eux aussi affronter le marché savoyard
(cat, n* 121). Les « indices » (initiales des
têtes et des points, en coin de la carte)
n’apparurent qu’aprés la Seconde Guerre
Mondiale, Quant à l’appellation « Tarot
Nouveau », elle semble s’éire imposée vers
1920, par opposition au tarot « allemand
ancien », c’est-à-dire, à sujets chinois (cat,
n'^ 120),
Incontestablement, l’apparition de ce jeu
sur le marché français fit beaucoup pour le
regain de popularité du tarot en France
auquel désormais cet unique portrait paraît
lié. Aussi en trouve-t-on des exemples chez
tous les fabricants, tant français (Héron-
Boéchat, Catel et Farey, etc.), qu'étranger
(Carta Mundi, en Belgique, ou Piatnik, à
Vienne, par exemple).
On trouvera ci-contre un tableau don¬
nant les clefs des scènes de genre caractéris¬
tiques de ce tarot.
Paris, B.N.. Estampes, Kh mai. (planche) et
Kh 167 rés. n® 840 (enveloppe).
BibL : AdT, n° 4; Keller, FR A 400; Dummect,
288; Fûurnier 82, 153 (n® 363); Leînfelden 84,
75.
126
MX. A„,
— Le Jeu de tarors — tarot nouveau, 78 canes :
méthode théorique et pratique. Rèfiies générales
adoptées par tous tes cercies et cafés de ta Bour¬
gogne, de la Franche-Comté et de TEsi de la
France / par M.L. A..,, amateur, et les membres
de rAcadêmie de Tarots de Dijon. — Paris î
Bornemann, s.d. 11926]. — 32 p.; 16°.
Collection « Tous lés jeux et leurs règles »,
Publié par les éditions Bornemaiim, spé¬
cialistes reconnus des règles de jeux, et réé¬
dité sans changement jusqu’en l%7, ce
petit ouvrage représenta pendant long¬
temps une des rares règles imprimées du jeu
de tarot qui fût accessible.
Par rapport aux usages désormais codi¬
fiés par la Fédération Française de Tarot,
le traité dijonnàis marque une phase anté¬
rieure du jeu français : on y pratique
Vappet à 4, l’acAd'/ et le solissimo. Mais
déjà les erichères modernes pousse}
font leur apparition dans une forme à 3
joueurs.
La Seconde Guerre Mondiale allait accé¬
lérer révolution du tarot français dont les
formes actuelles se lisent déjà dans le traité
de Victor Mornieux (cf, n* suivant).
Paris, B.N., Imprimés, 8® V 43557 (I9).
Bitl. : Dummeti, 292-296.
127
Mornieux (Victor)
— Méthode tnoderne du Jeu de tarots (tarot
nouveau — 78 cartesj. Régies générales du Jeu
moderne et nombreux conseils / par Victor Mor-
nieux. — [Oullim] : (L. TouillieJ-|, 1952. —
49 p. - (table) : 24*,
De Besançon, foyer actif à la fin du siè¬
cle dernier, la diffusion des règles du tarot
passa à Dijon (cf, cat. n® 126). Depuis la
Libération, il semble que Lyon soit, à son
tour, devenue un centre de rayonnement du
jeu. C’est, d'ailleurs, à Lyon que Tactudlc
Fédération Française de Tarot a son siège.
Le petit ouvrage de Victor Mornieux
parut en 1952 à OulHns, dans la banlieue
lyonnaise, II fait état d’une expansion du
jeu qui est désormais exdusiveniem prati¬
qué avec des cartes à enseignes françaises et
un ordre naturel » des points dans les
quatre couleurs.
Paris, Ü,Nr, Imprimés, 16® V 3368.
BibL ; Dummeu, 296-300,
129
130
L’occultisme, un « détournement » ?
La France a bien mérité du tarot. Pôle de rayonnement du jeu, exportant ses pro¬
ductions même en Italie (un comble!), notre pays est aussi le lieu de naissance
d’une tradition ésotérique aujourd’hui largement diffusée, notamment à travers la
cartomancie.
Mais si cette dernière esquisse une timide entrée en scène en plein Siècle des
Lumières, il faut attendre la publication, en 1781, du 8" volume du Monde primi¬
tif d’Antoine Court de Gébelin pour voir le tarot, alors inconnu à Paris, inspirer
la verve « étymologique » de ce pasteur protestant et franc-maçon qui crut décou¬
vrir dans ses « ûfous » les images d’un livre secret venu des « anciens Égyptiens ».
A l’appui de sa thèse, Court de Gébelin donne les reproductions d’un modèle
alors courant, celui du Tarot de Marseille (cat. n"^ 128).
Après avoir tenté de tracer l’histoire et l’étymologie du jeu, l’auteur laisse la
parole au Comte de M."*"** qui, reprenant les mêmes explications, justifie un usage
divinatoire du tarot chez les Égyptiens.
Toutes ces divagations ne devaient pas rester lettre morte. Deux ans plus tard,
un cartomancien du nom d’Etteilla se fondait sur Court de Gébelin pour proposer
sa méthode de divination par le tarot : la publication, en 1783, de Manière de se
recréer avec le jeu de caries nommées tarots représente le coup d’envoi d’une riche
tradition appelée à se populariser rapidement.
On ne sait rien d’EtteiUa (anagramme d’Alliette), pas même s’il était vraiment
« perruquier », sinon qu’il fit paraître quelques ouvrages entre 1770 et 1791. Per¬
suadé de l’origine égyptienne du tarot, il entreprit de « rétablir » la véritable iden¬
tité des 78 cartes et conçut pour ce faire un Jeu « égyptien » dont on ne connaît
que des exemplaires plus tardifs {cal. n® 131, n® 135 et n® 137), encore édités de
nos jours.
Toutefois, un deuxième courant d’interprétation, plus franchement tourné
vers l’occultisme, vint se superposer, toujours en France, aux idées avancées par
Court de Gébelin et Etteilla. C’est Elîphas Lévi, en 1856^ avec Dogme et riruei de
la haute magiCt qui fut le promoteur de cette nouvelle tendance, donnant au tarot
sa pleine valeur ésotérique et initiatique.
Peu soucieux de vérité historique et de références sérieuses, cet étrange person¬
nage, de son vrai nom Alphonse-Louis Constant (1810-1875), invoque à la fois la
Kabbale, Hermès Trismégiste, raichimie et l’astrologîe pour affirmer que le tarot
recèle un secret qu’il prétend révéler.
A sa suite, de nombreux auteurs reprirent ses théories et celles de Court de
Gébelin. C’est à Paul Christian (Jean-Baptiste Pitois, 1811-1877) que nous devons
l’emploi des termes lames et arcanes, devenus classiques dans la littérature ésotéri¬
que pour désigner les cartes de tarot (L^Homme rouge des Tuileries, Paris, 1863).
Le mouvement culmine dans les dernières années du xix« siècle avec les figures
de Stanislas de Guaita (1861-1897), Oswald Wirth (1860-1943) et surtout Papus
(Gérard Encausse, 1865-1916), immortel auteur du Tarot des Bohémiens (Paris,
1889 ; cat, n'" 142).
La diffusion à Pétranger des idées occultistes françaises se fit assez tôt. Les
théories de Court de Gébelin furent connues en Allemagne et en Italie dès ïa fin du
xvill' siècle. Celles des écrivains français du XIX' reçurent un large écho en Angle¬
terre, écho amplifié par Inorganisation de sectes diverses (Socteias Rosicruciana in
AngUa et, surtout, Hermetic Order of the Goiden Des personnages qui
s’illustrèrent dans ce mouvement émergent les figures d’Arthur Edward Waite,
d’Aleisler Crowley et du poète W.B. Yeats.
Le premier, qui vécut de 1857 à 1942, fut le traducteur d’Eliphas Lévi et de
Papus et Fauteur d’un livre, The Key to the Tarot, qui parut en 1910 accompagné
d’un jeu entièrement redessiné (cal. n'’ 149). A, Crowley (1875-1947) écrivit lui
aussi un livre de la même veine, The Book of Thoth (Londres, 1944) qui servit de
base à un étrange tarot illustré par Frieda Harris (cat. n® 150).
D’Angleterre, le mouvement occultiste s’installa aux États-Unis où il connaît
de nos jours une vogue sans précédent.
Face à la floraison extraordinaire, outre-Atlantique, de créations nouvelles, la
France fait figure de conservatoire de la tradition classique : Paul Marteau, qui
dirigeait la fabrique B.P. Grimaud depuis la mort de son oncle, assistait à la lente
désaffection des joueurs français pour le tarot « italien », même mis, sur le tard, à
double figure. C’est lui qui eut l’idée de réserver ce jeu aux cartomanciennes, qui
se l’étaient déjà approprié. Passionné d’ésotérisme, il relança en 1930 le tarot tra¬
ditionnel, baptisé pour la circonstance « Ancien Tarot de Marseille ». Paul Mar¬
teau savait de quoi il parlait : non seulement il avait interrogé chaque carte (P.
Marteau, Le Tarot de Marseide, Paris, 1949; cat. n* 146), mais il avait sous les
yeux les nombreux exemples anciens de sa superbe collection, aujourd’hui abritée
par la Bibliothèque Nationale et dont plusieurs pièces sont présentées dans cette
exposition.
Le Tarot « Egyptien » et la tradition d’Etteilla
128
Couri de Gébelin (Antoine)
■— Mortiie prîmkiff anaiysé et comparé avec ie
momie moderne : ou Dissertations mêlées
f..,) / par M. Cours de Gébelin, de diverses
académies, censeur royaï — A Paris : chez
l'auteur; chez Valleyre l*aîné; chez Sürin,
M. DCC. LXXXI 11781]. — 24^LXXI1.6t)0 p.;
4 ^
(t Huitième livraison ». EKcmplaire relié
maroquin rouge aux armes de Marie-Anioinette,
Les neufs volumes du Monde primitif sont parus
de 1773 à 1782.
1984 est un peu Tannée Court de
Gébelin... Le père de Toccultisme est mort
en effet en 1784, après avoir fait paraître
les 9 volumes de son Monde primitif. Né
du côté de Nîmes, vraisemblablement en
1725, Antoine Court suit son père, pasteur
protestant, dans son exil suisse. C’est là
qu'il vécut pendant la première partie de sa
vie, s'y faisant naturaliser. Venu s'installer
à Paris en 1763, il y déploya une activité
fébrile, tant auprès de la communauté
protestante dont il se fit le porte-parole,
qu'auprès de la loge des Neuf-Sœurs, dont
il fit partie et dont il devint même, dix ans
après, le secrétaire.
C’est vers 1768 que Court de Gébelin
entreprit son « grand oeuvre ?>. « Les neuf
volumes de Touvrage — écrit Jean-Marie
Lhôte (op, ctt.) — dont la publication fut
seulement interrompue par la mort,
constituent un monument d’érudition
bizarre où la fantaisie fait parfois
sourire..*». Pourtant, d'éminents
personnages figurent parmi les
souscripteurs, parmi lesquels la famille
royale — Texemplaire ici présenté a
appartenu à Marie-*Antoinetie —ou des
savants, tels Diderot, d’Alembert,
Franklin, etc.
C’est, bien siir, le volume 8, de 1781, et
plus précisément la « dissertation »
consacrée au « Jeu des Tarots », qui nous
préoccupe ici. A la recherche des signes de
son « monde primitif i>. Court de Gébelin
s'arrêta sur les allégories du tarot, celui
connu de nos jours sous le nom de « Tarot
de Marseille ». Son ouvrage est un long
commentaire de ces aious (il n"y est pas
question de « iames » I), accompagné de
reproductions plutôt maladroites. C’est
ainsi que le Pendu se retrouva... sur ses
pieds.
Bien que n’en ignorant pas Tusage
ludique — il en donne une règle à deux
joueurs —, Court de Gébelin vit dans ces
images un « livre égyptien », capable de
s'appliquer aussi à la divination. Dans un
chapitre complémentaire, notre auteur
laisse la plume à un mystérieux « C. de
M... » (Comte de Mellet ?) qui y développe
Taspect divinatoire, en se fondant plutôt
sur le caractère « hébraïque » du tarot, ici
baptisé « Livre de Thot ». Assez
curieusement, c'est sur un « Tarot de
Besançon » que se fonde son analyse. La
« science occulte » du tarot était née. On
mesurera au fil des numéros qui suivent
combien occultistes et cartomanciens sont
redevables de leur interprétation à Court de
Gébelin et à son partenaire,
Paris, B.N,, Imprimés, Réi. X 669.
Bibt. : D'Allemagne, f, 475; Bielefdd 72,
n'" 64 ; Kaplan, 12-14; Dummelt, 102-105;
Cûurc de Gébelin, Le furot, présenté et
commeniÉ par Jean-Marie Lhôte, Paris, 1983,
129
Fttellla (Alliette, dit).
.Manière de se recréer avec te jeté de cartes
nommées tarots : pour servir de troisième cahier
à cet ouvrofte / par Elteilla — A Amsterdam et
5e trouve A Paris : chez Segault ; chez Legras,
1783. — 58 (1) p. — ni.; 12'".
Frontispice grave ; « /O / Lu Tentpérance ».
Paris, B.N., Estampes, Kh 108/4" rés.
130
FtteilLa (Allietle, di()«
Manière de se recréer arec le Jeu de cartes
nommées tarüfS : pour servir de tfttatrième
cahier à eet ouvrage / par Ëtteilla “ A
Amslerdain ei se trouve à Paris : chez Tauteur,
1785. — 256 p. — ill. ; 12".
Frontispice gravé : « 12 / La Prudence ».
Paris, Bibliothèque de TArsenal, 8" S 14394 (3),
Etieüla (anagramme d’AllieUe) peut sc
flatter à juste titre d’Itre le
M réformateur » de la cartomancie, à tout
le moins d'être le père-fondateur de la
divination par le tarot.
Il semble impossible d'extraire des
innombrables informations qui courent sur
Etteilla la moindre date sûre. Son dernier
livre est paru en 1791, après quoi on perd
sa trace.,* il affirme qu'il cherchait déjà en
1753 à percer le secret des cartes.
Cependant, son premier ouvrage connu ne
semble pas avoir été publié avant 1770 et ne
concerne que les cartes ordinaire.s. Parfois
présenté comme «perruquier»,
.Alliette/Etteilla s'intitulait lui-même
« professeur d'Algèbre ».
C'est en 1783 et 1785 que parurent les
quatre « cahiers » de Manière de se
recréer..., accompagnés chacun d'un
frontispice gravé en taille-douce illustrant
une « vertu cardinale ». C'est la lecture de
Court de Gébelin qui décida Etteilla à
offrir au public sa propre interprétation du
« Livre de Thot ». L'ordre de parution des
« cahiers » ne fut pas chronologique : le
premier et le troisième furent publiés en
1783, ornés, respectivement, des gravures
de « La Justice/n® 9 » et de « La
Tempérance/n® 10 », le second et le
quatrième parurent en 1785 avec « La
Force/n® II » et « La Prudence/n® 12 »,
celle-ci n'étant que le Pendu renversé cher à
Court de Gébelin et ici figuré sous la forme
d’une allégorie féminine assez étrange (cf,
n® 130)*
La question est de savoir si Etteilla est
bien Tauteur des cartes connues
aujourd'hui sous le nom de <i Grand
Etteilla » (cf. cat. n’" suivant)* Outre qu'on
y retrouve les quatre « vertus » illustrées
dans les frontispices, les images modernes
sont suffisamment fidèles à la description
qu’en donne Tauteur dans son « troisième
cahier » pour permettre une attribution
certaine. Toutefois, en 1783, Etteilla avoue
avoir renoncé à son i mention de faire
graver les 78 Hiéroglyphes du Livre de
Thot (**.) ayant supputé les frais, la
fatigue, ie goût général du siècle... »
(premier cahier, p* 124), On peut penser
alors que le « Jeu de Cartes corrigées »
qu’il vendait pour 3 livres 12 sols, et dont
l’annonce se retrouve en divers endroits de
ses publications à partir de 1783, n’éiail
qu'un tarot de production courante
transformé par ses soins, manuellement.
Dans le troisième cahier, il propose l’achat
de la série en souscription et promet que le
jeu qui l’accompagne « sera délivré dans
l'instant, ou peu de jours après s'il n'y en
avait pas de corrigé ».
]33
0
U
I, A 1 ‘ FM M nv
119/130
Maïs peut-être fit-il faire enfin, quelques
années plus tard, un véritable jeu. Un
témoignage inauendu nous est fourni par
Eliphas Lévi dans son Dogme ei riîueî de h
houre magie, en 1856 (cf cat, n® 139).
Celui-ci, clamant son mépris pour « cet
ancien coiffeur, n'ayant jamais appris ni le
français ni fortliographe », nous donne
une précision qui ne s'invente pas :
« Sur le tarot quMI [Etteilla] fit graver, et
qui est devenu fort rare, on lit à la carte
vingt-huitième (le huit de bâtons) cette
réclame naïve : “Etteilla, professeur
d’algèbre, rénovateur de la carîonomancie
et rédacteurs (sic} des modernes
incorrect ions de cet ancien livre de Thot,
demeure rue de fOseîlle 4S, à Paris" »
(tome II, pH 279). Ainsi donc Alphonse-
Louis Constant avait eu entre les mains
l’authentique tarot d'Etteilla !
Bibî. : D'Allemagne, I. 475-478; BN 63,
n“ 367 : BieEetelcl 72, n® 65 ; DuEumett, 105-110.
I.A jr STICK.
19.
3.A ÏRrDEN'CE .
TA TORCE.
131
Tarot « Égyplien » — Grand Etteilla
Paris (?) première moitié du xtx* s.
73 cartes (sur 78), enseignes italiennes
gravure sur cuivre coloriée à la main
papier en plusieurs couches
107 X 56 rum
dos ; arborescences mauves
nomenclature Hoffmaiin ; Grand Etteilla l
La comparaison des quatre vertus de ce
jeu avec les gravures qui ornent les livres
d'Etteilla permet de dire que ces cartes sont
assez fidèles au modèle d’origine et que
nous avons là les images conçues par
Etteilla lui-même. Il faut une perspicacité
certaine pour retrouver la filiation des allé¬
gories : on ne connaît pas les principes qui
ont guidé le cartomancien parisien dans
son traitement iconographique du Tarot de
Marseille revu par Court de Gébelin. Bous¬
culant Tordre conventionnel, transformant
complètement le sens de certaines cartes, il
compose un « jeu » assez, mystérieux et
naïf à la fois.
Les 2Ï atouts ^ ou ce qui en subsiste —
sont numérotés de 1 à 21, les caries ordinai¬
res, elles aussi passablement modifiées, de
134
22 à 11 J le Fou fermaitï la marche avec le
n"" 78.
On trouvera ci-dessous les correspon¬
dances entre le Tarot de Marseille et les
images d’Etteilla, non sans constater que
les atouts H à V (Papesse, impératrice.
Empereur et Pape) ont été prudemment
remplacés par des cartes nouvelles,
«Etteilla/Questionnani» (n* 1),
« Etteilla/Questîonnante » (n“ 8). et les
cartes 6 et 7 qui évoquent la Création du
monde :
Etteilla
2^ Éclairci ssemeru
3. Propos/Eau
4. DépouilÈcment/Air
5. Voyage/Terre
9, La Justice
10. La TempéraiiiCe
11. La Force
12. La Prudence
13. Mariage
14+ Force majeure
15. Maiadk
16. Jugement
17. Mortalité
18. Traître
19. Mîsère/Prison
20. Fortune
21. Dissension
78, Folie
Tarot de Marseille
le Soleil (XIX)
la Lune (XVIII)
l’Éloüe (XVK)
le Monde (XXI)
la Justice (VllI)
Tempérance (XIV)
la Force (XI)
le Pendu (XIl)
1*Amoureux (Vl)
le Diable (XV)
le Bateleur (1)
le Jugement (XX)
la Mon (XIII)
rErmiic (IX>
la Maîsûiî’Dieu (XVI)
la Roué de Fortune (X)
k Chariot (VII)
k Fou
Profitant de regyptomanie du moment,
Etteilla s'écarte de Court de Gébetin et pro¬
pose un système complet destiné à la divi¬
nation. Bousculant Tordonnancement du
Tarot de Marseille, il replace les allégories,
parfois débaptisées, dans un ordre à lui.
Les cartes numérales, numérotées de 22 à
77, offrent deux parties. Tune où se placent
les enseignes traditionnelles — mais redes¬
sinées —, Tautre restant parfois vide (Cou¬
pes et Deniers), ou s’ornant de symboles
divers (Bâtons, Épées). Le « Grand
Etteilla » eut de nombreux successeurs, pas
toujours fidèles, mais tous assignés à notre
« professeur d’Algèbre >î.
Paris, B.N., Estampes, Kh 212.
Bîbi : D’Allemagne, I, 476et 482-434: Bîelcfeld
72, 66; Kaplan, 141 et 252 ; Dutnmcit.
no-HL
133
« Le Pelil Üracle des liâmes »
Veuve Gueffier
Paris, 1S07
42 cartes (complet), enseignes françaises
eau-fone coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches
90 X 58 mm
dos ; blanc uni
L.V Pui trK.st'l..
Lk f'JCrPLK +
131
132
éiui carton recouverl de papier relieur avec éii-
queties Le Peiii Oracle des Dames / ou /
kêcréatton des Curieux. // A Paris, chez la
Vve Gueffier / relieur, rue Galande, n® 6/.
livret d’accompagnemenl : Le pefîi orack des
dames : ou récréation des curieux, contenant
72 figures coloriées formant un Jeu complet
de 52 Cartes (sic), avec la manière de tirer ies
carres^ tant avec ce Jeu^ pu'avec ies cartes
ordinaires. — A Paris ; chez la Veuve Guéf-
fier, an 1807. — 64 p. —; 8^.
Quoiqu’orné en coin.? de reproductions
de cartes ordinaires à enseignes françaises,
cet exquis petit jeu de divination Empire
offre, en fait, une iconographie qui est celle
du tarot. On retrouve, en effetj dans les
21 premiers numéros, lés allégories bien
connues : la Lune, par exemple, qui n’a
pas perdu ses deux chiens hurlant (n" 3), la
Prudence, qui n'est autre que le Pendu
M corrigé » par Etteilla (n* 9), la Maison-
Dieu (« Création de l’Homme et de la
Femme » — 5) ou encore le Bateleur et
le Fou qui se partagent la carte n* 2L On
notera que la présence de Junon (n* 20) et
Jupiter (n° 18) renvoie au modèle « de
Besançon »,
Un autre exemplaire, sans étui ni livret,
se trouve dans la collection Georges Mar¬
teau (Estampes, Kh 167 rés. n^^*450-452),
Paris, B.N.j Estampes, Kh 179 rés.
BibL : O'Doisoghue. F. 56 et F. 57; D'Alkma-
gne, l, 478 et 482; Biekfeld 72+ 68; Kdler,
FR.A 227.
Lit Ih ffi/e
JjC Feftple
133
Nouvel Btieilla »
Robert
Paris, vers ISIO
36 cartes (complet?)
eaii-forie coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches
73 X 49 mm
dos : pois rouges sur fond utii rose
étui carton vert avec étiquettes : NOUVEL
ETTEILLA / ou le peîit Nécromancien. //
Peiiî Oracle des Dames.
A PARÎSy chez Robert rue de l’Arbre sec,
N^ 26 au i".
livret d'accompagnement : Explication des dif-
Jérenles manières dont il faut se servir pour
faire usage de ce Jeu de cartes. — A Paris :
chez tous ks marchands de nouveautés, s,rf.
— 41 p. — ; 24*.
Malgré le livret d’accompagnement, qui
doit être le fruit d’un plagiai, les 36 (et non
33) cartes de ce jeu de cartomancie ne
s^ornent plus de représentations de caries
ordinaires. Ici la référence à Etteilla est
claire, mais seules 8 figures de tarot sont
t35
I
encore utilisées : T Amour (n® i), Jupiter
(« Protecteur », n® 2)^ Junon (« Protec¬
trice », n* 3), la justice (n® 4), la « Pru¬
dence » (n® 14 — c’est le Pendu revu par
Elteilla)) le Pape (« Mariage-Union »,
n® 15), rÉtoile (« ÉclaircUsements »,
25) et la Mort (n* 36). Il s’agît, en fait,
d’un dérivé du précédent, avec Jupiter et
Junon.
Paris, B.N*. Estampe, Kh 9 rés.
134
Tarot « Égyptien » — tirand Eüetlla
Erance, troisième quart du xix^ s.
75 cartes (complet), enseignes italiennes
gravure sur acier coloriée à la main
papier en plusieurs couches
lOÎx 65 mm
clos ' uni blanc
nomenclature Hoffmann : Grand Etteiila I
Il s’agit ici d’une variante plus orientali-
sante du « Grand Etieilla I » (cL eat.
n® 13i), exécutée dans un style plus tardif.
Toutes les représentations sont inversées
gauche/droite par rapport au prototype.
La référence à TÉgypte et à TAssyrie est ici
plus poussée. Ce jeu est, toutefois, difficile
à situer car on n’en connaît ni le fabricant
ni ta date.
Paris, B.N., Estampes, Kh 353 n® 274,
Bibi. : BN 66, n" 425; Kaplan, 143.
B5
Tarot « Égyptien » — Grand Ttteilla 11
France, deuxième moitié du XtX’ s,
78 cartes (complet), enseignes italiennes
gravure sur bois de bout coloriée à la main
papier en plusieurs couches
12S X 79 mm
dos ; losanges et motifs géométriques mauves
nomenclature Hoffmanri ; Grand Etteilla 11
Paris, B.N,, Estampes, Kh 353 n® 275,
136
Tarot « Égyptien » — Grand Etteilla H
France, milieu du xix* s.
78 cartes (complet), enseignes ilaliennes
gravure sur bois de bout coloriée à la main
papier
cahiers reliés en forme de livre (hauteur :
170 mm)
nomenclature Hoffmann ; Grand Etieilla 11
Paris, B.N., Estampes, Kh 123 rés.
Ettdlla s*était encore senti lié à
rancienne représentation de la Pru¬
dence », c’est-à-dire au Pendu renversé de
133
\u
'xiaasDKvn aMKon
riiuq «UKCffîu
1.6 uiïniinjiiiileiird4SiiCû[hALruL:ii4)n»<t'ii piijUL J
xAvniB-irMU. —* Anrutniwt.,
- 3 ^ 11:391 naivi Ni I —
ü" 'Ljnj<| ïiiuttinq s^fiaf
i II iKüiiiièï' M?ii:knK>uii U nm h J}, f j'i
virroiHH,
136
I
Court de Gébeliii. Mais son originalité ne
pouvait être comprise de dessinateurs plus
attachés à une certaine orthodoxie. Aussi
remptaça-t-on rallégorie d'Etteilla par une
femme au miroir, conforme à la tradition.
[| en alla de même pour la Tempérance qui
renoue ici avec une iconographie ancienne,
qu^on trouve déjà au xvie* siècle {mors en
main et éléphant). Ces transformations
altérèrent quelque peu la logique du « tarot
égyptien » — formant ainsi une deuxième
génération —, mais celui-ci y gagna en
popularité.
On connaît de très nombreux exemples
de ces cartes, qui semblent avoir été diffu¬
sées sous forme de planches non découpées
ou encore de cahiers (n® U6). Elles étaient
parfois montées sur carton {n® 135).
HibL ; Witlshire, F, 84; BN 6*. 429; Biek-
feld 72, a® é9 ; Dunimett. 111-112; Fournier 82,
136 (n“ 88).
137
Grand jeu de l’Oracle des Dames »
Delarue
Paris, après 1890
78 cartes (complet), enseignes italiennes
ch rom olit hograph le
papier en plusieurs couches
130x65 mm
dos ; losanges et motifs géométriques bleus pâles
timbre gras t « Réf>ubIi0ie Française — Décret
du Î2 avrif Ï890 » (2 d^Épées)
namenclature Hoffmann : Grand Etteilla IH
Ce jeu représente une troisième généra¬
tion, plus tardive, du « Grand Etteilla ».
De même qu’Etteilla avait librement inter¬
prété son modèle, de même k créateur de
ces cartes a interprété Etteilla. Son prin¬
cipe : tout ce qui paraissait incompréhensi¬
ble devait être changé. De ce fait, les rémi¬
niscences du Tarot de Marseille et de Court
de Gébelin s'atténuèrent grandement. Cer¬
tes, on retrouve le Fou sous le n° 78 et le
Bateleur sous le n® 15, Le Monde est
devenu une curieuse allégorie de
« rHomme et les Quadrupèdes », sur fond
Orné rouge, qui n'est pas sans évoquer les
papiers peints du Second Empire. Ce même
fond se retrouve sur l'image de la Prudence
(n® 12), inspirée, non plus d’Etteilla, mais
de ses imitateurs (« Grand Etteilla II », cT
cat. n* 135), comme cela est le cas pour la
Tempérance, qui a toutefois perdu son élé¬
phant. La Force (n® 11) et la Justice (n* 9)
ont conservé Pallure si particulière des des¬
sins d’Etteilla.
Ce jeu, dû à l’éditeur parisien Delarue,
ne porte pas de marque. Mais l’étui d’un
exemplaire identique du British Muséum
136
indique qu'il fut dessiné par G. Regamey et
lithographié par Haugard-Maugé. Un
autre exemplaire^ conservé dans la Collec¬
tion Rothschild du Louvre, se trouve collé
dans un volume de cartes à jouer et autres
images populaires, constitué vers 1860. 11
s’agirait alors d’une des toutes premières
chromolithûgr^hies.
Fac-similé : Editions Dusserre, 1982.
Paris, B.N., Esiampcs, Kh 333 n® 278.
Bibl : Willshire. F. 87; D’Allemagne, I. 484;
BN 66, n" 432; Bietefdd 72, n® 70; Kaplan.
142; Dummett, 1(1-112; Kdler, FRA 214;
Fournier 82, I3l (n® 3l0).
138
Tarot de Marseille avec mentions divinatoi-
res manuserites
François Tourcaty fils
Marseille, France, début du xix^ s.
75 cartes (sur 78), enseignes italien nés
gravure sur bois coloriée au pochoir
papier en plusieurs couches
1(3x61 mm
dos ; carrés avec étoiles à 4 branches
marques :
/, FRANÇOIS . TOVRCA TY FfLS . ANNO
( / {2 de Deniers)
F.r. (écusson du Chariot)
B/A (pour BAions, sur les points)
Droit
Kl’‘rEiLLX
XfsVS[NOt_l<îHnt) 31
KOtJ.vxh;3KDnv
0£ az-
138
i37
I
E/s (pour ESpé^s» sur les points}
nomcnclaiure IPCS : ÏT-L
Les 75 canes de ce Taroi de Marseille du
début du XIX» siècle ont été réutilisées à des
fins divinatoires et numérotées à la plume
de l à 78, selon un ordre des plus curieux
qui ne doit rien à Elteilla. Deux mains ne
sont succédé : l'une a inscrit de courtes
mentions d’une grosse écriture que Tautre
a rayées pour placer de nouvelles légendes
en plusieurs endroits des cartes. Le Bâte-
leur, par exemple, porte le n^ lû. La pre¬
mière main avait écrit * mafadw » en haut
de la carte. La seconde a raturé cette men¬
tion, reportant le même mot en bas et lui
ajoutant « 2^ nouveiks (sic) agréable ».
Dans Tautre sens, elle a écrit « cérémonie
religieuse »,
La carte numérotée l (roi de Coupes) est
le Consultanf, la carte numérotée 78 (5 de
Deniers !) porte la mention « ne pas faire
de folie »,
Le jeu employé est peut-être issu d’un
moule « révolutionnaire », car les légendes
de la Papesse, du Pape, de l’Impératrice et
de PEmpereur ont disparu, de même que
les titres des rois et des dames. On connaît
des exemplaires de ce jeu datés « an X »
(1802^1803),
Paul Marteau, à qui a appartenu ce
tarot, n’hésitait pas à attribuer ces men¬
tions manuscrites à Mlle Lenormand, célè¬
bre cartomancienne du Premier Empire. Il
n’existe, hélas, aucune preuve pour justi¬
fier cette belle affirmation.
Paris, a.N., Esiampea, Kh 381 rés, n" 77.
Bibi. : BN 66, 403.
Le grand mouvement occultiste
139
Levi (Elipbas, Alphonse-Louis Constant,
dit)
— Dogme et rltiiei de la haute magie / par
EUphas Lévi — Paris : Germer Bailléic, 1856. —
2 voIh aS4 324 p.-ill.); 8^,
Frontispice gravé « Bouc de Sabbat », signé
EUphas Levi det, dans chaque volume. Planche
hors-texte « Le Chariot d'Hermès, septième clef
du Tarot », signée A. Consianî, p, 288-289 du
tome II, Le premier volume paraît incomplet ; il
commence à ta p. 41.
Eliphas Lévi, pseudonyme hébraïsant
d"Alphonse-Louis Constant (1810-1875)
marque un tournant dans l'approche
ésotérique du tarot : lui aussi inspiré par
Court de Gébelin, il délaisse la cartomancie
et ses séides (le « coiffeur » Alliette) et relie
le Tarot au courant « cabbalistîque » de
l’occultisme français, principalement à la
mystique des nombres.
L’ouvrage principal d’Eliphas Lévi,
Dogme et rituel de la haute magie^ parut en
185 6 en deux volumes. Tiré à
500 exemplaires, il fut vendu en plusieurs
livraisons sous forme de souscription.
C’est principalement dans le tome II,
consacré au « rituel », que l’auteur aborde
l'interprétation des 22 ^ defs » (il n’est
toujours pas question de lames ni
d*arcanes..,) du Tarot. Reprenant Court de
Gébelin, Elîphas Lévi s’en écarte parfois,
faisant notamment de TErmite la Prudence
et voyant dans le Fendu — qu’il ne
139
Ll. CBiifelrir u'hIRM»*
Vr-rïmf ftfl du 3 jI«4 \*M.r iTJ
138
« renverse » pas — [e « symbole du
sacrifice et de l^œuvre accomplie »,
Deux « clefs » du tarot sont illustrées
dans îe livre : le Chariot, devenu ici « Le
Chariot d'Hermès » (l, II, p. 288-28*^)» et
le Diable, dont une représentation assez
délirante orne le frontispice de chacun des
deux volumes. Les légendes des
illustrations, en fin du tome H, nous
apprennent qu'il faut voir là le « Bouc du
Sabbat ». On mesurera à ces deux images
et aux descriptions précises qui figurent
entre les p, 285 et 293 rinfluence de Lévî
sur les créations d’Oswald Wirih (cf. cat.
n® 140).
Paris, B.hJ.p Imprimés, R 43 869-41870.
Bibh ' Bidlefeld 72, îi*' 71 ; Kaplan, 22:
Dummelt, 113-120.
140
U Le Tarot des imagiers du Moyen Age »
Oswald Wirih (édition : Le Symbolisme)
Paris, 1926
22 cartes (complet)
impression typographique en couleurs
papier
125 x63 mm (cartes), 238 x 185 mm (planches)
marques r
monogramme O. W". sur chaque carte, sauf la
Mon (Î5), le Soleil (19), le Monde (21)
portefeuille de 12 planches (1 pour Le texte, Il
pour les cartes, groupées par 2). Titre : Le
Tarai des imagiers du Mûyea Age^ restilué
dans l*espnt de son symbolisme / par O^wald
Wirth — Planches — Paris : Le Symbolisme,
1926.
Paris, collection T, Depaulis.
141
Wirth (Oswald)
Le Tarot des imagiers du Moyen Age. — Paris :
Le Symbolisme i E. Nonrry, 1927. — 337 p.-;
8",
Relié avec les planches dti n" 140.
Paris, B.N,, Imprimés, 4* R 3293.
Oswald W'irlh est né en Suisse en 1860,
Fixé â Paris en J 886, il y fit la connaissance
— décisive pour lui — de l^occultiste
Stanislas de Guaita et en devint le
secrétaire. Il joua un rôle important dans la
Franc-Maçonnerie française. O. Wirth est
mort en 1943.
La première oeuvre de Wirth ne fut pas
un livre mais un tarot dont il dessina, en
1889, les 22 <*. lames » .sous Finfluence de
Stanislas de Guaita. Celui-ci, pétri des
idées d’Eliphas Lévi, souhaitait qu'on
restitue leur « pureté hiéroglyphique » aux
22 « arcanes » du tarots Non seulement les
allégories de Wirth sont conformes aux
descriptions du tome 11 de Dogme el rbuel
de ta haute magie (cat. n* 139), mais la
comparaison des 2 clefs » imaginées par
Lévi avec les cartes correspondantes (le
Chariot et le Diable) montre que
l'occultiste suisse a scrupuleusement
respecté les indications du maître. C'est là
la première tentative de création d'un tarot
occultiste. Elle devait être suivie de
nombreuses autres.
Seul le Briti-sh Muséum semble avoir
conservé un des 350 exemplaires qu'édita
Poîrel en 1889 (Londres, Br. Muséum,
Depi. of Prints and Drawings,
1904-5-1L48) et dont Fannonce figurait
encore en 1927 dans le livre d'Oswalü
Wirth, sous la rubrique « ouvrages du
même auteur » :
« Les 22 A rtafies du Tarot Kabbaiistique
restitué à leur pureté hiéroglyphique, sur
les indications de Stanislas de Guaita.
Paris, Héliogravure G. PoireU 18S9, tirage
limité à 350 exemplaires. » Toutefois on
peut en trouver des reproductions en noir
ei blanc dans le livre de Papus paru la
même année (cat. n'' 142), Une signature
est visi ble sur la reproduction du Pendu :
Oswaki mnh / Paris IS89 (p, 156),
En 1926, Oswald Wirth eut Fidée de
rééditer ses cartes. Présentées deux par
deux sur 11 planches, les 22 « arcanes »
ont été enrichis d'ornements et d'un fond
LAFIOVRCVX
1
140
d'or. Des entrelacs encadrent chaque
figure, et la Papesse, FImpératrice et
l'Empereur ont légèrement changé leur
position. La <f Maison du Ciel » (1889) est
redevenue la « Maison-Dieu » (1926). Le
Pendu a perdu sa signature et, désormais,
chaque carte est dotée d'un monogramme
O, ÎV. (n* 140).
Le portefeuille qui les contient fut
associé l'année suivante au livre Le Tarai
des imagiers du Moyen Age avec lequel il
était relié. Dans cet ouvrage (n* 141),
Oswald Wirth tente de justifier son
approche du tarot, se gardant
d’argumenter sur Fancienneté du jeu telle
que Court de Gebelîn l’avait défendue. On
y trouve aussi diverses méthodes de
divination.
Réédité en 1966 par Tchou, le livre de
Wirih — qui était précédé d'une préface de
Roger Caillois —, était accompagné d'un
jeu de 78 cartes qui reprenaient, de façon
assez malheureuse, les 22 dessins originaux
auxquels avaient été jointes 56 cartes
normales, créées pour l’occasion.
Un fac-similé de l'édition de 1926 est
proposé depuis peu par les Éditions Clé de
Vie (Bonnieux, 1984).
Bibi. I Bielefeld 72, n“ 72 : Kaplan, 162 (pour 5
des cartes de 18S9) el 286 (pour la rééd. à
78 cartes U.S. Garnes Systeens/A G. Muller);
Duiïiméil, l25-i26.
139
142
Papv!^ (Gérarct Encaussc^ dit)
— Ctef absoiue la .'icience occttlie : le tarot
des Bohémiens, le plus ancien livre du nurmie. —
Paris : G. Carré, — 372 p. — fig. et pL;
8 ^,
Achevé d'impritner k 35 juilkT 1889. Dessins de
Gr Vigneult Ch. Parler Oswald Wirth, Phoioty-
pics G. Potrelp Paris.
Le Tarot des Bohémiens est un classique
de !a littérature occultiste. Plus systémati¬
que qu'Eiiphas Lévi, dont Texaltation
mystique pouvait effrayer les lecteurs^ le
livre du Dr Gérard Encausse (fl^l^^) se
présente comme une analyse « rigou¬
reuse i> des « lames » du tarot. C*est aussi
un retour aux sources du Tarot de Mar¬
seille dont chaque carte est illustrée et
commentée.
Comme si le symbolisme de celui-ci
n’était pas assez clair» l'auteur a fait appel
à des représentations conformes à la vision
des occultistes^ et notamment à celle tf'Eli-
phas Lévs. Ce sont les 22 « clefs » dessinées
par Oswald Wirth, et dont la première édi¬
tion venait de paraître (cL cat. n" 140),
Paris, B.K., Imprimés. 4^ R 2103.
8ibL : Kaplan, 18 ■ üummett, 128-133,
143
Falconnier <R.)
— Les XXfl lanres hermétlifues du tarot divina-
toiref exactement reconstituées d'après les textes
sacrés et sehn la tradition des mages de
i'ancienne Égypte / Dessins de Mce Oîlo Wege¬
ner. — Paris : Librairie de Part indépendants
189^. — 11-53 [41-22 pL-ll| p. ; r,
Letire-préface de A. de Thebes et lettre ms. de
Tauteur.
Dédié à Alexandre Dumas fils, grand
amateur d’Asîrotogie et de Chiromancie, le
livre de R. Falconnier, qui était acteur de la
Comédie-Française, marque une tentative
nouvelle pour assurer dans les « arcanes
majeurs » du tarot une iconographie plus
conforme à ce que l'on connaissait désor¬
mais des civilisations du Croissant Fertile.
L'image assez fantaisiste que se faisait
Court de Gébelin de TÉgypte antique est ici
écartée au profit d'authentiques représen¬
tations tirées de fresques ou de bas-reliefs
égyptiens, ou chaldéens, tels qu'on pouvait
en admirer au Louvre ou au British
Muséum,
Les 22 planches noir et blanc qui illus¬
trent le livre pouvaient être découpées et
montées sur carton. On annonça même une
■
édition sous forme de cartes coloriées. Il
n'en fut rien et le projet resta en l’état.
Paris, B.N., Estampes, Kh 304/4*.
BihL ; Uillshire, F. 85; O’DûiîOghue, F. 21 ;
Bietefeld 72. n“ 73; BN &&, n* Dummett.
133.
144
Papu<f (Gérard ËncaussCi dit)
— Le livre des mystères et tes mystères du livre.
Le tarot divinatoire : clef du tirage des cartes et
des sorts, avec la reconstitution complète des 78
lames du tarot égyptien et de la méthode d'inter¬
prétation, Les 22 arcanes majeurs et les 56 arca¬
nes mineurs / par le Dr Papes; dessins de
Gabriç] Gûulinai, — Paris : Librairie Herméti¬
que, 1909. — 188 p. — 78 p]. hors-tesic; S”,
Dans Le Tarot des Bohémiens (cf. cat.
n° 142), Papus rejetait tout emploi divina¬
toire des « lames » du tarot. Pourtant il se
décida à enrichir une bibliographie déjà
conséqueme en publiant, en 1909, un livre
destiné à éclairer enfin Pusage des canes :
ce fut Le Taroi divinaîolret accompagné de
78 illustrations nouvelles.
Ces planches hors-texte sont conçues
comme un complément du livre. On pou¬
vait les découper et les monter sur carton.
Les représentations sont celles, renouve¬
lées, du Tarot de Marseille, mais avec une
tentative de se rapprocher de l’archétype
égyptien supposé. En effet, les documents
égyptiens et assyriens étaient enfin visi¬
bles : ils ont été pris pour base. Les cartes
illustrées par Falconnier (cat. n® 143) ont
manifestement influencé le travail du dessi¬
nateur, Gabriel Gouîinat.
Ici, on s’écarte volomairement des vieil¬
les gravures du Tarot de Marseille, même
réinterprétées par Oswald W'Irth, auquel il
n'est plus fait allusion. Les cartes ordinai¬
res, que ni Falconnier ni Wirth n'avaient
songé à illustrer, sont ici très inspirées de
celles d’Eneilla.
Paris, B.N., Imprimés, 8* R 6478L
Eibi : Bielefeld 72, n* 75 ; Kaplan, 211 ; Dum¬
mett, 134-135.
140
145
« Tarol HiérOj^lyphique tgypüen » d«
Mme Dutora de la Haye
Hayard el Cie
Paris J 1897
12 canes (complet)
gravure sur bois en couleurs
papier eu plusieurs couches, très épais
162 X 79 mm
dos : losange avec quarts de fleur
étui carton 3 Tout ie Wûrtde / carîomartcien /
flvec le / (araf hiéroglyphique égypîieri /
Hayard & Cle Éditeurs / En vente portout ei
chez rauîeur / Ainie DULQRA DE LA
HA YE / 10^ rue de Rkheheu, £j|/reîo/, Paris
(mention d’adresse manuscrite!
Aspects
146
Marteau (Paul)
Le Tarot de Mûrseilie. — Paris ; Ans et Métiers
Graphiques, 1949, — XVIiMSl p. — 78
(27,3 cm).
Préface de Jean PaiiLhan, exposé d’Eugène
Caslant. Les illustrations sont fournies par des
caries Grimaud collées dans le texte.
Paul Marteau ( 11966) est un personnage
qui a beaucoup compté dans Thistoire de la
carte à jouer française. Héritier de
Baptiste-Paul Grimaud, neveu de Georges
Marteau — qui fit don d'une magnifique
collection de cartes à la Bibliothèque
Nationale —, il dirigea la fabrique
Grimaud jusqu’en 1963. Grand
collectionneur lui-même, il accumula
toutes sortes de choses et, notamment, les
cartes à jouer. Ami de Céline, qu’il soutint
pendant son exil au Danemark en lui
achetant ses manuscrits, ami de Jean
Pauihan et de nombreux écrivains, Paul
Marteau gâta particulièrement la
Bibliothèque Nationale par ses dons.
Plusieurs cartes de cette exposition ont été
en sa possession.
En abordant l’imagerie du Taroi de
Marseille, Paul Marteau se proposait
d’analyser un « canon », fixé jusque dans
dépliant d'accompagnemenE : TAROT Hl£-
ROCLYPN/QUE ÉGYPTIEN /
sMETHODE.- I2p.t timbre gras rcccangu-
laire : Mme DULORA de ia HA Y£ / 10, Rue
de Richelieu / iù l’Entresoi^ PARIS
Mme Dulora de la Haye - 10, rue de
Richelieu, (à Pentresol), Paris — semble
avoir exercé ses talents au tournant de
notre siècle. Sî Ton en juge par les ouvrages
qu^elle a pieusement confies, en voisine, au
Dépôt Legal de la Bibliothèque Nationale,
sa période de fècondUé liiléraire s'étend de
1896 à 1910. Et comme dans !e dépliant de
son jeu elle signale qu’elle vient de faire
paraître deux ouvrages datés de 1896, on en
ses traits et ses couleurs. De ce « canon » il
dit qu’il « fut édité en 1763 par Nicolas
Conver, maître cartier à Marseille... ».
Précisant que « ce Tarot est actuellement
édité par B.P. Grimaud » — c’est
« l’Ancien Tarot de Marseille » (cf, cat.
n° 114) —, il revendique sa tradition,
affirmant que cette maison qu’il dirigeait
alors « recueillît la succession de
Conver... » (n. 1, p. 1). Toutefois la
perspective est un peu faussée : ce n’était
pas vraiment Grimaud qui était l’héritier de
Conver, mais ta maison marseillaise
Camoin, disparue en 1970, dans laquelle, il
est vrai, Grimaud avait pris une
participation...
Mais surtout la comparaison avec
l’authentique tarot de Conver (cat. 41)
montre à quel point le jeu de Grimaud est
passablement stylisé. Ses couleurs —
auxquelles Paul Marteau attachait tant
d’importance — sont assez différentes. El
nous avons montré que n l’Ancien Tarol
de Marseille » était l’aboutissement d'un
curieux processus qui avait sa source... au
XIX' siècle, quand Lequart, puis Grimaud
publièrent un « Tarot de Besançon » au
nom d’AmouU, cartier parisien du
xvtii* siècle, ancêtre présumé de la maison
Grimaud (cf. cat. n*® 112-113).
déduit que le « Tarol hiéroglyphique égyp¬
tien » — qui n’a pas bénéficié des mêmes
attentions que ses livres auprès de l’institu¬
tion voisine — a dû être mis en vente en
1897.
La « méthode » nous explique, très
pédagogiquement, l’aspect de chaque
cane : la partie centrale montre l’allégorie
principale, les cartouches supérieur et Infé¬
rieur offrent des lignes explicatives. On
retrouve dans ce jeu des réminiscences
d’Etteilla (la F' et la 2® « Consultantes »)
mêlées à des allusions au Tarot de
Marseille.
Paris, CûHcction Letellier, T t02.
Le livre, qui bénéficie d'une belle préface
de Jean Pauihan, se présente comme une
suite de eommernaires très poussés sur le
symbolisme de chaque « lame n. Celles-ci
sont illustrées par des cartes de <f l’Ancien
Tarot de Marseille » collées dans le texte,
Paris.^ a.N,, Imprimés, 4"^ R 6452.
BtbI. : AdT, II, p. 19.
147
« Tarot astrologique »
Crimaud
Paris, 1927
48 cartes (complet)
offset en couleurs
papier en plusieurs couches
127x75 mm
düs ; motifs hélicoïdaux verts sombres
livret d'accompagnement : Georges MUCHER Y
/Le taroi astrologique : méthode. — Paris i
Grimaud, s.d. [1927], — 16 p. — 11.5 cm.
En réalité, te « Tarot Astrologique » n’a
de tarot que le nom. Fondées sur les signes
du zodiaque et sur les planètes, ornées des
symboles conventionnels de ]'astrologie,
les 48 cartes conçues par Georges Muchery
furent éditées par Grimaud en 1927.
de l’occultisme au xx* siècle
141
147
i*40irTnjri 0 oiNïwt i-fs
IL KAOiO
Il rpiNCIPIÇ^ f devina 1* llltA
L UOMQ II ^^Dll
Un faC'Similé en a récemment été publiée
(Éditions du Chariot, 1982).
Paris* B.N., Estampes, Kh 385 n®' 279.
B/M .■ BN 66, n^ 433; Kaplan, 266; Keller,
FRA 226.
148
Cartontanzia lusso
Modiano
Trieste, Italie, 19SS
78 cartes (complet), enseignes italiennes
offset en couleurs
papier en plusieurs couches
106x61 mm
dos : cercle zodiacal doré sur fond rouge avec
monogramme Modiûfiû
signature Sico/ï (ou Ctgvn F) sur chaque atout
timbre gras w Répudà/tcn /tafiarta / Lire irecerjfo
/ Giug. /9SS »
étui canon bordeaux avec écusson métallique ;
Carfoma/tzfa Lusso /ÿ4 // Modiarto
Triesfe,
zr ic
wbMbM. «-1 H 1 LJ ■
lOd Dl|r àlIQht t^UltllA
8 Z
On recûfinaîi les jeux marquants à
l'abûndànce et à la qualité de leur
bibliographie. Celui-ci ne déroge pas à 3a
régie t il a séduit nombre d’auteurs. On ne
sait ce qu1l faut admirer lé plus, de la
sensualité sculpturale — et légèrement
Fascisante — des figures allégoriques, du
raffinement des couleurs ou du symbolisme
violent qui évoque une Égypte antique
idéalisée. Les cartes ordinaire.s, empruntées
aux tarots courants ^farocco pie/no/îfesej,
sont, en revanche, un peu moins réussies.
Ce jeu, paru en 1955, accompagnait un
ouvrage du « Docteur Marîus », /f desfifio
sve/aro Tiirocco, s.l.n.d. [1955],
Paris, collection Leiellier.
B/M. ; Biclefeld 72, n* 80 j Kaplan, 246;
Dgmmetl, 162; Fournier 82, 122 167'168).
143
IwriJlO/ 19 VJlUtTlINI
LA AUOtA DILLA FOftfUltA
IL itcNù frt eio iDkCiMi
14 r>otTui*A
142
149
Taroi Waitc
A.O, Millier & Cîe, pour Rider à Cy
SchaffhGusc^ Suisse,, 1972
78 canes (complei), enseignes italiennes
offseï en couleurs
papier en plusieurs couches
120x70 mm
dos : tarotage écossais bleu ei noir
monogramme : P^C.S. (PamcEa Colman Smith)
sur chaque carte
étui carton /? YDEP d COMPANY / LONDON
/ printed for fiîder d Cy — London by
A.G. Mufler (Ê de — Swdz^riûnd/ Rider é
C° L../ m assodûfion wUh Waddingion
Playing Card C* Ltd //
The originùi and oniy authorised eddhn of
Tarot Cards / îsi puttished in î^iÙ.
livret d'accoiïipagnetncnt d’Arthur E. Waite.
Le traducteur anglais de Papus et d’Eli-
phas Lévi, Arthur E. Waite^ ressentît
l^impérieuse nécessité d'éditer un tarot
anglophone et conforme à sa propre vision.
Sa réalisation fut confiée à Pamela Colman
Smith qui mit au inonde ces cartes, trans¬
formant quelque peu le modèle du Tarot de
Marseille dans le style « Art Nouveau »,
Le caractère féerique et l’environnement
irrationnel des allégories témoignent d'une
esthétique très anglaise. Là première édi¬
tion du jeu parut en 1910 pour servir
d'illustration au livre de Waitc The Key to
the Teroî (Londres, 1910)* Assez souvent
réédité, notamment aux Etats-Unis, la pré’
sente version est due à la collaboration de
l'éditeur londonien Rider 8l Cy, détenteur
des droits originaux, et du cartier suisse
Müller*
Contrairement à Wirth, A.E, Waite prit
en compte les 56 « arcanes mineurs » qu’il
fit dessiner. Toutefois, les << cabbalistes »
reprochent amèrement à ce jeu de ne pas
faire figurer les lettres hébraïques
conventionnelles.
Paris, collccilûn LeidlÎÈr, n® 364.
BibL : Biclcfdd 72, 74 ; Kaplan, 23, 273 ;
Dummcit, 154-157.
150
77io^ Tarot
Carta Muiidi (pour U.S. Cames Systems, New
York)
TurnhouE, Belgique, I97S
78 cartes + 2 canes supplémenuires (complet),
enseignes « Italiennes »
ûffseï en couleurs
papier en plusieurs couches
140x95 mm
dos : large croix tréflèe sur fond de
« mosaïque »
\
lîvrei d'accoïKipagncincni : /«Jlmenons’ for
Aieister Crowley’s Thot Tarot Deck / by
James Wassermaiu — St Paul, Mi nu,, (978.
A Forigine de ce tarot, il y a les 78 toiles
que Lady Frieda Harris peignît entre 1938
et 1942 sous l'influence d'Aieister Crowlcy
OS75-Î947). Frieda Harns (1877-1962)
était l’épouse d’un Membre du Parlement
britannique. Sir Percy Harris* Les peintu¬
res, aujourd’hui conservées au Warburg
Institute, furent exposées pour la première
fois à Londres en 1942,
Celles-ci n'ont été éditées sous forme de
cartes qu'en 1969 dans des reproductions
d'assez piètre qualité, puis à nouveau en
1977 avec des bordures conformes aux
cadres d'origine. L'inspiration très surréa¬
liste des allégories fait une large part à des
symboles érotiques. Chaque carte est légen-
dée eri anglais. Les atouts sont nommés
îrunips^ les Bâtons wands baguettes »),
les Coupes cup.s, les Épées swords et les
Deniers disks,
Paris, collection Atger,
BibL : Kaplan, 24J-244.
149
KNICHT oV SWORDS .
143
■
151
Tarot « Eye Magazine »
Eye
dessinateur : J, Cooptr
Éiats-Ums, 1969
22 caries
héliogravure en couleurs
papier
639x488 mm (posler)
marque!) ^
eye (nom de la revue* au centre du poster)
J, Caoper (Roue de Fortune/ of For¬
tune, marquée tarot)
signature : (Tempérance)
Ces images sont représentatives des ten¬
dances qui anîmaieni le mouvement de
« contre-culture » américain à la fin des
années 60. Ici seuls les 22 « arcanes
majeurs ?> ont été pris en considération. Le
dessinateur, J. Cooper* a retenu un certain
nombre de phénomènes modernes tels le
prêtre zen en guise de Pape fThe Hiero-
phant) ou la moto du Chariot. Les longues
chevelures* signe de jeunesse et de liberté*
hantent ces images* jusques et y compris
sur la Maison-Dieu (The Tower) ou sur la
Lune (The Mûon). Le traitement graphique
fait appel à de grands à-plats de couleur qui
évoquent La technique de la sérigraphie
alors très en vogue.
Lelnfelderi-EchterdingeirL* Deut sches
Spielkarter-Muséum* B 1614,
Bibl. : Bielefeld 72. n* 86- Kaplan, 185.
152
Tarot « A cfuei »
Actuei, n° 51
conception ; Frédéric Joignot
photographies 3 Bernard Matussière
Paris, janvier 19S4
22 cartes
offset en couleurs
papier fort plié en trois
620 X 297 mm
dos : publicité Lessive Si Marc
Depuis sa reparution en 1979, Aauel a
profondément marqué le mouvement des
idées issues de Mai 68. L^esprit de la con¬
testation étudiante qui s’exprimait dans
l’ancienne formule (1970-1974) a fait place
à un regard plus distancié* plus en prise
aussi avec le réel. Alors que les thèmes
développés il y a plus de 10 ans étaient pro¬
ches de la contre-culture américaine* et
n’étaient pas éloignés de ceux défendus par
la revue Eye et son tarot (voir n° précé¬
dent)* le changement d’approche est sensi¬
ble dans ces images. On mesurera le chemin
parcouru en comparant le tarot imaginé
par Frédéric Joignot et la planche de
J* Cooper, Présenté comme « le Tarot des
imagiers du Moyen Age traduit en français
contemporain », ces cartes sont constituées
de photographies que l’on peut découper*
Références à l’œuvre d’Oswaid Winh (cf.
n® 140), les allégories font appel à une
illustration à la fois plus réaliste (la photo¬
graphie) et plus distanciée : c’est à une
parodie pleine d’humour que nous avons
affaire. La réactualisation des thèmes est
évidente : la Justice, par exemple, n’est
plus armée de son glaive et de sa balance —
comme dans l’image de Cooper —, mais
d’un**, micrû-ordinateur (Apple II plus
48K avec deux lecteurs de disquettes). Le
Mat est devenu journaliste et la Papesse...
secrétaire. Quant à la Maison-Dieu elle est
redevenue la Maison du Diable qu’elle était
à l’origine ! En revanche* la moto — déci¬
dément promue symbole éternel du triom¬
phe social — incarne ici encore le Chariot.
Paris, collection T. Depaulis.
iîibi. : AdT, n* 18.
153
Tarot <( des Centuries »
Héron-Boéchat
Bordeaux, France* 1984
7S cartes (complet), enseignes italiennes
offset çn couleurs
papier en plusieurs couches
120x 63 tnm
dos : croix de Malte cl points alternis
marques :
N.D. (Nostre-Dame) (2 de Deniers et de 2 de
Coupes)
Nomenciature ÎPCS : lT-1
étui carton imprimé a TA/^OT DE /NOS-
TRA/DAMVS ^ / u HERON.BOECHAT /
MAITRES CARTIERS / A BORDEAUX »
(retiré de la vente)
livret d’accompagnement ; Tarot de Nostrada-
mus. Pour deviner ce dont {'avenir sera faici,
s.l. : Bûéchai/Héron* s.d.* 48 p,
On pouvait s’étonner de Tabsence de
Nostradamus dans la tradition du tarot
ésotérique, qui en a vu d’autres... L’injus¬
tice est réparée : la société Boéchat vient de
lancer son « Tarot des Centuries ».
C’est la découverte récente, par le magi-
cieri Dominique Webb* d'une feuille ornée
de dessins inspirés du Tarot de Marseille et
présentant d’évidentes références à l’œuvre
de Michel de Nostre-Dame qui a permis de
réaliser ce chef-d’œuvre d'habileté graphi¬
que. L’essentiel des cartes a été fourni par
le tarot de J.P* Payen de la collection
Borvo (1713 — cat. n® 38), le reste ayant
été reproduit d’après la mystérieuse feuille.
C’est ainsi que l’Empereur est devenu
Aênobarb, la Justice La Balance, la Tem¬
pérance Le Verseau et le Soleil Aemathien,
On a reconstitué les noms du Pape en
Grand Pasîor^ du Bateleur en Branchas, de
la Mort — ici nommée — en Lybiîine et du
Diable* devenu Lantechrisi, selon la termi¬
nologie de Nostradamus. Un curieux cava¬
lier d’Épées oriental avec épée à deux lames
s’est substitué à l’original et les initiales
MD. ont remplacé celles du Cartier sur le 2
de Deniers et le 2 de Coupes.
Paris, collection T. Depaulis.
Bibl : AdT, IS.
144
Notes
1. Tractafus iie tnoribus el disciptin^ ktimufîtie
cQ/i versai ion is, id es( ludits cartulantm.
2. Pour plus de délaits nous renvoyons auji pre¬
miers chapitres de l'ouvrage de Michael
Dummett, The Game of Taroî^ Londres,
1980 (chap, 2 et i).
3. Voir Dummett, op. ciT., p. 67-68.
4. Dunimeti, chapitre 4.
5. Moakiey ; voir bibliographie.
6. Leopddo Cicognara, Memorie speilanri atia
Storia deifa Cakografia, Prato. 1831.
7. Algert : voir bibliographie. Nous remercions
Vito Artenti d‘avoir atitîré notre attention
sur ce livre récent.
8. Algeri, p. 59-90.
9. Publié dans : Robert Steele> « A Notice of
the Ludus Trîumphorum and some Early
Italian Card Games n. Archaeologic^
voL LVIl, p, 185-200,
10^ Pour la France^ voir : Thierry Depaulis.
« Les débuts et le développement du tarot en
France », PC, XII, n" 4, p. |23 sqq.
È !. Voir : Peter Kopp, « Das Tarockspicl iiî der
Schweiz », FC, Xll, n* 1-2, p. 45 sqq.
12. Charles de firosses, Journai du voyage en
Ilaiie, cd. Romain Colomb, Paris, 1836
<2 vol.). Nous remercions Jean-Marie Lhôte
de nous avoir signalé cette intéressante
mention,
13. Ce jeu, dont un exemplaire complet se
trouve au Britlsh Mus^cum à Londres, est
orné, sur chaque carte, d*une vignette fine¬
ment gravée. Il s^agit d^un jeu à enseignes
allemandes (cL .Albertina 74, n* 82).
Index des lieux de production ou édition
tics renvoient aux du caialo^ue)
Allemagne^ 70> 72
Allemagne du Nord* 76
Amsterdam, 129, 130
Annecy, IIS
Avignon, 38
Bavière (Bayern), 68
Belgique, 73
Besançon, 48, 119
Bologne, 23, 24, 25, 26, 60, U
Bordeaux, 153
Bruges (Brugge), 75
Bruxelles, S7, 74
Budapest, 99
Catane (Catanial, 93
Chambéry, 42
Colmar, 46
Constance (Konstanz), 45
Copenhague (Kobenhavn), ÏÛS
Épinal, 49
États-Unis, 151
Ferrare, S, 9, 10, H, 17, 13, 19, 21
Florence (Firenze), 27, 23, 58, 59, 61, 37
France, 134, I35i I36
Francfort (Frankfurtï, 35, 103, 104, 106, J22
Fribourg (Suisse). 43
Gènes (Genova), 91, 92
Italie, 6, 64
Italie du Nord, 7, S, 9, 12, 54
Lelnfelden, 111
Leipzig, 83, 86, 97
Lübeck, 78
Lucques (Luçca), 29, 30, 31
Lyon, 13, 39
Marseille, 40, 41, 138
Milan, (, 2, 3,4. 15. 16, 53
Munich (München), 67, 71, 77, 34, 107, 110
Neuhausen am RIieinfalË, 50, 123
Nuremberg (Nürnberg), 79, 105
Ou] lins, 127
Palernie, 65, 66
Paris, 33, 34, 35, 36, 37, 62, 63, 80,31, 112, 113,
114, 115, 116, 117, 120, 121, 124, 125, 126,
128, 129, 130, 131, 132, 133, 137, 139, 140,
141, 142, 143, 144, 145, 146, 147, 152
Provence, 6
Rome, 14, 32
Rouen, 55
Schafrhouse (Scharrhausen), 149
Strasbourg, 44, 47
Siutigart, 69
Suisse, 73
Trieste, 94, 148
Turin (Torino), 51, 52, 89, 90
Turnhoui, ISO
Venise, 17. 18, 19, 20,21, 22
Vienne (Wien), 95, 96, 97, 98, 100, 101, 102, 109
Weimar, 82
147
I
Index des noms de cartiers, artistes, auteurs ou éditeurs
(les n® renvoient aux n° du catalogue)
Aau€i 152
Agnolo Hebreo <M.), 25
A h Perié Orienfate, 46
Altû Coionna, 32
Alfa Fania, 31
AUa Fortutja, 88
AirAqutk, 60
Ailû Torre, 26
AlNetle. 129, 130
A.M.R., 61
Armanino {Fraiclli), 91, 92
ASS, 110, 111
Beltramo (Carolina Vedova), 90
Bembo (Bonifacio), 1, 2, 3
Berger (Albert), 109
Bcrni (Francesco), 20
Blanck (J-HJ, 46
Bouchaud (F.). 73
Bourliûn (François), 40
Burdel (Claude), 43
Cajctan (Anton Elfinger, dit). 96
Carey (Louis), 47
Carrajat (C. François), 42
Carta Mundi, 150
Colomba, 87
Concetta Campione, 93
Constant (Alphonse-Louis), 139
Conver (Nicolas), 41
Cooper (J.), 151
Cossa (Francesco), 9, 10
Court de Gébelin (Antoine), 128
Crowley (Aleister), 150
Daveluy, 75
De HaulOl (Adam CJ, 55
Delarue, 137
Délia Rocca (Carlo), 54
De Poilly (François), 62, 63
Di Lucca^ 31
Dûdal (Jean), 39
Dondorf, 1(36
Dorff (E.FJ, 76
Dulora de La Haye (Mme), 145
Ecole ferraraisË, 11
Elsd Magyar Kârtya Gyâr Részveny, 99
Eneausse (Gérard), 142, 144
Ettellla, 129, 130
Eye Magùzin^:, 151
Falconnier (R.), 143
Fetscher (Joseph), 77, 84
Fortuna (Florence), 58
Fort^na (Palermc), 66
Fossorier, Amar et Cie, 121
G AL, 70
Gaetano, 60
Galler (Jean), 57
Carzoni (Tomaso), 22
Gaudais (J.). 116
Geofroy (Catelin), 13
Glanz (Joseph), %, 109
Gobi (Andrews Benedictus), 67, 71
Goülinat (Gabriel), 144
Grimaud, 113, 114, 115, 124, 125, 147
Gueffier (Veuve), 132
Gumppenberg (Ferdinando), 53
Harris (Ffieda), 150
Haupold (Andréas), 79
Hautot (Adam C, de). 55
Hayard et Cie, 145
Hebreo (M, Agnolo). 25
Héron-Boéchat, 153
Hoidhaus (Cari), 98
Hûlmblad (L.PJ, J08
Industrie Comptoir, 83, 86
Isnard (Pierre), 44
Jegel (Johann Conrad), 105
Jerger (JJ, 48
ioignot (Frédéric), 152
Lando (Giuseppe), 51
Lasne (Michel), 56
Laudier (Nicolas François), 44
Lefer (AJ, 80, 81
Lemmels (C,G,, Wüwe), 76
Lequart, 112, 120
Lévî (Eliphas), 139
Loison (Etienne), 37
Lollio (Flavio Alberto), 21
M,A.„, 119
M.L.A.,., 126
Maître de Ferrare, 9, 10
Manlegna, 9, 10
Marteau (Paul), 146
Malussiére (Bernard), 152
Mayer (Johann Pelagius), 45
Mitelli (Giuseppe Maria), 14
Modiano, 94, I4S
Mornieux (Victor), 127
Moser (Ditha), 109
Millier (A,G.), 50, 123, 149
Müller (Heinrich), 83
Neumayer (JJ, 102
Noblet (Jean), 35
29, 30
Papus, 142, 144
Payen (Jean-Pierre), 38
Pellerin et Cie, 49
Piatnik, lOO, lÛl, 102
Poilly (François de), 62, 63
Pommer, 105
R.M., 88
Rider & Cy, 149
Robert, 133
5ax-Wdmarn priviiegierte Karienfabricant, 82
Schmid (F.XJ, IIÛ
Servaes (T j, 74
Smith (Pamela Colman), 149
Süss (Cari Gotlieb), 69
Tourcaly (J. François, fils), 138
Tschann, 46
Tuzzoiino, 65
U S. Games Systems, 130
Uffenheimer (Max), 95
ülmann (SJ, 97
Viassone, 89
Vléville (Jacques), 34
Vergnano, 52
Waite (Arthur EJ, 149
Wegener (Mce Otto), 143
Wilieb, 117
Wirth (Oswald), 140, 141
Wolf, 85
W'üst (Conrad Ludwig), 122
Zavattari (Francesco), L 2, 3
Zimmermann (Hermann Berend), 7S
Zoya, 42
148
Bibliographie
AdT
L 'As de Trèjie : Bulletin de l’Association des
Collectionneurs de Canes ei Tarots. Janvier
1979-.
Alberiina 74
Graphische Sa mm lu ng Albertina, catalogue :
Spielkarïen, ihreKutjsi und Géschichte ifi Mif-
(eleuropa. Vienne, 1974.
Alger!
At.GElit,. Gînliana. GU Z&vûïiafi : Una f&mi-
gtia di pif tort e ta cuilura tardogouca in Lom-
bardia. Rome, 1981.
Arts Déco SI
Musée des Arts Décorâtifs> catalogue : Cartes
à jouer anciennes : « Un rêw de coUeefton-
neur ». Paris, 1981,
Berlin 82
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Bielefeld 72
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Hoffmann, Detlef. Le monde de la carte à
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celle de l’édition américaine. M existe une tra¬
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Moakiey
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PC
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Piainik
Hoffmann, Detlef. Spielkartensammlung
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W.L. Schreiber
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habenden Urkunden des 14. und /5. Jahran-
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Zurich 73
Kunstge^erbemuseum, catalogue ; Sch^eizer
Spielkarten. Zurich, 1978.
I
Table des matières
Avant-propos d^AMDRÉ MiQUEl
Préface de Michaël DuM^fETT _ _ ....
Introduction de Detlef HOFFMANN ___
Repères :
Repères l : Les différents systèmes d’enseignes
Repères 2 : Qu’est-ce qu'un jeu de tarot ? ....
Repères 3 : Le problème de Tordre des atouts .
Repères 4 ; Les règles universelles du tarot ..,,
Illustrations en couleurs.
7
9
n
17
17
18
19
21
Avant le tarot, les cartes
33
Le tarot, création d^artiste? .........
La cour de Milan .................
Les ateliers secondaires ...
35
37
38
De Toeuvre d*art à la production en série ................................... 43
Les tarots humanistes........ 45
Les « Tarots de Mantegna » ... 46
Fn TtAhe 53
Milan. 53
Ferrare ........ 54
Bologne. 56
Florence . 59
Lucques ....... 60
Rome ..4.................. ..IB............. 62
En France ........-.. 62
Le tarot en Europe : Texpansîon du XVJIF siècle ........ ... 69
Le Tarot de Marseille et ses avatars ..... 71
Le Tarot de Marseille .......... 71
Le Tarot de Besançon....... 74
Les rejetons italiens .... ................ .... 7S
Le Tarot de Rouen/Bruxeiles........
Le MinchiQîe . ^ ......* ... —.. 82
Le tarot sicilien.......... 87
Î51
Une cassure originale : les tarots à enseignes françaises
Tarots animaliers .. ^^^ ^ ^
Tarots à scènes diverses...
89
92
98
Le jeu dans tous ses états : le tarot aujourd’hui
T ^ Tt’sli
Florence ^>
Bologne , +, ^ ^^. h ..
Piémont et Lombardie ...
Sicile ..
4 + l + l + « + l + b4 l'4
h44h4-BhHP44^ + l
Les pays germaniques.....
L^a F'rance bb.bb.bb.bbbb.b«b.bbbibbb
Tarots à enseigncBS italiennes.. b b . b
Tarots à enseignes françaises.. b .
105
107
107
107
108
110
ni
120
120
125
L’occultisme, un « détournement »?.*. b .
Le tarot « égyptien » et la tradition d’Etteilla.
Le grand mouvement occultiste b ..............
Aspects de Poccultisme au XX‘= siècle . b b b , b b b ..
P # + 4lli« + riahh«g iai
P" + " + P1P
131
133
138
Ui
Notes
145
Index des lieux de production ou édition ... b b b ... b . b.... 147
Index des noms de cariiers, artistes, auteurs ou éditeurs b ....... 14S
Bibliographie ,.
149
r
I
i
J
iv
'i-
♦
f
9
DES PRESSES
DE L’IMPRiMEREE UNEON A PARIS
LE 4 OCTOBRE 1984
Crédits photographiques
Toutes les photos sont dues au Service Photographique de la Bibliothèque Nationale, sauf :
Accademia Carrara di Belli Arti (Studio Da/Re) : n'^ 3. Vito Arienti : n* 5L Bibliothèque
Municipale de Rouen : n"* 12, 80, 81. Boéchat-Héron : ti° 153, British Muséum : n" 25, 29,
32, 69, 70. Castello Sforzesco : n® 16. Deutsches Spielkarten-Museum (Sepp Mayer) :
p. 12, n“ 6, ÎO, 28, 58, 71, 78, 82, 95, 96, 98, 105, 109, 15L Michael Dummett : n® 65.
École Nationale Supérrieure des Beaux-Arts : n'’ 23. Grimaud-France Cartes : p. 17 et 18,
n"' 38, 63. Elisabeth Hausmann : p, 13. Heinrich Kumpel ; 79. Metropolitan Muséum of
Art : n® 17. Musées de la Ville de Paris ; n'^ 11. Muséum fur Kunsthandwerk : n® 13. Jean-
Pierre Peersman ; n®‘ 43, 44, 86, 107, Réunion des Musées Nationaux : n'^ 8, 24. David
Temperley : n® 55. Victoria and Albert Muséum : n® 4, Yale Unîversity Library : 5,
15.
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